Rentrée décisive pour l'économie mondiale
A défaut d'être radieux, l'été fut plutôt réconfortant pour l'économie mondiale. Malgré de fortes disparités entre les Etats, la machine semble se remettre lentement en marche, et certains experts tablent même sur une reprise rapide. Plus prudents, les banquiers centraux américain et européen prédisent une longue période de convalescence et mettent en garde contre les risques de rechute.
« L'activité économique semble se stabiliser à la fois aux Etats-Unis et à l'étranger, et les perspectives d'un retour à la croissance à court terme semblent bonnes », a déclaré le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, lors d'un sommet international d'économistes, il y a quelques jours.
Cette intervention a conforté l'optimisme des marchés, qui ont rebondi après les publications de ces dernières semaines, notamment aux Etats-Unis. La contraction du PIB américain a fortement ralenti au deuxième trimestre (- 1 % en rythme annualisé) et, selon le consensus, les économistes tablent sur une croissance de 2,2 % aux Etats-Unis pour les trois mois à venir.
De l'autre côté de l'Atlantique, les Etats connaissent des situations très différentes, mais, dans la zone euro, la baisse de l'activité a été limitée à 0,1 % sur les trois derniers mois. Dernière bonne nouvelle en date : l'indice PMI composite, qui mesure les perspectives du secteur manufacturier et des services, a enfin atteint la barre des 50 points en août. Autrement dit, la croissance du secteur privé a cessé de se contracter.
Cette évolution « suggère que les chiffres du deuxième trimestre ne correspondaient probablement pas à un simple feu de paille mais à une authentique avancée vers la normalisation de l'économie de la zone euro », explique, dans une note, Gilles Moec, économiste à la Deut-sche Bank. Et de prévoir que le PIB de la zone repassera dans le vert dès le troisième trimestre, avec une croissance de 0,3 %.
Avec l'Allemagne, la France semble sortir plus rapidement de la récession. Le gouvernement a agréablement surpris les analystes, en annonçant une croissance de 0,3 % au deuxième trimestre. Au vu de ces bonnes nouvelles, les économistes ont déjà été nombreux à relever leurs prévisions. L'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) vient d'annoncer qu'elle le fera dans les prochains jours.
Une embellie très fragile
Les banquiers centraux refusent cependant de céder à l'optimisme. « La reprise devrait être relativement lente au début, avec un chômage qui ne redescendra que progressivement des ses hauts niveaux », a prévenu Ben Bernanke. Le patron de la Banque centrale américaine, qui vient d'être confirmé dans ses fonctions par le président Barack Obama, rappelle que les entreprises et les ménages américains peinent toujours à obtenir des crédits.
Nouriel Roubini, professeur d'économie de l'université de New York et connu pour avoir prédit la crise des subprimes, reste aussi pessimiste. Dans une tribune parue dans le Financial Times, il martèle que la reprise « sera anémique et sous le potentiel pour au moins deux ou trois ans, après quelques trimestres de croissance rapide ». A contrecourant de beaucoup d'économistes qui s'attendent à un retour rapide à la croissance, il soutient que l'économie mondiale pourrait rapidement rechuter.
Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, se montre tout aussi prudent. « Nous savons qu'il reste une montagne de travail à accomplir », a-t-il déclaré récemment. Et de souligner que le chantier de la régulation financière, crucial pour l'économie, est loin d'être clos.
Un délicat chantier mondial
Les régulateurs et les hommes politiques avaient en effet menacé les banquiers de réorganiser le système financier de fond en comble. Rien d'étonnant, étant donné l'impact que cette crise, d'abord limitée au seul secteur financier, a eu sur l'économie mondiale.
Après les interventions d'urgence, les Etats ayant dû massivement subventionner leurs banques nationales pour tenter de rassurer clients et investisseurs, la réflexion sur les réformes a été entamée au G20 de Londres, début avril dernier.
Quelques premières pistes avaient été évoquées, que chaque pays a interprétées à sa façon. Les banquiers français avaient devancé cette réunion et établi dès février des règles communes. Point central, la rémunération variable des traders, « un élément essentiel pour que la crise que nous avons vécue ne se reproduise pas », a jugé encore la semaine dernière le président Nicolas Sarkozy, partageant cet avis avec la plupart de ses homologues dans le monde. Cet été, la Grande-Bretagne et l'Allemagne se sont engagées sur la même voie d'une réglementation renforcée, alors que les Etats-Unis refusent désormaisd'« imposer des directives précises sur la rémunération ». Les autorités américaines avaient toutefois été parmi les premières à monter au créneau sur la question. Comme l'a souligné la Fédération bancaire française, après avoir durci encore ses principes il y a quelques jours, « sur des marchés mondiaux et super-concurrentiels, il faut que tous les pays partagent les mêmes principes ».
Faute d'un accord mondial à Pittsburg le mois prochain, il faudrait au moins parvenir à un accord au niveau européen. A Bruxelles, la question des bonus a été abordée au mois de juin, sous l'angle de la réglementation prudentielle. Les banques doivent « avoir des pratiques de rémunération saines, qui n'encouragent pas et ne récompensent pas la prise de risques excessive », avait fait savoir la Commission, demandant aux Etats de prendre des mesures d'ici à la fin de l'année.
En observant la dissonance entre les pays, l'objectif commun - décourager les pratiques spéculatives et encourager le financement de l'économie dite réelle - semble difficile à atteindre collectivement. Et celui d'une grande réorganisation du système financier, comme celle orchestrée par le président Franklin Roosevelt en 1930 ou celui du gouvernement suédois en 1992, paraît encore plus impossible.
