Comment les entreprises freinent la reprise

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Les entreprises jouent-elles vraiment le jeu de la reprise? Leurs profits sont excellents de part et d’autre de l’Atlantique au deuxième trimestre. Dans le même temps, la croissance reste trop faible pour réduire le chômage et éloigner le spectre d’une double récession. Des économistes imputent aux entreprises la responsabilité de cet écart grandissant entre profits et croissance.
«Les sociétés n’ont pas partagé suffisamment leurs profits avec leurs salariés, et cela pourrait freiner la reprise», observe Aneta Markowska, économiste chez Société générale CIB. Aux Etats-Unis, la part des revenus des entreprises redistribuée aux salariés a chuté à 59,8% au deuxième trimestre, son plus bas niveau depuis la Seconde guerre mondiale.
Recrutements en berne
Paradoxalement, «les sociétés, qui sont entrées dans la crise avec peu de dettes et n’ont donc pas besoin rééquilibrer leur bilan, accumulent le cash et menacent la reprise», observe Aneta Markowska. Leur cash représente aujourd’hui près de 6% de leurs actifs, contre moins de 4,5% avant la crise. Un niveau inconnu depuis les années 50, d’après les chiffres de Société générale CIB. Traduction la plus flagrante de cette stratégie, elles bloquent les embauches.
Chez Natixis, le responsable de la recherche économique, Patrick Artus, fait le même constat. Lors d’une reprise classique, la hausse des profits entraîne des investissements, donc des créations d’emplois, qui à leur tour produisent de la croissance. Or, cette fois-ci, c’est différent. «La déformation du partage des revenus au détriment des salariés conduit à l’affaiblissement des salaires et des revenus salariaux, donc accentue la faiblesse de la demande intérieure», résume Patrick Artus dans une note. Aux Etats-Unis, il faudra donc plus de temps aux ménages, endettés jusqu’au cou, pour assainir leurs finances, avant de consommer à nouveau.
Grande incertitude
Si les entreprises jouent les fourmis et conservent jalousement leur trésorerie, c’est parce qu’une grande incertitude entourent les prévisions économiques. A cause des craintes de retombée en récession, «elles ne savent pas quels seront leurs profits futurs et (aux Etats-Unis, NDLR) elles ont du mal à mesurer quel sera l’impact des mesures fiscales sur la viabilité de leurs projets d’investissement», selon l’économiste de Société générale CIB.
Croissance en berne, profits en hausse, «il va falloir s’habituer à la divergence», estime Patrick Artus, qui estime qu’il s’agit d’une tendance de fond. D’abord, les grands groupes investissent les marchés émergents à fort potentiel, ce qui dynamise leurs résultats. Ensuite, le gel du marché du crédit qui suivit la faillite de Lehman Brother les a échaudé. Elles veulent maintenant financer elles-mêmes leurs investissements et ne plus dépendre des financements externes.
