Archives Journal des Finances

La baisse du dollar risque de compromettre la reprise en Europe

04/07/2009 00:00 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur

P6-deficit1.gif -

 
Les indicateurs macroéconomiques laissent espérer une reprise, mais le cours du dollar pourrait rapidement la compromettre en Europe. Alors que la parité euro-dollar se situe autour de 1,40 aujourd'hui, la monnaie américaine risque de s'affaiblir dans les mois à venir. « Je crains que l'on retrouve le taux de change que l'on a connu dans le passé, lorsque l'euro valait environ 1,60 dollar », explique le président délégué du Conseil d'analyse économique, Christian de Boissieu. Selon lui, ce scénario peut se produire à tout moment d'ici à la fin 2010. Il n'exclut pas que les investisseurs se détournent du dollar, inquiets de l'énorme déficit budgétaire américain. Leur crainte serait d'autant plus vive que le déficit commercial pourrait s'aggraver de nouveau, après s'être un peu résorbé en 2008. Si elle se produisait, la chute du dollar soutiendrait la croissance américaine mais nuirait gravement à la compétitivité de l'économie européenne. La Banque centrale européenne aurait d'autant moins de marge de manoeuvre que son taux directeur devrait rester bas dans les mois qui viennent. « Le dollar devrait renouer avec une tendance de long terme à la baisse », affirme également René Defossez, stratégiste chez Natixis. Selon lui, les Etats-Unis risquent de mettre du temps à sortir de la crise, alors qu'ils sont déjà pénalisés par le niveau de leur dette. Les ménages américains ne devraient pas doper la consommation car ils privilégient désormais le désendettement. Quant aux entreprises, elles ne sont pas à l'abri de nouvelles pertes financières. A court terme, M. Defossez parie sur une remontée du dollar, soutenue par les signes de reprise aux Etats-Unis. Mais il prévient qu'elle ne devrait pas durer plus de de deux ou trois mois. Reste que certains facteurs jouent dans le sens d'un maintien de la monnaie américaine. « Les pays qui détiennent de la dette américaine n'ont pas intérêt à ce que le dollar baisse », analyse Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC. C'est le cas de la Chine, dont les réserves de change sont majoritairement en dollars. Pékin a beau affirmer qu'il aimerait être moins dépendant du billet vert, il n'existe pas de devise de réserve qui puisse vraiment le remplacer. La Chine devrait donc continuer à soutenir le dollar. D'autant qu'il reste une valeur refuge dans les périodes de crise. Si la situation économique se dégrade à nouveau, il pourrait retrouver ce rôle, ce qui ferait remonter son cours. Fort de ces éléments, Jean-Louis Mourier estime que le dollar pourrait finalement s'apprécier. Mais, prudent, il reconnaît qu'« il devrait rester volatil à court terme ».