« L'activité économique semble se stabiliser à la fois aux Etats-Unis et à l'étranger, et les perspectives d'un retour à la croissance à court terme semblent bonnes », a déclaré le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, lors d'un sommet international d'économistes, il y a quelques jours.
Cette intervention a conforté l'optimisme des marchés, qui ont rebondi après les publications de ces dernières semaines, notamment aux Etats-Unis. La contraction du PIB américain a fortement ralenti au deuxième trimestre (- 1 % en rythme annualisé) et, selon le consensus, les économistes tablent sur une croissance de 2,2 % aux Etats-Unis pour les trois mois à venir.
De l'autre côté de l'Atlantique, les Etats connaissent des situations très différentes, mais, dans la zone euro, la baisse de l'activité a été limitée à 0,1 % sur les trois derniers mois. Dernière bonne nouvelle en date : l'indice PMI composite, qui mesure les perspectives du secteur manufacturier et des services, a enfin atteint la barre des 50 points en août. Autrement dit, la croissance du secteur privé a cessé de se contracter.
Cette évolution « suggère que les chiffres du deuxième trimestre ne correspondaient probablement pas à un simple feu de paille mais à une authentique avancée vers la normalisation de l'économie de la zone euro », explique, dans une note, Gilles Moec, économiste à la Deut-sche Bank. Et de prévoir que le PIB de la zone repassera dans le vert dès le troisième trimestre, avec une croissance de 0,3 %.
Avec l'Allemagne, la France semble sortir plus rapidement de la récession. Le gouvernement a agréablement surpris les analystes, en annonçant une croissance de 0,3 % au deuxième trimestre. Au vu de ces bonnes nouvelles, les économistes ont déjà été nombreux à relever leurs prévisions. L'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) vient d'annoncer qu'elle le fera dans les prochains jours.
Une embellie très fragile
Les banquiers centraux refusent cependant de céder à l'optimisme. « La reprise devrait être relativement lente au début, avec un chômage qui ne redescendra que progressivement des ses hauts niveaux », a prévenu Ben Bernanke. Le patron de la Banque centrale américaine, qui vient d'être confirmé dans ses fonctions par le président Barack Obama, rappelle que les entreprises et les ménages américains peinent toujours à obtenir des crédits.
Nouriel Roubini, professeur d'économie de l'université de New York et connu pour avoir prédit la crise des subprimes, reste aussi pessimiste. Dans une tribune parue dans le Financial Times, il martèle que la reprise « sera anémique et sous le potentiel pour au moins deux ou trois ans, après quelques trimestres de croissance rapide ». A contrecourant de beaucoup d'économistes qui s'attendent à un retour rapide à la croissance, il soutient que l'économie mondiale pourrait rapidement rechuter.
Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, se montre tout aussi prudent. « Nous savons qu'il reste une montagne de travail à accomplir », a-t-il déclaré récemment. Et de souligner que le chantier de la régulation financière, crucial pour l'économie, est loin d'être clos.
Un délicat chantier mondial
Les régulateurs et les hommes politiques avaient en effet menacé les banquiers de réorganiser le système financier de fond en comble. Rien d'étonnant, étant donné l'impact que cette crise, d'abord limitée au seul secteur financier, a eu sur l'économie mondiale.
Après les interventions d'urgence, les Etats ayant dû massivement subventionner leurs banques nationales pour tenter de rassurer clients et investisseurs, la réflexion sur les réformes a été entamée au G20 de Londres, début avril dernier.
Quelques premières pistes avaient été évoquées, que chaque pays a interprétées à sa façon. Les banquiers français avaient devancé cette réunion et établi dès février des règles communes. Point central, la rémunération variable des traders, « un élément essentiel pour que la crise que nous avons vécue ne se reproduise pas », a jugé encore la semaine dernière le président Nicolas Sarkozy, partageant cet avis avec la plupart de ses homologues dans le monde. Cet été, la Grande-Bretagne et l'Allemagne se sont engagées sur la même voie d'une réglementation renforcée, alors que les Etats-Unis refusent désormaisd'« imposer des directives précises sur la rémunération ». Les autorités américaines avaient toutefois été parmi les premières à monter au créneau sur la question. Comme l'a souligné la Fédération bancaire française, après avoir durci encore ses principes il y a quelques jours, « sur des marchés mondiaux et super-concurrentiels, il faut que tous les pays partagent les mêmes principes ».
Faute d'un accord mondial à Pittsburg le mois prochain, il faudrait au moins parvenir à un accord au niveau européen. A Bruxelles, la question des bonus a été abordée au mois de juin, sous l'angle de la réglementation prudentielle. Les banques doivent « avoir des pratiques de rémunération saines, qui n'encouragent pas et ne récompensent pas la prise de risques excessive », avait fait savoir la Commission, demandant aux Etats de prendre des mesures d'ici à la fin de l'année.
En observant la dissonance entre les pays, l'objectif commun - décourager les pratiques spéculatives et encourager le financement de l'économie dite réelle - semble difficile à atteindre collectivement. Et celui d'une grande réorganisation du système financier, comme celle orchestrée par le président Franklin Roosevelt en 1930 ou celui du gouvernement suédois en 1992, paraît encore plus impossible.
DOSSIER RÉALISÉ PAR SOLENN POULLENNEC ET ANNELOT HUIJGEN (SUITE PAGE 10)
