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Les économies d'Europe de l'Est sont sous tension

04/07/2009 00:00 - JDF

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Sous peu, le FMI et l'Union européenne devraient accorder une partie de l'aide de 7,5 milliards d'euros prévue pour la Lettonie. Le pays est en effet en difficulté. Le gouvernement doit financer d'une part un déficit de la balance courante abyssale et d'autre part une dette contractée en devises étrangères représentant près de 90 % de son PIB. En 2009, ce dernier devrait perdre entre 12  et 18 %, selon les estimations.
Alexandre Vincent, économiste spécialisé sur la région Europe de l'Est chez BNP Paribas, explique la spécificité de la situation lettone : « Le lat, la monnaie lettone, est ancré à l'euro dans un régime de change fixe. Pour soutenir la devise locale et ainsi préserver la parité, le gouvernement doit puiser dans ses réserves de change. » Celles-ci ont ainsi fondu de 20 % depuis la fin du mois de décembre, pour s'établir à 4 milliards de dollars. « Or, analyse Alexandre Vincent, le risque essentiel serait que l'aide du FMI ne soit entièrement remise en cause, ce qui remettrait en cause la soutenabilité du régime de change fixe. Les marchés raisonnant par analogie, tous les pays d'Europe de l'Est ayant adopté le même système de change que la Lettonie, à savoir les pays Baltes et la Bulgarie, pourraient subir des pressions sur leurs devises. »
Un risque systémique bien présent
Néanmoins, la contagion devrait être évitée. C'est la deuxième fois, en moins d'un an, que l'Europe de l'Est échappe au pire. Aux côtés de la Lettonie, la Hongrie fait partie des économies les plus fragiles de la région.
Comme l'explique Alexandre Vincent, le déséquilibre de la balance courante hongroise est en grande partie financé par des capitaux volatils, comme les investissements de portefeuille. Or, dans un contexte d'aversion au risque général, les capitaux ont quitté la Hongrie en automne 2008. Mécaniquement, les devises se déprécient. D'août 2008 à mars 2009, le forint hongrois perd 42 % face à l'euro. La Hongrie, dont la dette privée est contractée principalement en euros et en francs suisses, voit la charge de sa dette augmenter mécaniquement. Le pays doit alors faire face à de grandes tensions sur le refinancement de sa dette. Les CDS (credit default swaps) s'installent au-dessus de 1.000 points en mars 2009 : les investisseurs redoutent que le pays ne fasse défaut sur le remboursement de la dette.
Un risque de crise du système bancaire européen
Par ailleurs, les taux de défaut sur les emprunts contractés par les ménages d'Europe de l'Est sont attendus en forte hausse, ce qui devrait fragiliser le système bancaire des économies locales. Marcus Svedberg, économiste chez East Capital, tient néanmoins à nuancer la situation : « Toutes les économies de la région ne sont pas concernées de la même façon. En Serbie, en Turquie, en Pologne et en République tchèque, les banques sont solides. »
Ailleurs, la fragilisation du système bancaire ne sera pas sans conséquences pour les maisons mères d'Europe de l'Ouest. Pour Laurent Quignon, économiste spécialiste du système bancaire chez BNP Paribas, le risque est modéré mais bien présent : « La hausse des taux de défaut devrait avoir un impact, mais ne fera pas sombrer les grandes banques européennes. Contrairement à la crise des subprimes, le risque est ici »identifiable*, nous sommes dans une crise traditionnelle, plus proche de la crise asiatique ou de la crise argentine. » L'exposition des établissements financiers occidentaux, au travers de filiales, est estimée à 1.600 milliards de dollars. Les banques autrichiennes sont fortement exposées à l'Europe centrale, tandis que les banques suédoises sont particulièrement concentrées sur les pays Baltes.
Outre les banques, quelques grands groupes européens devraient voir leur activité ralentir significativement dans cette région. Le cimentier Lafarge, qui réalise 9 % de son chiffre d'affaires et 20 % de son résultat opérationnel en Europe de l'Est (Russie incluse), devrait voir son activité reculer de 10 à 15 % en volume dans la région en 2009, avec des situations très contrastées selon les pays. En Roumanie, où la crise est profonde, les volumes pourraient chuter jusqu'à 40 %, dans le pire des cas... Le groupe agroalimentaire Danone, quant à lui, y a enregistré 14 % de ses facturations en 2008. Au premier trimestre, les volumes ont pu s'améliorer en Pologne et en Hongrie grâce à des baisses significatives des prix de vente.
Néanmoins, la transmission d'une crise majeure à l'Europe de l'Ouest par le canal du commerce extérieur est à relativiser. En effet, cette aire géographique représente environs 15 % (dont 5 % pour la Russie) des exportations globales des 13 membres de l'Union européenne. De plus, certaines sociétés, comme l'assureur Axa ou l'opérateur de satellite Eutelsat, font quant à elles preuve d'une certaine résistance de leur activité dans cette région.
Marcus Svedberg tient à nuancer : « L'Europe de l'Est n'est pas suffisamment grande, économiquement parlant, pour avoir un effet significatif sur l'Europe de l'Ouest»
En revanche, la dépendance de l'Europe de l'Est à l'Union européenne est, quant à elle, significative. D'abord, certains pays se sont spécialisés dans la sous-traitance pour les groupes industriels de l'Ouest. La baisse de la production de ces groupes pourrait aggraver la situation économique. Ainsi, le constructeur automobile allemand Volkswagen représente 15 % du PIB slovaque ! Ensuite, l'Union européenne est le premier client de la région. La baisse de la consommation à l'Ouest ne devrait donc pas être sans conséquences sur les économies les plus ouvertes. Enfin, les aides financières accordées par le FMI, si elles ont eu le mérite de permettre un refinancement de la dette, s'accompagnent de mesures d'austérité budgétaire. Les pays bénéficiaires de l'aide (Hongrie, Lettonie, Roumanie, Ukraine, Serbie, Turquie) disposeront donc d'une marge de manoeuvre réduite pour mener des politiques contracycliques de relance.
Aussi, seules les économies dont le marché intérieur est suffisamment développé pourront sortir de la récession rapidement. Ainsi la Pologne, dont le système bancaire est sain, semble le pays le plus solide de la région. Le pays, qui a profité des aides européennes, a lancé de nombreux chantiers, signe que le rebond de l'activité devrait se faire sous peu...
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