Pourquoi le rebond des cours du pétrole ne devrait pas se poursuivre

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« La hausse est régulière depuis le début de l'année, note Guy Maisonnier, économiste à l'IFP (Institut français du pétrole). Elle s'est produite en trois phases, renchérit-il : les marchés, focalisés sur les incertitudes concernant la demande, ont recherché jusqu'en février un prix d'équilibre. Les informations sur la décroissance de la consommation mondiale devenant plus précises, et les pays membres de l'Opep ayant réagi rapidement en ajustant leurs quotas, les prix se sont stabilisés autour de 50 dollars. Puis, au début du mois de mai, avec le rebond de la demande d'essence aux Etats-Unis, la dépréciation du dollar et la prise de conscience des opérateurs de la nécessité d'un prix d'équilibre plus élevé pour garantir un certain niveau d'investissements, le mouvement haussier s'est emballé. »
Mais ce rebond, imité par les autres matières premières, et précoce au regard de la fragilité des économies, peut-il se poursuivre ? Seule certitude, les fondamentaux du marché pétrolier n'ont guère évolué au cours des dernières semaines. La demande mondiale de pétrole reste déprimée, l'Agence internationale de l'énergie tablant toujours sur un recul de 3 % cette année. Certes, la driving season, la fameuse période de transhumance estivale, outreAtlantique, s'annonce, mais elle n'est pas en mesure de modifier les grands équilibres. D'autant que les stocks physiques restent importants. On parle de plusieurs millions de barils de pétrole stockés au large des côtes américaines.
Vers une stabilisation
En face, les pays membres de l'Opep, qui font preuve d'une discipline rare pour respecter leurs quotas, n'ont pas l'intention de modifier leur position, arguant que le marché est bien approvisionné. Et ils disposent désormais d'excédents de capacité de production suffisants (7 millions de barils par jour) pour répondre à un surcroît de demande. Bien sûr, le marché n'est pas à l'abri d'un incident géopolitique (les actes de sabotage se multiplient au Nigeria) ou d'un accident technique - la saison des ouragans dans le golfe du Mexique pourrait de nouveau entraîner cet été des dommages sur des plates-formes - ici ou là. Mais tout plaide néanmoins pour une phase de consolidation. « Les prix, tout en se montrant fortement volatils au gré en particulier des fluctuations du dollar, pourraient ainsi s'établir dans une fourchette rationnelle comprise entre 60 et 80 dollars, prédit Guy Maisonnier, un niveau suffisant pour développer les bruts marginaux, notamment les sables bitumineux de l'Athabasca. Reste à savoir si l'anticipation de la reprise sera confirmée pour justifier ces niveaux. »
En revanche, à un horizon plus lointain, un retour vers des niveaux encore plus élevés qu'aujourd'hui semble toujours plausible. Des tensions sur l'offre (à l'origine de la flambée de l'été dernier) pourraient réapparaître en raison des reports de nombreux investissements de la part des compagnies pétrolières. Or le retard pris dans le développement des nouveaux projets aura inexorablement à terme des conséquences sur le niveau de la production mondiale.
CHRISTOPHE SOUBIRAN
