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Bouygues, l'esprit de conquête en héritage

24/12/2009 00:00 - JDF

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Une croissance moyenne de 42 % par an. Ce n'est pas d'Iliad ou d'une société technologique qu'il s'agit, mais de Bouygues. Pendant ses vingt-cinq premières années, l'entreprise a grandi à ce rythme effréné. Et, entre 1959 et aujourd'hui, son chiffre d'affaires a été multiplié par 8.000 ! 
Ce succès, Bouygues le doit d'abord à l'ambition d'un homme : Francis, son fondateur. Fils d'ingénieur et diplômé de Centrale, il se lasse rapidement de travailler dans la société de sa belle-famille. En 1952, année de naissance de son dernier fils, Martin, il crée sa propre affaire avec l'équivalent de 1.830 euros empruntés à son père et à son beau-père. L'Entreprise Francis Bouygues à l'époque, c'est une plaque sur la porte de son appartement. Le démarrage est rapide. Une distillerie, une usine : les chantiers s'accumulent dans une France en reconstruction.
Francis Bouygues, marqué par un voyage aux Etats-Unis, veut appliquer les méthodes américaines dans l'Hexagone. Il suit une logique de bon sens, met en place une organisation scientifique du travail. « Le creuset de la réussite de Bouygues, c'est le management. Le BTP est un métier aux marges faibles avec des risques élevés. Tout dépend alors de la capacité à gérer les hommes », souligne Blandine Delafon, directrice de la communication du groupe et tante de Martin Bouygues. Francis Bouygues met en avant la réussite, le travail. « J'ai toujours donné plus d'importance et de responsabilité aux hommes de terrain qu'aux grands diplômés qui font trop référence à leur scolarité, croyant qu'elle les dispense de montrer leur bon sens et leur caractère », explique-t-il. Pour fidéliser ses travailleurs, il met en oeuvre les premières mesures sociales du secteur : le salaire mensualisé, un samedi chômé par mois dès 1966... Il crée aussi l'ordre des Compagnons du Minorange pour récompenser les ouvriers les plus méritants.
Le sens des opportunités
Sec, colérique, autoritaire, le dirigeant est controversé mais charismatique. L'essor du groupe est exceptionnel. La Grande Arche de la Défense, les Halles, l'aérogare 2 de Roissy : les réalisations de Bouygues sont partout. En 1972, deux ans après sa cotation en Bourse, la société franchit son premier cap important en construisant le Parc des Princes. Ce chantier requiert des techniques de travaux publics très pointues. La même année, l'activité se développe à l'international avec le complexe olympique de Téhéran. Francis Bouygues a le goût du challenge, d'où le nom du siège social grandiose qu'il inaugure en 1988, « Challenger ».
« Bouygues, c'est l'esprit de conquête, celui de la nouvelle frontière », lance Blandine Delafon. Dans les années 80, le P-DG veut réduire la dépendance de son entreprise au BTP, en crise. Bouygues se diversifie et compte jusqu'à douze métiers. Des hôtels, une aventure dans les piles avec Bernard Tapie... Le groupe ne réussit pas toujours. En 1989, Bouygues produit même de la farine, après l'achat des Grands Moulins de Paris. Le plus souvent, ces choix sont guidés par l'opportunisme, pour acquérir des terrains intéressants dans Paris par exemple.
Le développement de l'entreprise passe avant tout. Francis Bouygues, dilué, détenait moins de 10 % du capital à sa mort. La famille a même failli perdre le contrôle du groupe à deux reprises : en 1988, puis lors de l'entrée au capital et de l'offensive de Vincent Bolloré en 1997-1998.
Lors de cette dernière tentative, Martin Bouygues, P-DG depuis 1989, mène la contre-attaque. Critiqué lors de sa prise de fonctions à 37 ans, le jeune homme, d'apparence timide mais aux convictions bien affirmées, gagne ses galons dans cette affaire.
Pragmatique, il rationalise le portefeuille d'activités du groupe après le départ de son père, avec plusieurs cessions. Mais, fidèle aux ambitions familiales, il lance entièrement une nouvelle activité : la téléphonie mobile.
Cette filiale, qu'il définit comme « son bébé », est la plus grande contributrice aux résultats du groupe. « L'esprit de challenge, c'est être ambitieux après avoir calculé les risques », estimait Martin Bouygues à son arrivée à la tête du groupe. Une devise que ne renierait pas son père.
FABIENNE BOULOC