
JdF-Dossier-Dowjones.gif -
La Bourse n'est pas avare de maximes destinées à fixer des lignes de conduite à destination des investisseurs. L'une des plus récurrentes est « acheter et tenir » (ou
« buy and hold » pour les Anglo-Saxons). Elle signifie qu'il suffit d'acheter une action et de la détenir assez longtemps pour engranger une plus-value significative. Cette manière d'envisager la Bourse est, pour partie, à l'origine de la création des fonds indiciels. L'analyse des performances de l'indice CAC 40 depuis sa création, en 1987, a longtemps conforté les tenants de cette vision des marchés. La crise actuelle oblige cependant à la revoir. Elle a en effet provoqué une nouvelle crise boursière de grande ampleur, moins de dix ans après la précédente. Aujourd'hui, l'indice parisien affiche une performance négative sur un an, trois ans, cinq ans ou même dix ans. Difficile d'affirmer que le long terme est toujours gagnant en Bourse. Même des sociétés parmi les plus réputées dans le cénacle des boursiers souffrent. Air Liquide n'affiche qu'un maigre gain d'un peu plus de 3 % sur les cinq dernières années. Sur cette période, L'Oréal perd même plus de 10 %. Et le recul du titre du leader des cosmétiques est encore plus important sur dix ans ! Il faut donc se référer à des périodes beaucoup plus longues. Traverser l'Atlantique devient alors une nécessité. Le Dow Jones Industrial est en effet le plus vieil indice boursier du monde. Il a été créé en 1896 par Charles Dow, afin d'être publié dans ce qui deviendra le
Wall Street Journal. Avec plus de cent dix années d'existence, il permet une analyse forcément plus pertinente que sur les deux dernières décennies. Et les conclusions se révèlent très instructives.
Quinze années sans tendance, avec la première crise du pétrole Nous avons mis en avant six périodes au profil boursier très différent. Elles couvrent l'ensemble du Dow Jones de 1914 à nos jours, et comprennent de quinze à vingt années. Il est possible de les classer en deux grandes catégories. Trois d'entre elles n'affichent qu'une performance annuelle très moyenne de l'indice américain. Sans surprise, la période qui a commencé en 2000 correspond à une telle situation. Elle inclut, il est vrai, deux krachs boursiers : l'explosion de la bulle Internet, qui commence en 2000 et se termine en 2003, et la crise actuelle, qui a commencé réellement en novembre 2007 pour le Dow Jones. Sur cette période, l'indice américain cède plus de 20 %, ce qui correspond à une perte annuelle de 2,3 %. Et rien ne permet d'affirmer aujourd'hui que nous sommes sortis d'affaire. Les résultats économiques des entreprises montrent plutôt le contraire à l'heure actuelle. La performance la plus comparable est à rechercher du côté de la plus grave crise économique du siècle dernier, celle de 1929. Entre cette date et 1949, le Dow Jones dévisse de plus de 44 %, soit un recul d'un peu moins de 2 % par an. C'est plus que ce que nous vivons actuellement. Et sur une période plus longue, puisqu'elle s'étale sur vingt années. La contre-performance s'explique pour partie par l'inertie des autorités lors du déclenchement de la crise, qui a provoqué une chute abyssale de l'économie comme de la Bourse. Nous n'en sommes pas là aujourd'hui : en effet, des mesures nombreuses et importantes ont été annoncées rapidement. Même si leur impact est encore sujet à question. La dernière époque difficile commence à la fin des années 1960, pour se terminer au début des années 1980. Sur quinze ans, le Dow Jones se contente d'un gain annuel quasi nul de 0,3 %. Pour expliquer ce phénomène, Christian Ginolhac, président de Gaspal Gestion, met en avant l'importance de l'inflation (jusqu'à 10 %) et la forte hausse, qui lui est liée, des taux d'intérêt (jusqu'à un maximum de 14 %). Une double menace que même la qualité des résultats des entreprises (hausse moyenne annuelle de plus de 6 %) n'a pas réussi à compenser. Un élément qui n'a rien de rassurant puisque les interventions massives mises en oeuvre actuellement par les Etats devront bien être financées dans le futur. Et que cela devrait conduire en toute logique à une hausse des taux d'intérêt et de l'inflation.
Plusieurs périodes avec des gains annuels de 10 % et plus Ces situations difficiles pour le marché ne sont évidemment pas la norme. Et il a existé a contrario plusieurs périodes particulièrement bénéfiques pour l'indice Dow Jones. La première commence avec le déclenchement de la Guerre de 14-18 et se clôt lors de la crise de 1929. Sur ces quinze années, l'indice phare de la Bourse new-yorkaise progresse de près de 10 % par an. La période est particulière car les Etats-Unis profitent de la Première Guerre mondiale pour confisquer au Vieux Continent la place de leader des puissances économiques mondiales. Cela se traduit dans le cours de Bourse des entreprises nationales. Deuxième moment favorable : du début de la guerre de Corée, en 1949, au milieu des années 1960. L'économie américaine est en pleine forme. La période est caractérisée par une forte croissance de la consommation des ménages comme des investissements des entreprises. La bonne santé économique globale permet d'obtenir une inflation proche de zéro et un maintien des taux longs à un niveau bas. Un environnement très favorable pour la Bourse, qui voit le Dow Jones progresser de plus de 400 % en dix-sept ans, soit un gain annuel moyen de plus de 10 %. La performance moyenne est plus importante encore au cours des années 1980 et 1990. En dix-neuf ans, le Dow Jones a été multiplié par plus de 10 ! La progression annuelle moyenne atteint, à nouveau, 13 %. Les marchés financiers profitent pleinement de la politique d'argent peu cher mise en place par la Fed et son président Alan Greenspan. Entre 1981 et 2000, les taux longs baissent de 14 % à 6 % aux Etats-Unis et l'inflation régresse à 3 % en fin de période quand elle était à deux chiffres à son début. Les résultats des entreprises sont bons puisqu'ils augmentent de 8 % par an.
Les méthodes pour profiter de l'environnement actuel L'analyse des résultats des sociétés appartenant à l'indice Dow Jones et des valorisations à travers ces différentes époques est riche d'enseignements.
« Les périodes de hausse se caractérisent par un renchérissement des multiples de valorisation, explique Christian Ginolhac.
Entre 1981 et 2000, le PER du Dow Jones passe d'un multiple de 8 à un multiple de 28 fois! » Et la croissance des résultats des entreprises ne joue finalement qu'à la marge. Entre 1949 et 2000, la progression moyenne du bénéfice par action ne varie en effet pas beaucoup, car elle se situe entre 5 et 8 %. Quelle que soit la configuration, il est cependant possible de gagner de l'argent en Bourse. En effet, plusieurs années sans performance ne signifient pas que toutes les années seront sans performance. Et l'ampleur des mouvements peut en effet être impressionnante. Sur la dernière décennie, le Dow Jones a ainsi évolué entre 8.000 et 14.000 points ! Surtout, une telle période rend ses lettres de noblesse à la gestion réactive plutôt qu'à la gestion indicielle. Cette dernière est difficile à battre en période d'euphorie. Mais ses résultats n'ont guère d'intérêt lorsque les indices sont atones. L'investisseur devra donc porter une grande attention au choix de ses valeurs, c'est la technique dite du
stockpicking, et ne pas hésiter à le modifier lorsque le besoin s'en fera sentir ou lorsqu'une plus-value importante sera engrangée. Plus que jamais,
Le Journal des Finances vous aidera à effectuer vos choix et à réaliser vos arbitrages.