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«L'Etat nous prive indûment de 250 millions d'euros»

20/06/2009 00:00 - JDF

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L'action Vivendi affiche l'une des plus mauvaises performances du CAC 40 depuis le début de l'année. Comment l'expliquer ?
Je suis déçu par le cours de Bourse de Vivendi, qui ne traduit ni la situation actuelle ni notre potentiel. Vivendi est très peu touché par la crise. La qualité des contenus proposés aux clients et notre modèle de développement par abonnements (environ 70 % du chiffre d'affaires) nous donnent une bonne capacité de résistance. Et nous sommes plus touchés par les décisions réglementaires et les nouvelles taxes que par la crise. Les investisseurs ont bien perçu le caractère défensif de Vivendi, mais ils se sont reportés vers les valeurs cycliques. Notre bonne résistance en période de récession ne nous empêche pas, loin de là, d'être aussi une société à fort potentiel !
Selon certaines rumeurs, Vivendi serait intéressé par l'opérateur koweïtien Zain. Recherchez-vous des relais de croissance dans la téléphonie mobile ?
La stratégie de Vivendi est claire. Notre première priorité consiste à dégager des moyens pour continuer à nous développer dans les contenus, les réseaux et l'innovation. La deuxième vise à rémunérer nos actionnaires en leur distribuant un solide dividende, tout en conservant notre notation. Notre troisième objectif est de trouver des relais de croissance. Si des opportunités se présentent, notamment dans les pays émergents, nous les regarderons. Néanmoins, je suis très attentif à la discipline financière et à des exigences précises de rentabilité. Je ne veux faire peser aucun risque ni sur la notation de Vivendi ni sur le dividende.
Quelle est votre opinion sur la quatrième licence de téléphonie mobile ?
La France n'a rien à gagner à la création d'un quatrième opérateur de téléphonie mobile. Nous souhaitons que le gouvernement encourage les acteurs existants plutôt que d'entraver leurs initiatives. Cette licence est un mauvais coup porté au développement des services numériques au bénéfice des consommateurs et des entreprises. Il n'y aura pas de croissance de bonne qualité sans un développement important de l'économie numérique. De plus, dans les pays qui ont lancé un quatrième opérateur récemment, l'expérience n'a pas été concluante. Ces acteurs n'étaient pas viables, et des fusions ont finalement eu lieu. Nous ne devons pas entrer dans ce jeu à somme négative.
Bouygues a lancé une offre agressive alliant téléphonie fixe, mobile, Internet et télévision. SFR va-t-il répliquer ?
SFR a déjà des offres de convergence quadruple play pour les entreprises et certains particuliers. L'intégration de Neuf Cegetel dans SFR est une réussite totale, que Frank Esser a su conduire en s'appuyant sur la qualité et les efforts des équipes provenant des deux entreprises. Fin 2008 et début 2009, SFR a doublé sa part de marché dans la conquête de nouveaux abonnés dans l'Internet haut débit et a aussi très bien progressé dans le mobile.
A la suite de l'acquisition de TPS, Canal+ avait annoncé un résultat opérationnel de 1 milliard d'euros au titre de 2010. Cet objectif sera-t-il maintenu ?
Le résultat opérationnel de Canal+ va progresser, mais moins que prévu. Canal+ doit faire face à des éléments qui étaient inconnus à l'époque, à savoir la concurrence d'Orange sur le contenu, la crise économique et la nouvelle taxe sur le chiffre d'affaires liée à la suppression de la publicité sur France Télévisions. Je tiens cependant à saluer la performance de Canal + sous l'autorité de Bertrand Méheut, à un moment où les chaînes gratuites voient leur modèle remis en cause.
Quels sont les impacts des taxes que vous subissez ?
Les nouveaux impôts et les décisions réglementaires nous créent un déficit immédiat de 250 millions d'euros en année pleine. Autant d'argent que nous aurions pu consacrer à nous développer, à créer des emplois, à faire travailler des petites et moyennes entreprises innovantes. Les pouvoirs publics taxent l'économie numérique au lieu de l'encourager. Pendant ce temps, nous accentuons notre retard par rapport aux leaders dans ce domaine, la Grande-Bretagne, par exemple.
Quelles sont vos perspectives dans les jeux vidéo ?
Les jeux en réseau sont devenus des activités sociales, comme le sont les sites communautaires. Aujourd'hui, les hommes de 18 à 30 ans passent plus de temps devant les jeux vidéo que devant la télévision. Ce marché est très rentable, comme en témoigne le succès de World of Warcraft. Sur un investissement d'origine de l'ordre de 70 millions d'euros, auquel s'ajoutent des dépenses significatives, ce jeu a contribué, en 2008, à hauteur de 704 millions de dollars, au résultat opérationnel. Notre filiale Activision Blizzard poursuivra les investissements dans cette activité. Nous avons acquis l'an dernier le britannique Blur, qui produit des jeux de courses de voitures, et nous lancerons en fin d'année un autre jeu en ligne, Starcraft 2.
Et dans la musique ?
Le marché de la musique est en mutation rapide. Aujourd'hui, nous produisons de la musique sous des formes variées. Le téléchargement légal représente une partie croissante de nos revenus, ce qui souligne la nécessité de la loi Hadopi pour sauver la filière et les artistes. Universal Music va lancer un portail Internet, Vevo, spécialisé dans la diffusion de clips vidéo et financé par la publicité. Malgré la piraterie, nous avons augmenté nos parts de marché et maintenu nos marges.
Plusieurs groupes du CAC 40 ont lancé des augmentations de capital. Quelle est votre situation financière ?
A la fin du premier semestre, notre dette financière représentera moins de 35 % des fonds propres consolidés. De plus, la gestion de la maturité de notre dette est très prudente. Nous avons réalisé une émission obligataire en début d'année et nous disposons de lignes de crédit bancaire non tirées confortables. Vivendi n'a aucun problème de liquidités pour les trois ans à venir. Le groupe n'a donc aucune raison actuellement de faire appel au marché.
Que pensez-vous de la class action (procédure collective de petits actionnaires contre un groupe privé) menée contre Vivendi ?
Cette plainte concerne les actionnaires du groupe entre 2000 et 2002. Nous estimons que l'inclusion des actionnaires français dans cette procédure sous l'autorité d'un tribunal civil américain est inconstitutionnelle. Par ailleurs, nous affirmons que Vivendi a respecté le droit des sociétés.
NOTRE CONSEIL
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PROPOS RECUEILLIS PAR YVES DE KERDREL, FABIENNE BOULOC ET LAURE BURRUS