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« Ingenico a fait le travail nécessaire avant la crise »

27/06/2009 00:00 - JDF

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Bruno Clergue/ portraits pour Cite Si /Paris/ 12 2008 -

 
L'expérience permet-elle d'affronter les épreuves de la vie avec plus de sagesse ? Cela ressemble à un sujet de philosophie du bac. Mais Philippe Lazare ne fera pas de dissertation. Le directeur général d'Ingenico, en poste depuis juillet 2007, a pourtant accumulé les expériences professionnelles dans des métiers et des secteurs très différents : huit ans dans le groupe PSA, quatre chez Thomson, quatre encore chez Air France, trois dans le Groupe Barrière (casinos), deux chez Eurotunnel et cinq enfin à la direction générale déléguée de La Poste.
« J'ai développé une grande curiosité en travaillant dans autant d'entreprises différentes, reconnaît simplement Philippe Lazare. La succession de ces expériences me permet de mieux comprendre l'univers économique qui m'entoure et de m'y adapter au plus vite»
Adapter. Le mot revient souvent dans la bouche du dirigeant. C'est l'un des remèdes indispensables pour faire face à la crise. Encore faut-il savoir comment. « On ne s'adapte jamais vraiment à la crise quand on l'affronte de face. Opérer dans l'urgence, ce n'est jamais bon pour une entreprise. Le travail en amont demeure essentiel. Â» Ingenico a pour l'instant correctement rempli sa tâche.
Des objectifs financiers inchangés
Le fabricant de terminaux de paiement traverse la crise sans grands désagréments. Au premier trimestre, les ventes ont certes reculé de 18 %, la société pâtissant d'une « conjoncture particulièrement difficile dans certaines régions, et de l'attente de la nouvelle génération de terminaux Â» commercialisés au deuxième trimestre. Mais les objectifs annuels de croissance et de rentabilité n'ont pas été modifiés. Ingenico prévoit d'enregistrer un chiffre d'affaires stable (728 millions d'euros en 2008) et de préserver sa marge opérationnelle (12,5 % l'an dernier).
Pas d'impact majeur, donc, sur l'activité, et pas de bouleversement dans le fonctionnement de l'entreprise. « Ingenico a réalisé le travail nécessaire avant le déclenchement de la crise. Il nous suffit désormais d'ajuster quelques variables pour obtenir les réductions de coûts attendues. De toute façon, ce n'est pas en six mois qu'on transforme une entreprise» La bonne couverture géographique du groupe, avec ses 40 filiales, permet de capter la croissance là où elle est. « La crise n'est pas la même partout» L'acquisition, en 2008, de 55 % du capital de la société chinoise Fujian Landi a notamment permis à Ingenico de se positionner sur un marché qui affiche une croissance des ventes de 20 % par an.
« Sanctuariser Â» la R&D
Le rapprochement avec Sagem Monetel, finalisé au début de l'année dernière, a permis à Ingenico de se positionner comme le numéro un mondial des solutions de paiement sécurisées, dans un secteur où les trois premiers acteurs représentent les trois quarts du marché. Sur 10 millions de terminaux vendus en 2008, 4 millions étaient frappés du sceau Ingenico (ou Sagem). « Notre capacité de négociation avec les industriels en sort renforcée» D'autant que le modèle économique de la société, à l'instar de ses concurrents, repose sur l'externalisation complète de la fabrication. « La variable d'ajustement industriel est chez nos fournisseurs, pas chez nous. Â» L'opération de fusion-acquisition et d'intégration de Sagem Monetel aurait, en outre, préparé à une gestion plus opérationnelle et plus économique de l'entreprise. « Crise ou pas crise, nous étions préparés à une politique de rationalisation des coûts. Â»
Celle-ci ne concernera pas, en tout cas, le budget de recherche et développement (R&D). L'innovation demeure un avantage compétitif majeur dans le secteur, que la direction d'Ingenico est bien décidée à « sanctuariser Â». Le budget R&D représentait en 2008 près de 8,5 % du chiffre d'affaires. « Il y a une véritable attente de la part des clients en nouveaux produits. Afin de proposer les bons produits au bon moment, il est essentiel d'avoir une R&D performante. Â» La technologie de paiement sans contact, très en vogue outre-Atlantique, sera désormais généralisée dans l'offre d'Ingenico et devrait peu à peu se démocratiser dans la grande distribution.
L'innovation ne sera pas seulement technologique : elle viendra également des services offerts aux grands clients. Ingenico s'investit de plus en plus dans la gestion complète des services autour de la transaction de paiement : gestion du parc de terminaux, téléchargement, maintenance, connectivité et services à valeur ajoutée capables de générer de nouvelles recettes pour les marchands. Une stratégie de revenus récurrents bienvenue, dans un contexte économique qui reste incertain. D'autant que les grands clients - les banques et les distributeurs - se concentrent de plus en plus sur leur coeur de métier et délèguent les services relatifs au paiement. La part des services représente désormais 20 % des ventes d'Ingenico.
Un problème de riche
Des fenêtres de son bureau, au dernier étage du siège social, à Neuilly-sur-Seine, Philippe Lazare a une vue imprenable sur le quartier d'affaires de la Défense. Les gratte-ciel ont beau obscurcir son horizon direct, celui d'Ingenico semble plutôt dégagé malgré la crise. La principale source de préoccupation réside finalement dans la bonne utilisation de la trésorerie. « Ce n'est pas forcément une mauvaise chose d'avoir des liquidités en réserve en ce moment. Â» La cession des activités de Sagem au Danemark et en Finlande début juin est venue renforcer la trésorerie, qui affichait un excédent de 77,5 millions d'euros fin 2008. Cet argent ne sera pas de trop pour mettre à profit la stratégie d'Ingenico.
Le fabricant de terminaux de paiement souhaiterait notamment « verticaliser Â» son offre. « Aujourd'hui, nous proposons quasiment le même produit à tous nos clients. Il faut être capable de personnaliser davantage notre offre de terminaux et de logiciels en fonction des métiers et des clients auxquels nous nous adressons. Â» L'accent mis sur les services sera évidemment poursuivi, afin de garantir encore un peu plus la croissance du chiffre d'affaires et de la rentabilité.
Enfin, Ingenico voudrait peu à peu pénétrer le marché du paiement en ligne, duquel il est encore absent aujourd'hui, mais sur lequel les problématiques de sécurisation restent importantes. Les investissements ne manqueront donc pas. Et le groupe compte bien procéder à de nouvelles acquisitions pour accélérer la mise en place de cette stratégie.
Les actionnaires ne devraient pas être en reste. Eux aussi profiteront de la généreuse trésorerie de l'entreprise, qui n'exclut pas des rachats d'actions si l'opportunité se présente. Mais « la poursuite d'une stratégie de croissance et de profitabilité devrait profiter tout autant aux actionnaires Â», veut croire Philippe Lazare.
NOTRE CONSEIL
Rester à l'écart (code : ING, Comp. B, SRD). L'activité résiste, les marges tiennent, le bilan financier est sain et la stratégie adoptée paraît pertinente. Mais le marché est conscient de ces qualités. La société nous paraît correctement valorisée, à plus de 17 fois les bénéfices estimés en 2009.
ROMAIN GUEUGNEAU