Archives Journal des Finances

« Avoir un bon système d'information est vital »

20/06/2009 00:00 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur

-

 
« Notre secteur résiste. Les services informatiques se comportent beaucoup mieux que d'autres segments de l'économie. Il faut bien comprendre que l'informatique est partout dans les entreprises. Ce n'est plus une variable d'ajustement car avoir un bon système d'information est vital Â», souligne François Enaud, sur un ton posé.
La situation d'aujourd'hui est en effet très différente de l'éclatement de la bulle Internet. Cette crise avait surgi après une période de surinvestissement liée aux nouvelles technologies, au passage à l'euro...
Transformer l'entreprise
A court terme, l'entreprise doit faire face à une baisse de ses facturations. Au premier trimestre, le chiffre d'affaires de Steria a baissé de 9,6 %, à 396,5 millions d'euros. Hors effet devise, la baisse aurait été limitée à 1,9 %.
Si des mesures de rédution de coûts sont prises à court terme, François Enaud veut voir plus loin, pour Steria comme pour ses clients.
« Le maître mot est la transformation. Il faut nous adapter à une pression durable sur les prix. Les clients vont devenir de plus en plus sélectifs. Seuls les projets apportant une vraie valeur ajoutée, impliquant un partage des risques entre nous et le client ont un avenir. Il suffit de voir la chute de l'assistance technique pour s'en rendre compte. Â»
Le moteur de cette transformation reste bien sûr l'innovation. Cette recherche doit se faire en inventant de nouveaux modèles économiques, en s'intéressant à des solutions de technologie verte, de sécurité, de mobilité.
A l'avenir, Steria sera un véritable opérateur de services, spécialisé sur certains métiers.
Le BPO, qui consiste à externaliser des activités auprès du groupe de services informatiques, pourrait constituer un relais de croissance. Actuellement, cette activité représente 8 % du chiffre d'affaires. En 2008, Steria a par exemple géré 34 milliards de livres sterling de paiement, a payé 5 millions de factures, a fait verser 3 millions de salaires, etc.
Cinq parties prenantes à la valeur ajoutée et non trois
Au-delà de ces questions propres à Steria, François Enaud nourrit aussi des réflexions sur des aspects financiers. « Dans les années 90, le critère prioritaire était la croissance du chiffre d'affaires. Avec l'éclatement de la bulle Internet, c'est devenu la rentabilité. Il était possible de tout justifier du moment que cela améliorait le profit. Aujourd'hui, la priorité, c'est le cash»
Le fameux débat sur le partage de la valeur ajoutée est quant à lui sujet d'une boutade de la part d'un polytechnicien qui sait très bien calculer. « Il n'y a pas trois mais cinq tiers. L'Etat, les banques, les salariés, les actionnaires et les investissements Â».
On comprend mieux la précision en reprenant l'histoire de Steria. En 2007, le groupe rachète Xansa pour près de 700 millions d'euros. Cette opération, dont la logique industrielle est saluée par les analystes, s'avère difficile à financer en raison de la crise du crédit.
Finalement, Steria y est parvenu mais le groupe doit faire face à une dette de 235,3 millions d'euros, sans compter 200 millions d'euros d'obligations convertibles. Les intérêts tombent, pour partie, dans la poche des banques. Ce sont des investissements en moins pour la société.
Quant au rôle de l'Etat, François Enaud ne cherche pas non plus à le minorer. « Nos gouvernements n'ont pas encore compris l'importance de l'immatériel dans l'économie. En faisant de grosses commandes publiques, nous pourrions rentrer dans un cercle très vertueux. Quand le président parle d'écologie, je dis : mettons en place des projets concrets. Nous pourrions très bien mettre en place des bilans de CO2 ou accélérer les études pour que les véhicules consomment moins. Â»
Eviter le malaise des ingénieurs
Tous ces mots et ces réflexions d'un dirigeant de SSII ne peuvent faire oublier que cette crise renvoie les salariés à des réflexions plus profondes. Pourquoi travailler chez telle ou telle SSII ? Quel est mon avenir si un ingénieur indien est capable de faire le même travail pour beaucoup moins cher ? La rémunération de mon patron est-elle raisonnable ?
Face à ces questions, François Enaud ne se défile pas. « Il faut que nous arrivions à remettre l'humain au centre des entreprises de services informatiques. Nous sommes le premier employeur de jeunes diplômés. Il faut corriger l'image parfois négative des entreprises informatiques. Â»
Sur le plan social, la réputation du secteur a été ternie par la dernière grève chez Capgemini et par les milliers de licenciements intervenus avec la fusion HP-EDS. Cette restructuration douloureuse du nouvel ensemble américain fait d'autant plus jaser que des baisses de salaires ont récemment été décidées pour les salariés français.
Cet épisode montre le malaise qui existe dans le secteur. Chez Steria, les dirigeants sont mobilisés pour éviter ce genre de déboires. « Nous n'avons jamais fait une fusion conduisant à un plan social. Pour nous, c'est destructeur de valeur. Nous ne voulons pas de casse au niveau des forces vives de l'entreprise rachetée. Toutes les opérations que nous avons faites nous ont permis de nous transformer. Â»
Par ailleurs, si Steria peut compter sur des ressources importantes en Inde, le groupe défend ses effectifs onshore. De nombreux services informatiques se font à proximité du client. Ces ressources sont précieuses, à condition que les ingénieurs se montrent innovants et que les commerciaux proposent les bons services au bon prix.
Le modèle de l'actionnariat salarié
En dépit d'un net rebond depuis le début de l'année 2009, l'action Steria chute de 70 % sur trois ans.
François Enaud espère que les critères utilisés pour évaluer Steria pourront évoluer. « J'espère que dans les années à venir Steria ne sera pas seulement évalué sur des ratios financiers mais aussi sur sa responsabilité sociale ou environnementale. Â»
La chute de l'action ne remet pas en cause la stratégie d'indépendance à laquelle la direction tient. De plus, Steria a un modèle à part puisque c'est une société en commandite et que les salariés détiennent près de 17,3 % du capital.
En même temps, François Enaud s'efforce de motiver des investisseurs à accompagner Steria sur le long terme. Il ne ferme pas de porte. « Le fonds stratégique d'investissement n'a pas seulement vocation à entrer au capital d'entreprises en difficulté. D'ailleurs, il vient d'investir dans Gemalto. S'ils sont prêts à devenir un partenaire de longue durée, ils peuvent très bien entrer au capital de Steria Â», souligne-t-il.
NOTRE CONSEIL
Achat de Steria pour viser 18 euros. En atteignant cet objectif, la capitalisation dépasserait de nouveau les 500 millions d'euros (code : RIA, Comp. B).
OLIVIER AUBERGER