Entre plan de relance chinois et récession européenne

14/11/2008 18:30 - investir.fr

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Après un début de semaine exalté par l'annonce d'un plan de relance de 600 milliards de dollars en Chine, les craintes sur l'économie mondiale ont repris le dessus. La zone euro est officiellement entrée en récession. Les bancaires et le luxe ont souffert, Alstom et Schneider se sont distingués. Le Cac 40 perd 5,1% à 3.291,47 points.

 

Un petit plan chinois et puis s’en va… ou presque. Car au-delà de la bouffée d’oxygène offerte le week-end dernier par l’annonce d’un gigantesque plan de relance par les autorités de Pékin, la réalité du terrain a bien vite repris le dessus, les chiffres publiés de part et d’autre de l’Atlantique confirmant l’entrée en récession des grandes économies occidentales. Au terme d’une semaine une nouvelle fois très erratique et malgré de premiers échanges en hausse de près de 3% lundi, le Cac 40 abandonne 5% en l’espace de cinq jours, terminant vendredi à 3.291,47 points. Les nombreuses publications d’entreprises, globalement rassurantes exception faite du secteur bancaire, n’ont pas permis d’inverser la tendance.

Bonne surprise, donc, lundi, les marchés européens se levant d’un bon pied, après l’annonce par le gouvernement chinois de la mise en place d’un plan de près de 600 milliards de dollars en vue de soutenir la modernisation des infrastructures, la consommation intérieure via la fiscalité et le secteur agricole. Ces mesures pourraient selon de premières estimations doper de près de 2% la croissance du pays dès 2009. Le même week-end, les grands argentiers du G20 s’étaient engagés à prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir les marchés financiers. Le G20 a ainsi appelé les gouvernements à réduire les taux d’intérêts et à mettre en œuvre des plans de relance budgétaire.

Les initiatives de début de semaine ont pourtant bien vite tourné court, avec le retour en force de craintes sur la conjoncture. En cause notamment, les incertitudes sur la santé et les perspectives de grands noms de la cote américaine comme General Motors, tombé mardi en Bourse au plus bas depuis 1943, ou Goldman Sachs, dont les comptes passeront dans le rouge pour la première fois de son histoire au cours de ce trimestre. Très attendus, les chiffres du PIB en Europe ont traduit l’affaiblissement des économies occidentales. La zone euro est officiellement entrée en récession technique après une contraction de 0,2% des richesses au troisième trimestre, dont -0,5% en Allemagne. La France y échappe de peu, avec une néanmoins très modeste progression de 0,14% sur le trimestre.

De son côté, l’OCDE a réduit ses prévisions de croissance pour les Etats-Unis, le Japon et la zone euro et indiqué que les trente pays de la zone étaient entrés dans une récession qui devrait se poursuivre en 2009. Traduisant cette fragilité, le baril de pétrole a poursuivi sa décrue, revenant en l’espace d’une semaine de 61 dollars à 56 dollars, avec un plus bas de vingt-deux mois à 55,05 dollars. Une réunion des pays de l’Opep est ainsi programmée en urgence le 29 novembre afin de prendre « la bonne décision ». Les autres statistiques de la semaine n’ont eu que peu d’impact, mais elles ont globalement renforcé le sentiment d’une dégradation générale de la conjoncture, à l’image des ventes au détail américaines d’octobre, en repli de 2,8%, plus ample que prévu.L'annonce par le secrétaire au Trésor Henry Paulson que le fonds de 700 milliards de dollars du programme TARP, destiné au rachat de créances immobilières douteuses et à la recapitalisation des banques, sera en fait surtout consacré au renforcement des fonds propres des banques, a également pesé sur la tendance.


Pas de mauvaise surprise en revanche cette semaine de la part des ténors du Cac 40. Neuf sociétés de l’indice phare parisien ont publié ces derniers jours, affichant toutes des performances honorables, à l’exception toutefois des bancaires, qui, crise financière oblige, ont vu leurs résultats chuter lourdement au troisième trimestre.

Ainsi, Veolia Environnement, Capgemini, GDF Suez, Vallourec, Vinci, EADS et Vivendi ont publié des chiffres d’affaires ou des résultats trimestriels conformes voire, pour Capgemini, EADS et Vallourec, nettement supérieurs aux attentes des analystes. Ces poids lourds ont confirmé leurs prévisions annuelles, EADS les relevant même légèrement. En Bourse, ces belles annonces n’ont pas forcément fait d’étincelles dans un marché déprimé : seuls Vinci, Veolia et Vallourec terminent la semaine en hausse, et encore modeste (+2,4% pour Vinci, +0,1% pour Veolia, +0,05% pour Vallourec), les autres poids lourds affichant des baisses plutôt réduites par rapport à celle du marché (-2,5% pour GDF Suez, -4% pour Capgemini, -0,1% pour EADS, -0,05% pour Vivendi).

Les valeurs bancaires ont elles, logiquement, fait état d’une forte dégradation de leurs résultats au troisième trimestre, au plus fort de la crise financière. Le Crédit Agricole a vu son bénéfice net fondre de près de 62% à 365 millions, tandis que Dexia comme Natixis ont essuyé des pertes, de 1,54 milliard d’euros pour la première et de 234 millions pour la seconde. Sans atteindre ces publications, les investisseurs ont, une fois de plus, massivement délaissé les titres dès le début de la semaine sur fonds d’anticipations de pertes pour Goldman Sachs et de rumeurs de recapitalisation des banques françaises. BNP Paribas chute de 14,90% sur la semaine, Société Générale de 19,50%, Natixis de 19,30% et Crédit Agricole de 16,90%. Paradoxalement, c’est Dexia qui s’en sort finalement le mieux, avec une baisse limitée à 11,11% sur cinq jours.

Egalement dans l’œil du cyclone, le secteur du luxe a souffert des inquiétudes sur la croissance dans les pays émergents, après les propos prudents du responsable de la branche chinoise de LVMH. Malgré le démenti apporté par le groupe de Bernard Arnault, LVMH lâche environ 17% sur la semaine, tandis que PPR rétrograde de 20,9%.

Il y a finalement peu de rescapés au terme de cette semaine mouvementée sur les marchés. Les seules à s’en sortir véritablement sont les valeurs industrielles présentes en Chine et donc les plus à même de profiter du plan de relance de l’économie annoncé par Pékin en début de semaine. Alstom gagne 1,70% d’une semaine sur l’autre et Schneider Electric 2,7%. Parmi les gagnantes de ce plan, Saint-Gobain a pourtant vu ses gains totalement effacés par l’amende record de 876 millions d’euros infligée par la Commission européenne pour cause d’entente sur les prix. Le titre perd 11,6% sur la semaine.

Denis Lantoine et Christine Cousseau