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Dix-huit mois après avoir rejeté le projet de fusion de son compatriote BHP Billiton, Rio Tinto a annoncé la création d'une coentreprise dans le minerai de fer, dans la région de Pilbara. BHP y investira 5,8 milliards de dollars. Les deux protagonistes attendent de cette opération des synergies et des économies d'investissements de 10 milliards de dollars, un montant jugé assez conservateur par le marché. Organisée comme un centre de coûts, cette coentreprise produira plus du tiers des exportations mondiales de minerai de fer. Une opération d'autant plus intéressante qu'elle semble mettre un point final à plusieurs mois d'errance stratégique pour le groupe minier australien. Rio Tinto s'est en effet battu pour échapper à une OPA jugée inamicale de la part de ce même BHP Billiton, puis a tenté d'aller chercher des capitaux auprès du géant public chinois de l'aluminium Chinalco. Ce dernier s'était engagé à verser 12,3 milliards de dollars pour acquérir des parts dans des actifs de Rio Tinto et à souscrire pour 7,2 milliards à des obligations convertibles qui lui permettraient de doubler sa participation au capital du géant minier, à 18 %. Mais, devant la frilosité du gouvernement australien et la bronca des actionnaires, le groupe a fait volteface.
Augmentation de capital La coentreprise entre les deux groupes australiens devra d'ailleurs obtenir l'aval des autorités de la concurrence chinoise. Une occasion que ne manquera pas de saisir la Chine, toujours dépitée de s'être fait évincer du dossier. Cette opération avec BHP Billiton reste toutefois insuffisante pour régler les besoins en argent frais de Rio Tinto. En effet, le groupe pâtit d'un endettement de 37,9 milliards de dollars, à fin 2008, dont 9 milliards sont à rembourser ou à refinancer d'ici à novembre 2009, suivis d'une nouvelle échéance de 10 milliards en 2011. Cette dette bancaire, déjà réduite de 6,5 milliards de dollars l'an dernier, est essentiellement due à l'acquisition d'Alcan fin 2007, pour 38,1 milliards de dollars en espèces. Structurée à court terme, la dette est aujourd'hui le gros point noir du groupe. Après avoir envisagé un temps de faire appel aux Chinois pour se recapitaliser, Rio Tinto a donc finalement opté pour un appel au marché. La société a bouclé une augmentation de capital de 14,8 milliards de dollars, profitant de la récente remontée des prix des métaux. Le géant espérait toutefois lever 15,2 milliards. L'opération annoncée le 5 juin est donc une réussite même si l'extracteur s'est vu dans l'obligation d'abaisser de 2,7 % le prix des actions nouvelles dans la dernière ligne droite, lorsqu'elle avait atteint les 97 % de souscription. Chinalco aurait participé à hauteur de 1,5 milliard, selon l'agence Xinhua, demeurant ainsi actionnaire à hauteur de 9 % du capital.
Effondrement des bénéfices Il paraît bien loin, le temps des profits faramineux. L'an dernier, le bénéfice net a chuté de 50 %, à 6,68 milliards de dollars, en raison de dépréciations d'actifs d'un montant de 8,4 milliards de dollars, consécutives à l'achat du canadien Alcan. Au premier trimestre, il a accusé une chute de 45 % de son résultat net. Le groupe, présent dans quarante pays dans le monde et exploitant des mines très diverses (alumine, charbon, cuivre, fer, or, argent, diamant...), a été touché de plein fouet par l'arrêt brutal de la demande. Et la visibilité reste faible.
Des économies drastiques Pour desserrer l'étau, Rio Tinto n'a eu d'autre choix que de mettre en oeuvre des mesures drastiques d'économies. Objectif : réduire de 10 milliards sa dette d'ici à fin 2009. Suppression de 14.000 emplois, cessions d'actifs non stratégiques, diminution des investissements de 9 milliards à 4 milliards de dollars ont été annoncées. Le groupe minier a d'ailleurs cédé début juillet sa division américaine Alcan Emballages Alimentaires à Bemis Company pour 1,2 milliard de dollars, dont 200 millions pourraient être en actions Bemis. Une activité qui représente 23 % des ventes globales d'Alcan Packaging, soit 1,5 milliard de dollars. Le groupe souhaitait au départ céder la totalité de la branche, valorisée à 5,2 milliards de dollars. Le minier a également engrangé 2,5 milliards de dollars depuis le début de l'année avec la cession de certaines mines, notamment dans le charbon américain. Autre mesure plus que significative, le dividende, dont Rio Tinto avait promis un relèvement très significatif, est finalement resté inchangé l'an dernier, à 136 cents (1,51 euro).