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« Nos investissements ont progressé durant la crise »

19/12/2009 00:00 - JDF

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La crise ? Connaît pas ! C'est par ces mots que Stéphane Bancel aurait pu commenter les performances de BioMérieux, le groupe pharmaceutique spécialisé dans le diagnostic in vitro qu'il dirige depuis près de trois ans. C'est en effet souriant que le dirigeant nous reçoit dans les salons du Bristol, où l'Institut Mérieux, actionnaire principal du groupe, vient de rappeler, par la voix de son président, Alain Mérieux, son approche thérapeutique et les grands enjeux des domaines dans lesquels il opère.
Une croissance record
Les chiffres sont impressionnants. Alors que la crise économique n'aura épargné presque aucun secteur, BioMérieux affiche des taux de croissance historiquement élevés. A taux de change constant et en incluant les accords de développement, les facturations ont progressé de 9,8 % en 2008. Et, si le groupe maintient officiellement l'objectif de son plan 2007-2012 d'une croissance annuelle de son chiffre d'affaires de 7 à 9 %, celui-ci affiche déjà une hausse de 11,2 % sur les neuf premiers mois de l'année. « Nous n'avons pas été épargnés par la crise, tempère le dirigeant. Dès le début de 2008, nos ventes d'instruments aux Etats-Unis ont été affectées. Certains de nos clients laboratoires ont eu de gros problèmes de financement, ce qui a entraîné un arrêt brutal des ventes de machines. Nos ventes d'instruments n'ont renoué avec la croissance qu'au troisième trimestre 2009, et ce pour la première fois depuis fin 2007. Â»
Des difficultés qui n'ont pas remis en cause la vertu du modèle économique du groupe, qui bénéficie de la récurrence d'une immense majorité de ses facturations (près de 90 %), grâce à la vente de réactifs fonctionnant sur les machines qu'il commercialise.
Alors, si le phénomène rencontré aux Etats-Unis s'est ensuite propagé sur les marchés européens au début de l'année 2009, le groupe a traversé plutôt sereinement la crise. « Nos différents axes thérapeutiques et notre positionnement dans les pays émergents, où nous réalisons une part croissante des ventes, ont également contribué à ces bonnes performances Â», complète le dirigeant, faisant ainsi écho au président du groupe, Alain Mérieux, qui, lors des résultats annuels 2008, soulignait l'effet de compensation entre les zones géographiques et les activités plus ou moins dynamiques selon les périodes. Le groupe, présent depuis vingt-deux ans en Chine et quatorze ans en Inde, souhaite se renforcer sur ces marchés.
A contre-courant
Alors que l'immense majorité des entreprises ralentissaient, voire stoppaient la croissance de leurs investissements, pas de mesures de ce type pour Stéphane Bancel. Au contraire, celui qui travaillait en Asie lors de la crise de 1997-1998 s'est souvenu de la violence du retournement économique et a tiré les leçons de la stratégie de General Electric, qui profitait à l'époque de la situation pour faire ses emplettes dans cette zone appelée à croître fortement.
« Il faut faire l'inverse des autres et accélérer dans la crise. Nous avons traversé une situation délicate et il est encore difficile aujourd'hui de dire quand la crise sera définitivement derrièrenous. Malgré tout, le monde n'allait pas s'arrêter, notre modèle était solide et il fallait continuer à rester dynamiques. Â» Résultat : aucune réduction de coûts, et même une hausse des investissements industriels de 50 % au premier semestre 2009. Les dépenses de recherche-développement sur la biologie Vidas ont également été augmentées de 30 % depuis 2007, « dans l'objectif de sortir deux à trois réactifs par an Â».
Cette machine représente aujourd'hui la moitié de la base installée du groupe. Un appareil qui continue à faire les beaux jours de BioMérieux mais qui, dix-huit ans après son lancement, nécessite des innovations, bientôt concrétisées avec la commercialisation en 2012 du Vidas New. Côté recherche-développement, le nerf de la guerre dans l'industrie pharmaceutique, « nous n'avons donc jamais baissé de niveau Â», explique le dirigeant,même si le taux habituel de 12 % a légèrement fléchi après l'intégration de sociétés rachetées en 2008 et faiblement actives en termes de R&D.
Effet pandémie
Depuis 2007, la société a connu six opérations de croissance externe. « Il serait improbable que nous n'annoncions pas au moins une nouvelle acquisition d'ici deux ans Â», ajoute celui qui souhaite « Ãªtre plus ambitieux en termes de croissance Â». La crise n'aura donc pas cassé ces ambitions, l'activité ayant même bénéficié d'un élément inattendu : l'apparition de la pandémie de grippe A (H1N1). Au moment de la propagation du virus, les équipes de recherche ont redéveloppé certains tests existants (NucliSENS easyMAG et NucliSENS EasyQ Influenza A/B) afin d'y intégrer la nouvelle souche virale. Mais, plus que ces tests de diagnostic, qui devraient avoir un effet limité dans le temps, le groupe bénéficiera d'un effet de plus long terme, lié à l'augmentation des ventes des machines easyMAG. « Cette plate-forme d'extraction a profité de la pandémie, les laboratoires n'arrivant plus à faire manuellement leurs tests face à l'explosion des demandes. Maintenant qu'ils sont équipés, ils devraient continuer à utiliser nos machines pour tous les autres tests de biologie moléculaire (oncologie, détection du VIH ou du VPH...). Â»De quoi confirmer les objectifs annuels de croissance et de rentabilité opérationnelle courante. Celle-ci dépassera 17 %, contre un objectif annoncé de 16 % début 2009.
Développer les partenariats
Arrivé à la moitié de son plan stratégique, Stéphane Bancel aborde les années à venir avec sérénité. Lui qui a été amené par ses fonctions à travailler aux Etats-Unis et en Asie apprécie particulièrement l'internationalisation du management, « fondamentale pour un groupe ayant des équipes dans 39 pays Â». Et pas question de ralentir la cadence. A l'avenir, BioMérieux continuera à suivre la recette qui a assuré son succès. A côté des acquisitions, les partenariats feront partie d'axes importants de développement : « Ils nous permettront de nous renforcer dans les domaines où nous aurons du mal à atteindre la taille critique par simple croissance organique. Â» BioMérieux vient d'ailleurs de signer un accord avec le Commissariat à l'énergie atomique dans les maladies infectieuses.
Après le rachat d'AviaraDx en 2008, le groupe souhaite, enfin, continuer à miser sur la médecine personnalisée (théranostic), une vraie « médecine 2.0 Â», qui vise à optimiser les traitements en fonction des patients. BioMérieux dispose d'ailleurs déjà sur ce point d'accords avec de grands laboratoires (GSK, Merck & Co...).
NOTRE CONSEIL
A l'approche de notre objectif de 81 euros, nous avions recommandé de prendre une partie des gains. Depuis, le titre a encore progressé de 15 %, atteignant son plus haut historique. La valorisation reste raisonnable, mais les bonnes nouvelles sont déjà dans les cours. Vendre le solde (code : BIM, Comp. A, SRD).
OLIVIA DERREUMAUX