Objet de désir pour une clientèle qui a accès au superflu, envié par ses concurrents et recherché par les investisseurs... un seul nom suscite autant la convoitise : Hermès.
Peu de sociétés cotées à la Bourse de Paris peuvent se vanter d'avoir une histoire aussi longue. Le temps n'est d'ailleurs pas l'ennemi de la maison mais plutôt son allié, puisqu'il est le garant de la perfection à laquelle aspirent ceux qui contribuent à son développement. La famille en premier lieu, même si elle n'est plus aux commandes. En effet, s'il incarne l'esprit Hermès, le gérant actuel, Patrick Thomas, n'en est pas l'héritier. Mais la sixième génération est là, et bien là. Au sein de l'entreprise, et plus précisément à la direction artistique - la créativité fait partie de l'héritage d'Emile Hermès -, et bien sûr au capital. Avant d'introduire la société en Bourse, en 1993, Jean-Louis Dumas, qui a personnifié la cinquième génération à la tête du groupe, a transformé l'affaire familiale en société en commandite.
Emile Hermès SARL, l'associé commandité d'Hermès International, est représenté par un conseil de gérance composé d'une soixantaine de membres des familles Dumas, Puech et Guerrand, qui contrôlent ainsi près de 73 % du capital. Six des onze membres du conseil de gérance sont issues de la sixième génération, désormais garante des valeurs de la maison fondée par leur ancêtre Thierry Hermès. En 1837, ce protestant, d'origine alsacienne, ouvre à Paris une manufacture de harnais et de selles dans le quartier des Grands Boulevards. En 1880, son fils, Charles-Emile, installe la sellerie familiale au 24, rue du Faubourg-Saint-Honoré, une adresse mythique pour tous les amateurs de la marque. A cette époque, la maison Hermès attire déjà une clientèle cosmopolite, séduite par la qualité de ses cuirs et son savoir-faire artisanal. Aujourd'hui encore, Hermès se définit comme une « maison d'artisanat créative », et non pas comme une affaire de luxe.
Mais c'est sous l'impulsion d'Emile-Maurice Hermès que l'entreprise familiale va prendre un nouveau tournant, alors que les registres de commandes se remplissent dans les ateliers de la rue du Faubourg- Saint-Honoré. Emile Hermès lance en 1900 un sac haut à courroies, conçu pour permettre au cavalier de transporter sa selle, un prélude à l'activité de maroquinerie qui prendra son essor dans les années 20 avec le fameux « cousu sellier ». Entre-temps, il a fallut se rendre à l'évidence : l'automobile prend progressivement le pas sur le cheval.
D'un voyage aux Etats-Unis, Emile Hermès rapporte la fermeture à glissière, qu'il introduit dans l'univers de la maroquinerie et de la mode. Des boutiques proposant des bagages, des vêtements et des accessoires pour hommes et femmes, toujours inspirés de la culture équestre, sont ouvertes dans les stations de villégiature françaises. Un magasin est inauguré à New York en août 1930, mais il ne résistera pas à la Grande Dépression. Pour fêter les 100 ans de l'entreprise familiale, Emile Hermès lance ce qui va devenir l'un des produits les plus emblématiques de la marque : le fameux carré en soie.
Les innovations et les diversifications dans l'horlogerie, la parfumerie, les yachts de luxe vont se succéder au gré des nouvelles générations, faisant d'Hermès une société à part dans l'univers du luxe. Sans doute la seule à devoir expliquer à ses clientes que, malgré la crise et alors que tous les concurrents ont vu leur chiffre d'affaires baisser, il faut patienter plusieurs mois pour arborer un sac Kelly...
