Archives Journal des Finances

«L'assurance vie, voie royale de l'épargne longue»

01/04/2010 14:13 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur

Didier BROCHARD, DG, directeur general de Fapes Diffusion Prevoyance Epargne Retraite - H. DE OLIVEIRA/EXPANSION-REA

 

JDF - L’assurance-vie a-t-elle un rôle à jouer dans le nouveau paysage des retraites?

DIDIER BROCHARD - L’assurance vie est sur le devant de la scène depuis de nombreuses années. Les Français, surtout les jeunes, commencent à comprendre qu’ils doivent désormais épargner pour préparer leur avenir et leurs vieux jours. Les débats sur les retraites finiront bien par dépasser les idéologies. Elle est un produit protéiforme, souple, utilisable à tout âge pour se constituer une réserve financière et faire face aux aléas de la vie, se constituer un complément de revenus pour l’heure de la retraite. Elle permet à chacun d’épargner progressivement, à son rythme, sur une large gamme de supports d’investissements, du plus sûr (avec les fonds en euros) aux plus risqués (pour les adeptes de la diversification), dans un environnement fiscal attractif. L’assurance vie est véritablement la voie royale de l’épargne longue d’autant plus qu’elle offre de nombreuses possibilités de choix, au moment de la retraite, sorties en capital, en retraits partiels ou en rentes viagères. L’assurance vie est bien, à l’évidence, le premier produit d’épargne en vue de la retraite en France. Elle a vocation à se développer dans la conjoncture actuelle et devrait se tailler la part du lion dans l’épargne des ménages, loin devant les autres dispositifs soi-disant dédiés à la retraite.

Les taux des contrats en euros vont-ils inéluctablement continuer à baisser?

D’une façon générale, les actifs des fonds en euros des contrats sont investis à hauteur de 85% à 90% en obligations d’états et d’entreprises dès lors qu’elles ont un rating égal ou supérieur à AA. Le taux de participation aux bénéfices est donc essentiellement construit sur le socle de revenus obligataires. Depuis plusieurs années maintenant, nous assistons à une baisse des taux d’intérêts des emprunts des grands Etats (3,60% en moyenne pour 2009), cette situation entraîne une diminution naturelle du taux actuariel des portefeuilles car il faut investir les versements des assurés et réinvestir les lignes obligataires arrivant à échéance. Quoiqu’on en dise, même si de jeunes et petits actifs ont pu saisir des opportunités ponctuelles de marchés tout en acceptant de prendre un risque et même si l’environnement actuel n’est pas très porteur, franchement tout est relatif. Regardons autour de nous, rien ne peux se substituer à l’assurance vie, aucun placement sécuritaire ne rivalise aujourd’hui avec elle et si nous raisonnons en termes de pouvoir d’achat, croyez vous que la rentabilité relative des fonds en euros a baissé ? Ce sont les raisons pour lesquelles nous pensons qu’il vaut mieux sacrifier temporairement quelques centimes de taux de rendement sur l’autel de la sécurité que d’hypothéquer la croissance à venir.

Le renforcement de la réglementation sur les taux garantis est-il une vraie ou une fausse bonne idée?

Les super taux garantis étaient hélas de vraies fausses bonnes nouvelles et le renforcement de la réglementation apparaît enfin comme un moindre mal.

Ces taux étaient le plus souvent synonymes de publicité peu loyale et d’apparence trompeuse. La plupart étaient d’ailleurs accordés sous conditions, temporairement, dans le but d’attirer de nouveaux assurés ou de capter des reversements au cours d’une période propice à la collecte. Cette pratique pouvait en réalité pénalisante pour les épargnants dès lors que les taux garantis étaient financés par la participation aux bénéfices du contrat qui aurait dû être répartie de façon équitable entre la totalité des adhérents ou assurés adhérents. En cantonnant les actifs de nos principaux contrats nous avons toujours pu garantir l’équité entre les adhérents.

Le gouvernement en soumettant à la profession un texte souhaite mieux encadrer les taux garantis promotionnels en mettant fin à certaines pratiques déraisonnables et inéquitables mais ce texte n’est pas satisfaisant car il est probable qu’il puisse encore permettre de servir un taux promotionnel supérieur à celui du rendement normal de l’actif général de l’assureur.

L’adoption de la directive Solvabilité II est-elle un piège ou une barrière de sécurité pour les assurés?

Les grands assureurs européens ont résisté à la crise financière et leurs marges de solvabilité, sous surveillance, n’ont pas inquiété plus que de raison. Que la réglementation évolue pour mieux sécuriser le monde financier actuel est une bonne chose. Mais pourquoi donc ces nouvelles règles s’appliquant aux assureurs seraient-elles calibrées sur celle du monde bancaire? Ils ne font pas les mêmes métiers et ils sont soumis à des règlementations différentes. Les nouvelles règles de mesure de la solvabilité des assureurs vie s’appuieraient.

Sur le principe de «value at risk» sur un an alors même que la durée des engagements pour les assureurs vie se mesurent en dizaines d’années, avec un tel calibrage du risque économique et financier encouru, ils devront faire face à un relèvement des exigences en fonds propres. Alors ce progrès sera-t-il favorable à l’assuré ? Non, je ne le pense pas, car on peut légitiment attendre des changements dans la politique d’investissement des assureurs vie et un désengagement important sur les actifs en actions des fonds en euros de leur part, ce qui n’est pas forcément bon pour l’économie, la croissance des entreprises et la rentabilité des fonds. Avec Solvabilité II, les compagnies d’assurances seront mieux à même de faire face à des chocs exceptionnels, mais l’épargnant pourra s’en trouver aussi pénalisé, par une hausse des tarifs et par de nouvelles opérations de concentration qui ce réduira une nouvelle fois la concurrence.

Qu’attendez-vous de la nouvelle Autorité de Contrôle Prudentiel?

L’idée de fusionner les services de l’autorité de contrôle des assurances et des mutuelles et la commission bancaire apparaît, pourquoi pas, comme une bonne chose. La crise est passée par là. La supervision sous un pôle commun du système financier dans son ensemble et l’encadrement de la commercialisation des produits sera certainement plus efficace. Pour l’heure, on espère que cette nouvelle autorité saura préserver les spécificités de l’assurance vie qui n’est pas, loin s’en faut, un produit bancaire. Les différences sont grandes entre des deux métiers, les assureurs ont des règles prudentielles de gestion financière à moyen long terme en rapport avec leurs engagement ce qui ne laissent pas de place à la spéculation. Un meilleur encadrement des pratiques commerciales devrait apporter une meilleure protection des consommateurs de produits financiers et en limiter les excès. Du prudentiel, on passera donc au macro prudentiel. Les clients devaient y trouver leur compte dans cette tutelle grâce à un meilleur contrôle du respect des obligations professionnelles, mais nous sommes encore loin d’une révolution culturelle.

Sonkin, Marie-Christine