2009 : l'année du miracle chinois
Il a fait grand bruit, ce plan de relance de 4.000 milliards de yuans (586 milliards de dollars) dévoilé en novembre 2008. D’autant que plusieurs mesures avaient déjà été prises pour amortir les effets de la crise financière mondiale. La Banque centrale de Chine venait d’annoncer le 29 octobre une nouvelle baisse de ses principaux taux d’intérêt, la troisième en six semaines, afin de soutenir sa croissance.
Or le moteur de la croissance chinoise, à savoir la demande mondiale de produits manufacturés en Chine, commençait clairement à s’essouffler au troisième trimestre de 2008. «La Chine a décidé d’adopter une politique budgétaire active», déclarait le cabinet du Premier ministre Wen Jiabao lors de l’annonce officielle du plan de relance. Selon Hervé Liévore, stratégiste chez AXA Investment Managers, «la Chine s’est démarquée du reste du monde dans la mise en place de son plan de relance, par sa rapidité et par l’ampleur de l’investissement public». Le gouvernement central a tout misé sur la stimulation de la demande intérieure, qui ne représentait que 33% du PIB chinois avant la crise.
Un plan taillé sur mesure
Priorité a été donnée aux produits fabriqués localement, notamment dans les secteurs de l’automobile et de l’électroménager. «Les mesures d’aide à la consommation, orientées principalement vers les provinces rurales, excluaient les produits importés», souligne Hervé Liévore. Les autorités ont aussi fortement incité les banques à contribuer à l’effort de relance. Dans sa note annuelle sur les banques chinoises publiée mi-décembre, l’agence de notation Fitch Ratings estime que la valeur totale des prêts devrait s’envoler de 32% en 2009, à 1.500 milliards de dollars. Les grandes banques nationales avaient déjà accordé un total de 1.270 milliards de dollars de prêts en neuf mois.
Le pari était audacieux. Bien peu d’économistes croyaient que le gouvernement atteindrait ses objectifs. Et pourtant… Le Bureau d’Etat des Statistiques annonçait en octobre que les ventes au détail avaient grimpé de 15,1% en glissement annuel sur les trois premiers trimestres de 2009. La Chine affichait une croissance de 7,1% au premier semestre, grâce à un rebond impressionnant de 16% au second trimestre. Si Pékin prévoit une croissance de 8% en 2009, l’OCDE est encore plus optimiste et pense que ce chiffre pourrait atteindre les 10%.
Un succès «artificiel» ?
«Les objectifs à court terme du plan de relance, à savoir soutenir l’économie chinoise et compenser la défaillance de la demande extérieure, ont été réalisés. Ce succès est incontestable», note Françoise Lemoine, analyste senior au Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII). Pour autant, ces tendances positives sont à relativiser. «L’effort de relance est loin de résoudre la question d’un développement soutenable de la Chine sur le long terme», ajoute Françoise Lemoine. Les indicateurs d’une relance de la consommation des ménages restent ambigus.
Les ventes ont certes explosé dans certains secteurs comme l’automobile (+78% en septembre, selon le Bureau d’Etat des Statistiques), à la faveur des incitations fiscales et autres mesures de soutien à la consommation. «Mais les déséquilibres structurels de l’économie chinoise se sont aggravés», remarque Françoise Lemoine, qui s’interroge sur la santé à long terme de l’emploi, des services ou des investissements privés. «Les dépenses publiques dédiées à la santé et à l’éducation représentent toujours une part minoritaire du budget chinois.»
Vers un modèle de croissance durable
Ce décalage entre la position dominante de la Chine à l’international et les écarts qui se creusent en interne sera au cœur de l’après-crise chinoise. «Les effets du plan de relance se feront sentir jusqu’à la fin de 2010», rappelle Françoise Lemoine. Que se passera-t-il ensuite ? «La consommation des ménages doit impérativement prendre le relais des investissements très majoritairement publics». Si la demande internationale tarde à reprendre, la Chine aura bien du mal à tenir ses taux de croissance insolents. Pékin a réussi à atténuer le choc de cette crise mondiale. Mais rien n’est joué pour 2011 et 2012.
LIRE AUSSI
» La Chine bientôt premier exportateur mondial
» Les entreprises chinoises sont plus riches qu’avant la crise
» La croissance à risque chinoise
» Chine : la croissance toujours au rendez-vous en 2010
» DOSSIER SPECIAL - Le bilan de l’économie 2009
» DOSSIER SPECIAL - Nos prévisions pour 2010
