Aérien : les compagnies composent entre chocs imprévus et vents de concentration

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Le secteur aérien souffle. Le trafic reprend normalement, après une paralysie de six jours. Le volcan islandais a craché des cendres à en recouvrir tout un continent, clouant au sol les avions du monde entier.
Plus de peur que de mal ? A en croire les économistes, les coûts devraient être relativement faibles et peu susceptibles de faire dérailler la reprise mondiale, même si les répercussions sont jugées supérieures à celles du 11 septembre 2001.
Facture salée
Quoiqu’il en soit, pour les compagnies aériennes, la facture est salée: selon les dernières estimations de l’Iata (Association internationale du transport aérien), les pertes sèches atteignent 1,7 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros), sans compter les frais d’hébergement, de nourriture, ou de transports alternatifs.
Air France a indiqué qu’elle estimait sa perte à 35 millions d’euros par jour de paralysie totale. De son côté, British Airways a tablé sur 15 à 20 millions de livres par jour (17 à 26 millions d’euros). La compagnie scandinave SAS, a perdu 5 à 9 millions d’euros par jour. Ryanair table sur un manque à gagner de 6 millions d’euros par jour. Plusieurs compagnies ont frôlé la faillite à cause de leur manque de liquidités, selon l’association européenne des compagnies aériennes.
De quoi inquiéter une industrie qui a dû encaisser aux cours de ces dix dernières années, les contrecoups des attentats du 11 septembre 2001, de la crise du SRAS (2003), de la montée du prix du carburant et de la crise économique.
Depuis 2008, la profession a vu son chiffres d’affaires global reculer de 79 milliards de dollars, pour un déficit cumulé de plus de 11 milliards. «En touchant plus spécifiquement l’Europe, le volcan fragilise davantage la zone déjà dans le peloton de queue de la croissance», commentent les analystes d’Axa IM.
En Bourse, les cours des principales compagnies n’ont finalement pas vraiment souffert de la crise des cendres, même si les titres ont chuté en début de semaine, alors que c’était la totale incertitude sur la reprise du trafic.
Prévisions relevées pour le secteur
Tout a bien commencé en 2010. Le mois dernier, l’Iata a même relevé ses estimations de résultats pour le transport aérien mondial pour l’année en cours. L’organisation prévoyait en décembre dernier une perte de 5,6 milliards de dollars (4,2 milliards d’euros) qu’elle a réduit à 2,8 milliards. L’Iata estime que «la reprise de la demande est là, elle s’est poursuivie sur les premiers mois de 2010». Un effet positif qui profitera surtout aux compagnies des pays émergents.
Pour les compagnies asiatiques, l’Iata table sur un bénéfice net de 900 millions de dollars contre une perte de 700 millions précédemment. Les compagnies d’Amérique latine seraient bénéficiaires de 800 millions contre 100 millions prévu initialement. Pour les pertes des compagnies européennes et américaines, elles ont en revanche peu changé, respectivement à 2,2 miliards et 1,8 milliard.
«Une bonne nouvelle pour le secteur, même si, pour les valeurs européennes, la teneur n’est pas aussi positive», commentent les analystes de Natixis, qui restent à «renforcer» sur Air France-KLM, avec un objectif de cours de 13 euros.
Notons que le trafic est prévu en hausse de 5,6% pour les passagers et de 12% pour le cargo, avec des recettes unitaires en progression de respectivement 2% et 3,1%. Les capacités sont globalement estimées en croissance de 4% pour 2010, après une baisse de 4,9% en 2009. Cette progression concerne l’Asie (+7,3%), le Moyen-Orient (+14,5%), l’Amérique latine (+8,1%), l’Europe continuant de baisser (-1% après -5,6% en 2009).
Fusions dans l’air
Alors que le secteur a connu en 2009 «la pire année qu’a jamais connue l’industrie», la concentration s’impose comme le meilleur moyen de réaliser des synergies et des économies d’échelle.
Six ans après le mariage d’Air France et KLM - qui pourrait permettre de dégager 1 milliard d’euros de synergies sur 2010/2011 -, la tendance aux rapprochements continue. En témoignent les mariages entre Lufthansa et Swiss en 2005, puis Austrian en août 2009 et SN Brussels en septembre 2009. Et dernièrement , Iberia et British Airways .
Aux Etats-Unis, Delta Air Lines a avalé la marque Northwest en novembre 2008 pour 2,8 milliards de dollars, tandis que l’illustre marque TWA n’a pas survécu à la reprise de son réseau par American Airlines.
America West est devenue US Airways en rachetant cette dernière.Six ans après, US Airways a rouvert les discussions avec United Airlines, pour une éventuelle fusion. Mais, les négociations ont de nouveau échoué jeudi. Il y a deux ans, les négociations avaient déjà échoué. Si le projet avait abouti, le nouveau groupe serait devenu le leader américain, devant Delta-Northwest.
En tout cas, les compagnies low cost ont tiré leur épingle du jeu en ces périodes difficiles. Ryanair pourrait même dépassé Air France-KLM en termes de voyageurs transportés en 2010. Mais la compagnie française conserve son leadership en matière de choix de destinations internationales, devant Lufthansa et Swiss et très loin devant British Airways.
Dans ce paysage, n’oublions pas la célèbre compagnie Japan Airlines, qui, surendetté, a déposé son bilan.
En 2008, Lufthansa prenait la tête du classement des compagnies aériennes en fonction de leur chiffre d’affaires. Air France-KLM se plaçait en deuxième position. AMR Corp, Delta Airlines et United Airlines, toutes américaines, suivaient, devant Japan Airlines.
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