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«Je suis particulièrement confiant dans le potentiel des pays émergents»

30/05/2009 00:00 - JDF

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Portrait de JP. Agon. 2009. -

 
Comment voyez-vous évoluer l'industrie des cosmétiques dans la prochaine décennie ?
Nous avons la chance d'être sur un marché porteur et qui devrait le rester encore de nombreuses années. Le secteur des cosmétiques est en permanente évolution. C'est un marché d'offre qui se construit par des nouveaux produits. De plus, la beauté est un besoin essentiel, éternel et universel. Donc, contrairement à ce que l'on pense, même dans les pays matures, le marché est loin d'être saturé, ne serait-ce que du fait du vieillissement de la population. La mondialisation du marché des produits de beauté ne fait que commencer. N'oublions pas qu'actuellement les pays émergents consomment 13 fois moins de cosmétiques que l'Europe ou le Japon, mais le désir est en revanche bien présent. C'est ce qui va porter le secteur des cosmétiques au moins pour les trente ans à venir.
Quelle est votre vision de L'Oréal dans dix ans ?
Nos perspectives à long terme ne sont pas influencées par la crise actuelle, même si c'est un moment dur à passer. Nous allons donc poursuivre notre développement stratégique par divisions, afin d'accroître encore davantage nos parts de marché dans chaque circuit de distribution. Pour cela, nous nous appuyons sur ce qui a fait notre succès depuis le début, la recherche et l'innovation.
La cosmétique est un métier scientifique. Contrairement à ce que disait le fondateur de Revlon : « La cosmétique c'est de l'espoir dans un pot Â», nous estimons, nous, que « la cosmétique, c'est de la technologie dans un pot ». La véritable innovation est celle qui marque une rupture avec les produits déjà existants, comme le céramide dans les soins du cheveux ou le proxylane dans les produits anti-âge, qui ont rencontré un grand succès auprès des consommatrices. C'est une bataille de longue haleine. Il nous a fallu près de trente ans pour hisser la coloration L'Oréal à la place de leader sur le marché américain. Au final, les consommateurs savent toujours reconnaître la qualité de nos produits.
Quels sont les axes de développement du groupe dans les prochaines années ?
Nous croyons beaucoup au développement des actifs naturels. Il s'agit selon nous d'une révolution dans le secteur qui devrait ouvrir de nouveaux champs de possibilités. C'est pourquoi nous en avons fait un de nos chantiers prioritaires, avec la création d'un laboratoire consacré à ce sujet, nous voulons devenir une société d'avant-garde dans le domaine de la cosmétique naturelle.
L'autre grand axe de développement est la cosmétique orale, que nous avons commencé à développer avec Inneov, notre joint-venture avec Nestlé, qui a représenté 56 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008. Nous n'en sommes qu'au début ; nous travaillons à l'élaboration de nouvelles formules avec une plus grande efficacité dans le domaine des cheveux, de la peau et également de la minceur.
Les pays émergents représentent-ils un réel relais de croissance ?
Je suis particulièrement confiant dans l'expansion économique des pays émergents dans les prochaines années. Aujourd'hui, ces régions représentent 32 % de notre chiffre d'affaires et nous pourrions atteindre assez rapidement les 50 %. Le poids de notre activité dans ces pays a progressé en moyenne de 3 points par an, pour des marchés qui sont en plus tout aussi rentables que dans les pays matures. Paradoxalement, la profitabilité pourrait même y est être meilleure, la concurrence y étant pour l'instant moins exacerbée.
Quelle est votre stratégie de conquête ?
En réalité, nous nous adaptons selon le type de marché et les circuits de distribution existants. Par exemple, notre implantation en Chine a été radicalement différente de celle en Inde. En Chine, il existait déjà des grands magasins et des pharmacies quand nous sommes arrivés dans le pays en 1997. Nous avons alors créé 2.000 comptoirs dans le pays pour implanter la marque L'Oréal, alors inconnue des Chinois, et qui a ainsi bénéficié d'un placement plus haut de gamme. Nous nous sommes également implantés de manière très forte en pharmacie avec la marque Vichy. Très rapidement après, nos autres marques ont suivi.
En revanche, en Inde, les circuits de distribution sont quasi inexistants. Nous avons démarré avec notre marque Garnier, que nous commercialisons dans les petites échoppes et pour laquelle nous avons adapté nos packagings.
Y a-t-il encore des pays dans lesquels vous envisagez de vous implanter ?
Contrairement à ce que l'on croit souvent, L'Oréal est loin d'être implanté partout dans le monde. Par exemple, notre présence est encore très faible au Moyen-Orient et dans le golfe Persique, ainsi qu'en Afrique, et nous sommes totalement absents de l'Asie centrale. Ces trois zones représentent un potentiel de croissance où nos concurrents sont déjà présents.
Au fil des années, le nombre des marques détenues par L'Oréal n'a cessé de croître, ne craignez-vous pas une cannibalisation ?
Nous détenons aujourd'hui un portefeuille de 20 marques mondiales afin de couvrir un maximum de consommateurs possible, sur tous les circuits de distribution. Mon rôle consiste à veiller à ce qu'il n'y ait aucune cannibalisation entre nos marques.
Vous avez acquis en janvier 2008 Yves Saint Laurent Beauté. Y a-t-il une volonté d'accroître la part du luxe dans l'activité du groupe ?
Grâce à l'acquisition d'Yves Saint-Laurent Beauté, nous sommes devenus numéro un du luxe dans la distribution sélective et nous détenons un portefeuille de marques optimal.
Sur les trente dernières années, la part du luxe dans le groupe a très peu augmenté. En 1978, elle représentait 22 % des ventes cosmétiques, contre 25 % en 2008. Et nous n'avons pas l'intention que cela change. Nous voulons conserver un juste équilibre entre chacune de nos divisions que sont le luxe, la cosmétique active, les produits grand public et les produits professionnels.
PROPOS RECUEILLIS PAR CLÉMENCE FUGAIN