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La vertu paradoxale du krach de 1929

24/10/2009 00:00 - JDF

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Voilà exactement quatre-vingts ans, le 24 octobre 1929, éclatait à Wall Street le Jeudi noir qui fit basculer le monde dans un cataclysme boursier bientôt suivi d'une dépression économique généralisée qui nourrit la vague fasciste et déboucha sur la Seconde Guerre mondiale, la seule guerre mondiale au sens strict du mot d'ailleurs. Bien triste commémoration donc, mais qui présente une vertu paradoxale : c'est sans doute le souvenir du krach de 29 qui a permis d'éviter un effondrement général en 2008. Dans une interview à La Tribune l'autre automne, Valéry Giscard d'Estaing déplora que l'on évoquât trop le précédent de 1929. L'ancien président de la République avait tort car cette résilience du passé a largement contribué à la mise en place des plans de sauvetage financier coordonnés entre les Etats-Unis, l'Europe, le Japon et la Chine. Quel chef d'Etat aurait osé prendre la responsabilité historique de reproduire les erreurs qui avaient mené le monde à la catastrophe ? Retour sur ce moment de l'Histoire qui échappa à tout contrôle. Le Jeudi noir commence en réalité un mercredi. Le mercredi 23 octobre, lorsque, à Wall Street, 6 millions d'actions sont brutalement jetées sur le marché. Mais elles trouvent finalement preneur auprès des petits porteurs qui spéculent en Bourse grâce à l'argent que les banques leur prêtent à profusion, et qui croient que les arbres peuvent monter jusqu'au ciel. Et la baisse n'est que de 5 %. Le problème est que le lendemain les vendeurs se précipitent à nouveau alors que les acheteurs font défaut. Près de 13 millions de titres changent de mains à des prix qui ruinent les spéculateurs, dont des milliers sont liquidés faute de pouvoir répondre aux appels de marge. A 11 h 30, la panique a gagné Wall Street. Des spéculateurs se suicident, dont deux, qui avaient un compte commun, en se tenant la main. Une intervention d'un syndicat bancaire calma un peu les choses les jours suivants, mais la confiance était partie et les cours baissèrent jusqu'en 1933. Avec des sursauts momentanés qui ont eu comme effet pervers de « lessiver » les épargnants qui, restés d'abord à l'abri, avaient voulu profiter de la chute des cours et se trouvent à leur tour pris dans la tourmente. Le fond ne sera touché qu'en 1933, avec la dévaluation du dollar et la purge du National Bank Holiday, lorsque l'administration Roosevelt imposa une fermeture des banques d'une semaine au terme de laquelle seules celles jugées viables furent autorisées à rouvrir. Entre-temps, le krach financier s'était étendu à l'Europe et mué en crise économique mondiale. De même que la crise des subprimes, d'origine américaine, a contaminé la finance mondiale et s'est également muée en récession économique. Pourtant, à y regarder de plus près, d'énormes différences opposent les deux krachs, dont la moins importante n'est pas le fait que la récession de ces derniers mois n'a heureusement rien à voir avec la Grande Dépression des années 30. Les pays émergents, qui jouent aujourd'hui un rôle stabilisateur, étaient encore souvent soumis au pacte colonial ou, tout simplement, totalement dépendants des achats des pays riches. Le Brésil, par exemple, ne parvenant plus à vendre son café, en brûla plus de 200.000 tonnes dans les foyers des locomotives. Et la Chine, aujourd'hui partie prenante de la gouvernance mondiale, était alors la proie de l'impérialisme japonais. Autre différence capitale : la gestion politique de la crise. En 1929, les gouvernements tardent à prendre conscience de son extrême gravité, le président américain Hoover se taillant une place dans l'Histoire en déclarant : « Tout sera terminé dans soixante jours. » Et quand ils décident de réagir, c'est au nom du chacun pour soi. Pas de Groupe des Vingt ni de sommet de Pittsburgh. Le président américain décide bien d'un moratoire sur les réparations allemandes et les dettes de guerre anglaises et françaises, mais il s'agit là de la seule intervention collective pour conjurer la crise. La Société des Nations réunit trois conférences internationales pour « une action économique concertée », mais sans résultat. En revanche, chaque pays se réfugie derrière les droits de douane et les contingentements de produits importés et attaque par le dumping. Ce choc des intérêts sera une des causes de la Seconde Guerre mondiale. Exception faite de quelques accrocs, chinois notamment, les gouvernants actuels ont su résister à la tentation protectionniste. Mais il est moins sûr qu'ils évitent celle de la guerre des monnaies et des dévaluations compétitives. Après la Grande-Bretagne, les Etats-Unis dévaluent le dollar en juillet 1933, Roosevelt déclarant sans complexes à une conférence monétaire réunie à Londres : « Nous désirons être parfaitement clairs : ce qui nous intéresse, c'est le prix des marchandises américaines. » L'Amérique du dollar faible d'Obama et la Chine du yuan sous- évalué de 40 % rappellent ce monde. Il n'y manque même pas la gardienne de l'orthodoxie monétaire. La différence est qu'en 1933 elle s'appelle la Banque de France, assise sur le Bloc or, et aujourd'hui la BCE, calée sur l'euro fort.