«Natixis a une dette envers ses actionnaires»

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lefigaro.fr : Il y a un an, quasiment pour jour, vous affirmiez qu’«il était temps de faire la vérité sur Natixis ». Comment avez-vous accueilli la confirmation par l’AMF (Autorité des marchés financiers) de l’envoi d’une notification de griefs à Natixis ?
Colette Neuville : C’est une nouvelle satisfaisante, qui permettra de compléter notre plainte. Mais il y aura encore du chemin à faire car, même si Natixis vient à être sanctionnée, il restera à indemniser les victimes. Les actionnaires souhaitent avant tout une réparation, autrement dit, récupérer une partie de leur argent.
Si l’on part du principe que les pertes des actionnaires sont dues pour moitié à la chute générale des marchés boursiers, il faudrait mettre en œuvre une procédure qui leur permette de récupérer la moitié du prix d’introduction (19,55 euros) soit 10 euros. On pourrait pour cela demander aux Banques populaires et aux Caisses d’épargne de racheter les actions Natixis qu’elles ont cédées au public en offrant en échange une reconnaissance de dette, sous forme d’obligations ou de toute autre valeur mobilière composée, d’un montant de 10 euros. I
l faut avoir à l’esprit que ce sont près de 3 millions d’actionnaires qui ont perdu 80% des 5 milliards d’euros qu’ils ont investis dans cette affaire. Il s’agit du scandale politico-financier ayant fait le plus de victimes en France. Nous avons pour notre part saisi le Procureur de la République il y a un peu plus d’un an et, pour l’heure, nous n’avons eu aucun retour. Le seul mérite de notre plainte pour l’instant est d’avoir interrompu la prescription.
Sans doute que pour des raisons politiques et de timing, l’Etat n’a pas jugé bon de sanctionner Natixis.
Il semble en effet que l’Etat français a considéré qu’il n’était pas opportun de faire toute la lumière sur l’affaire Natixis au moment où il mettait en avant le comportement « vertueux » des banques françaises pendant la crise au regard de leurs homologues européennes et américaines. Mais il n’a pas respecté le principe de séparation des pouvoirs, pourtant inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme et considéré depuis Aristote en passant par Locke en Grande Bretagne et Montesquieu en France comme indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. J’attends donc impatiemment la nomination d’un juge d’instruction qui fasse toute la lumière et détermine toutes les responsabilités sur le scandale Natixis.
Qu’attendez-vous de la part de l’AMF ?
J’attends de la Commission des sanctions (organe de l’AMF, NDLR) qu’elle ne se limite pas aux griefs sur l’information délivrée en octobre 2008, mais qu’elle soit saisie de toute l’affaire depuis ces débuts. S’agissant des griefs qui lui ont été transmis, Natixis affirme qu’elle n’est pas poursuivie par l’AMF pour diffusion d’une fausse information. Je note cependant que, selon l’article 223-1 de son Règlement général auquel l’AMF fait référence « l’information donnée au public doit être exacte, précise et sincère ». C’est donc bien que les services de l’AMF considèrent que l’information donnée par Natixis ne présentait pas ces qualités.
Vous êtes partie prenante dans l’affaire Vivendi (1), et vous vous êtes indignée des suites données à l’affaire EADS (2). L’affaire Natixis est-elle encore plus grave que les deux autres ? Pensez-vous que l’AMF saura tirer les leçons de l’affaire EADS ?
L’affaire Vivendi et l’affaire Natixis ont ceci de commun qu’un grand nombre d’actionnaires ont été victimes d’informations trompeuses. Mais le cas de Natixis est plus grave en raison du démarchage honteux organisé par les deux banques pour profiter de la confiance de leurs clients et leur vendre leurs titres. Les actionnaires de Vivendi avaient eux acheté leurs titres sans être spécialement sollicités, sinon par la communication trompeuse de la société.
Quant à l’affaire EADS, le président de l’AMF a exprimé publiquement, dès le lendemain du prononcé de la décision de la commission des sanctions, son souhait de pouvoir désormais faire appel des décisions de cette commission. Je pense qu’il veillera à ce qu’un texte lui donne rapidement ce droit, dans la logique de la séparation des pouvoirs.
(*) Association de défense des actionnaires minoritaires
(1) Colette Neuville est à l’origine d’une class action contre Vivendi et deux de ses ex-dirigeants, Jean-Marie Messier, ancien P-dg et Guillaume Hannezo, ancien directeur financier, accusés d’avoir travesti les résultats du groupe entre 2000 et 2002.
(2) après trois ans d’enquête, l’AMF a innocenté tous les dirigeants d’EADS.
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