Difficile de retrouver les contours de Dumez. A l'heure actuelle, cette entreprise est partie intégrante de Vinci Construction. Pourtant, elle a été l'un des fleurons de la cote parisienne. En 1890, personne n'imaginait que la société d'Alexandre Dumez deviendrait un géant du BTP. Le jeune centralien s'établit d'abord comme ingénieur constructeur, spécialisé dans les charpentes métal- liques. L'entreprise se réoriente ensuite dans le béton armé et connaît un grand succès. Dumez se lance dans les grands chantiers de génie civil, puis dans le bâtiment. Le 9 juin 1964, la société entre en Bourse, en ouvrant 10 % de son capital. Entre l'introduction et 1986, le titre est multiplié par 10. En 1976, Le Journal des Finances décrit Dumez comme l'« enfant chéri mais turbulent de la Bourse ». Le groupe contente les investisseurs en distribuant des actions gratuites. Il réalise jusqu'à 80 % de ses recettes à l'étranger et sa rentabilité est élevée pour la profession (4,9 % de marge nette en 1975). Dumez aurait pu se cantonner au BTP, qui lui réussissait. Mais l'évolution du marché le pousse à se diversifier. Dans les années 80, il devient un conglomérat. La trésorerie du BTP est utilisée pour des acquisitions. En cinq ans, le chiffre d'affaires est multiplié par 3. Le constructeur achète le distributeur de matériaux de construction et d'équipements électriques United Westburne, aujourd'hui filiale de Rexel. Il acquiert aussi des positions dans l'immobilier et les loisirs. Plus surprenant, il prend une part du fabricant de chaudières nucléaires Framatome, l'un des constituants d'Areva. Dumez n'en oublie pas pour autant le BTP. Dès 1986, il se rapproche de son concurrent GTM Entrepose, et, l'année suivante, il en acquiert 43 % auprès de Vallourec. Il devient numéro deux français du secteur, derrière Bouygues. Mais c'est en 1990 qu'intervient la plus grosse opération, à la surprise générale. Dumez est absorbé par La Lyonnaise des Eaux, ancêtre de Suez Environnement. Le but est de créer un vrai rival à la Compagnie Générale des Eaux (la CGE étant devenue Veolia). Le nouveau groupe, présent dans la construction et les services à l'environnement, est quinzième par sa capitalisation. Peu à peu, La Lyonnaise des Eaux renforce les liens entre GTM Entrepose et Dumez. Puis, en 2000, La Lyonnaise des Eaux décide de se recentrer sur son métier historique. Elle cède GTM à Vinci, tout juste créé par Vivendi (CGE) à partir de la Société Générale des Entreprises (SGE). Vinci a peut-être appris des erreurs de son aïeul Dumez. A une diversification massive, il a préféré le renforcement de ses positions dans le BTP et une expansion contrôlée dans les concessions.
