
Philippe Sassier à son domicile à Paris le 12 avril 2007 pour le JDF -
Dès le lendemain des festivités célébrant la chute du mur de Berlin, Angela Merkel justifiait devant le Bundestag la chute d'un autre mur : celui du dogme de l'équilibre budgétaire prioritaire. Le père Fouettard s'est transformé en père Noël, l'Allemagne a choisi de relancer la croissance en baissant les impôts avant de se lancer à la poursuite des déficits. A la stupéfaction générale, l'Italie, ce pays du « Club Med » dont l'Allemagne ne voulait pas dans le club euro, affichera l'an prochain un déficit budgétaire inférieur au sien. A première vue, c'est le monde à l'envers. Les libéraux alliés de la Chancelière ont pesé de tout leur poids dans la coalition pour obtenir cette décision en répétant :
« C'est parce que les caisses sont vides qu'il faut les remplir en diminuant les impôts. » Devant le Bundestag, Angela Merkel a expliqué que c'est en 2010 que les pires effets de la crise frapperont l'Allemagne de plein fouet.
« Les problèmes vont empirer avant que la situation ne s'améliore », a-t-elle affirmé. Le chômage, qui atteint le niveau de 8,3 %, va continuer à augmenter et le
Kurzarbeit, le plan qui subventionne le chômage partiel afin d'éviter les licenciements, sera étendu. L'Allemagne, a affirmé la Chancelière, doit relever un défi comparable à celui de la réunification :
« Je veux tout faire pour créer les conditions d'une nouvelle et forte croissance. » Il ne faudrait pas croire pour autant que l'Allemagne a jeté par-dessus les moulins de la crise son bonnet de l'équilibre budgétaire. Celui-ci a été inscrit dans la Constitution. Si à première vue on tient le même langage à Paris qu'à Berlin, la croissance avant les déficits, la situation est totalement différente dans les deux pays. Depuis dix ans, l'Allemagne a restructuré son appareil de production, favorisé l'exportation au détriment de la consommation, et elle utilise l'euro comme naguère elle se servait du mark. Ce qui est déficit de ce côté du Rhin est excédent sur l'autre rive. Pendant ce temps-là, la France a laissé se détériorer ses outils de production, depuis des années elle se ment à elle-même en inscrivant, budget après budget, des prévisions de croissance qui ne se réalisent jamais, en habillant des économies de bouts de chandelle en réformes de l'Etat.
« Nous allons prendre des mesures concernant les logements de fonction », déclarait récemment Eric Woerth.
« Pour revenir aux déficits d'avant-crise, il faudrait réduire les dépenses publiques, y compris les retraites et les salaires, de 8 % », écrivait dans
Les Echos du 15 juillet dernier Jacques Delpla, membre du Conseil d'analyse économique. Avant la crise, Nicolas Sarkozy proposait d'aller chercher le point de croissance qui nous manquait déjà
« avec les dents ». Après la crise, il va nous falloir une mâchoire de crocodile. Prenons l'automobile. La France a mis, comme les autres pays, son industrie sous perfusion de primes diverses, ce qui a permis au marché de se redresser, mais la réalité est là : l'écart de productivité ne cesse de se creuser avec l'Allemagne. PSA et le groupe Renault n'assemblent plus dans l'Hexagone que 30 % de la totalité des véhicules qu'ils produisent. Les trente-cinq heures et le coût du travail et des réglementations diverses sont responsables de cette situation. La France a dissimulé sa perte de compétitivité en favorisant depuis des années le consommateur par rapport au producteur. Le plan de relance engagé par Nicolas Sarkozy à la fin de l'année dernière amorçait un virage. Il faut l'accentuer si l'on veut que l'économie française cesse d'être une machine qui consomme plus qu'elle ne produit.