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« Je suis solidaire des actionnaires ! »

30/05/2009 00:00 - JDF

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Neuf mois après votre arrivée à la tête d'Alcatel-Lucent, avec Ben Verwaayen à la direction générale, quel état des lieux dressez-vous ?
L'entreprise a été pas mal secouée ces dernières années. Le processus de fusion a causé quelques problèmes en interne. Mais, plus globalement, la situation sur le marché des équipementiers télécoms depuis l'éclatement de la bulle Internet fut également délicate à gérer. Les technologies ont évolué, les attentes des clients aussi. Malheureusement, le modèle de fonctionnement du groupe - et notamment la gouvernance - était mal adapté.
Désormais, les choses tournent mieux. La stratégie et le fonctionnement ont évolué avec la nouvelle direction. Et les résultats sont déjà visibles, à travers les gains commerciaux et le renforcement de la structure financière.
Comment a évolué la stratégie depuis votre arrivée ?
Nous avons davantage mis l'accent sur le développement de services pour nos clients. Les opérateurs télécoms sont très demandeurs : ils veulent pouvoir offrir à leurs clients toujours plus de valeur ajoutée dans les services et applications. La vitesse de transmission des données sur les téléphones portables ou les ordinateurs doit par exemple être de plus en plus rapide. Cela nécessite que les réseaux télécoms soient adaptés. Le rôle d'Alcatel-Lucent est de mettre à disposition des opérateurs la technologie nécessaire pour améliorer leur offre.
La société demeure déficitaire malgré les changements opérés. Comment retourner la tendance ?
Nous nous sommes fixé un objectif d'équilibre du résultat opérationnel ajusté à fin 2009 et nous nous y tenons. Les plans de restructuration produisent déjà leurs effets. Nous continuons à réduire le nombre de sous-traitants avec lesquels nous travaillons. Davantage de fonctions qui ne font pas partie de notre coeur de métier sont externalisées, comme certaines activités de support administratif. En outre, les synergies de coûts issues de la fusion, et estimées à 1,7 milliard d'euros à l'époque, sont loin d'être toutes réalisées, malgré plus de deux ans de vie commune. Enfin, la lourdeur de fonctionnement de l'entreprise est incontestable : tout le monde la dénonce, même nos salariés. Il faut donc encore simplifier. Le potentiel d'économies supplémentaires demeure important.
N'avez-vous jamais pensé à remettre en question la fusion, compte tenu des déboires rencontrés ?
Jamais. Les destins des deux entreprises sont intimement liés. La fusion permet aujourd'hui de remporter de nouveaux contrats. L'obtention du contrat de développement de la 4G avec l'opérateur américain Verizon illustre justement l'alliance des forces commerciales aux Etats-Unis et des compétences technologiques en France. Chez Lucent, on ne retient que les problèmes de la norme Cama, certes en déclin. Mais la société possède de nombreux atouts ; les liens de confiance tissés avec les opérateurs américains en font partie.
Quelle est la situation financière d'Alcatel-Lucent après la cession de la participation dans Thales ?
La vente des titres Thales a rapporté 1,6 milliard d'euros, sachant qu'au 31 mars 2009 nous avions une dette nette de 841 millions. Le groupe dispose en outre d'une ligne de crédit disponible de 1,4 milliard. Il n'y a donc aucun problème de liquidités à court terme.
Vous avez pourtant demandé l'autorisation aux actionnaires, en AG, d'émettre de nouveaux titres.
Si les marchés financiers nous permettent d'allonger et de diversifier nos conditions de financement, comme ce fut le cas récemment pour d'autres grandes entreprises, nous n'allons pas nous en priver. D'autant plus que les banquiers expriment de nouveau le désir, depuis quelques semaines, de travailler avec nous. D'où l'autorisation effectivement demandée aux actionnaires en AG d'émettre de nouveaux titres.
La concurrence dans le secteur s'est encore intensifiée avec l'arrivée de nouveaux acteurs chinois. Comment y faire face ?
Je n'ai jamais considéré que la concurrence représente une menace. Au contraire, j'estime que c'est un challenge pour Alcatel-Lucent. Il faut simplement savoir adapter la stratégie de l'entreprise en conséquence. Les groupes chinois comme Huawei et ZTE voient certes leurs parts de marché augmenter sur les marchés matures, en Europe par exemple. Mais nous-mêmes sommes très compétitifs sur leur territoire. En Chine, nous remportons des contrats face à Huawei et ZTE. Les autorités publiques et nos clients chinois sont d'ailleurs très contents que nous soyons présents sur le marché. Notre présence est stratégique dans un pays où il existe près de 1 milliard de lignes téléphoniques et où 7 millions de nouveaux abonnés « mobile Â» apparaissent chaque mois !
A quoi pourrait ressembler Alcatel-Lucent dans cinq ans ?
C'est très difficile à dire. Pour l'instant, nous sommes concentrés sur le court terme et la réalisation de nos objectifs financiers, notamment. Une chose est sûre toutefois, le groupe sera beaucoup plus développé en Asie, qui représente un véritable marché d'avenir. Un peu partout dans le monde, la généralisation des transmissions à très haut débit aura multiplié les services associés et les applications pour les utilisateurs. Alcatel-Lucent aura développé et fourni les réseaux nécessaires pour faire face à ces nouveaux besoins.
Quel message souhaitez-vous adresser aux actionnaires minoritaires, douchés par l'effondrement d'Alcatel-Lucent en Bourse ?
Ben Verwaayen et moi-même sommes là pour aider les actionnaires, pas pour faire de la représentation. Je me suis personnellement libéré de certaines fonctions que j'avais auparavant pour pouvoir m'investir dans ce travail. J'ai également demandé à être payé en actions, avec des conditions de performance associées, et je n'y toucherai pas tant que je serai président du conseil d'administration. Je suis solidaire des actionnaires.
NOTRE CONSEIL
Rester à l'écart (code : ALU, Comp. A, SRD). La nouvelle direction inspire confiance, mais l'efficacité de la stratégie doit encore être démontrée, dans un secteur qui demeure encore très sensible à la conjoncture.
PROPOS RECUEILLIS PAR ROMAIN GUEUGNEAU ET YVES DE KERDREL