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L'avenir de Thomson demeure toujours aussi difficile à décrypter

30/05/2009 00:00 - JDF

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J - 17. Les jours de Thomson sont comptés. La semaine dernière, le marché s'alarmait de l'imminence du dépôt de bilan du groupe, après les révélations d'un banquier sur l'impossibilité de finaliser un accord avec ses créanciers. Thomson a eu beau démentir dans la foulée, avançant que les négociations se poursuivaient, l'action a perdu près du quart de sa valeur depuis.
Comment le titre va-t-il se comporter en Bourse dans les séances à venir ?
La spéculation sur le titre promet d'être encore intense dans les deux prochaines semaines, rythmée par les bruits de marché et les indiscrétions bancaires. « Difficile de reconnaître le vrai du faux dans ce dossier, commente un analyste désireux de conserver l'anonymat, comme nombre d'acteurs sur ce sujet sensible. Beaucoup de gens en profitent pour spéculer sur le titre» Les volumes échangés en Bourse sont impressionnants : depuis le début de l'année, le capital a changé plus de six fois de mains. D'une séance à l'autre, les positions varient brutalement. Tant et si bien que Thomson a demandé l'ouverture d'une enquête auprès de l'AMF pour manipulation de cours.
Les rumeurs de faillite sont-elles fondées ?
L'incertitude sur le futur du groupe est totale. Quelques jours avant l'assemblée générale, toutes les hypothèses restent encore plausibles. Le dépôt de bilan n'est pas à exclure, tant il semble difficile de trouver un accord avec le nombre de créanciers présents autour de la table (une cinquantaine au total). Les discussions avec les prêteurs obligataires, détenteurs d'un peu plus de 1 milliard d'euros de dettes, sur un total de 2,8 milliards, posent problème. Parmi les prêteurs, on trouve notamment de nombreux établissements américains, comme AIG ou Citigroup.
Thomson aime toutefois à rappeler qu'un dépôt de bilan pur et simple ne serait pas envisagé en cas d'échec dans les négociations avec les créanciers. Une procédure de sauvegarde serait d'abord engagée afin de suspendre les paiements dus aux créanciers.
Pourquoi l'Etat français n'intervient-il pas ?
La volonté de l'Etat français de sauver l'entreprise ne saute pas aux yeux. Le fonds stratégique d'investissement (FSI) avait été sollicité par la direction pour entrer au capital. Sans succès pour l'instant. « A la différence d'Alstom en 2004, les compétences industrielles et technologiques de Thomson sont beaucoup moins évidentes aujourd'hui », compare un gérant.
L'identité américaine qu'a voulu se donner le groupe, notamment lors du règne de Frank Dangeard, via ses activités, ses actionnaires et ses effectifs, pourrait avoir laissé des traces également...
Pourquoi les négociations n'aboutissent-elles pas ?
Les perspectives d'avenir industriel de la société posent problème et empêchent notamment de faire avancer les discussions avec les créanciers. « Tant que le dossier ne sera pas clair au niveau industriel, la recherche d'un accord demeurera plus délicate », estime César Zeitouni, chez Exane AM. L'une des solutions avancées par la direction de Thomson pour régler sa situation financière serait de transformer la dette en actions.
« Mais pour accepter cela, poursuit César Zeitouni, il faut un plan de restructuration solide, un modèle économique viable, et démontrer que les performances opérationnelles peuvent rapidement s'améliorer. » Ce n'est pas encore le cas. Même si Thomson s'est félicité au premier trimestre du regain de son activité, avec un chiffre d'affaires en hausse de 3 % par rapport à l'an dernier. La profitabilité aurait sensiblement progressé, avec un flux de trésorerie opérationnel proche de l'équilibre. L'argument ne semble toutefois pas convaincre.
Les créanciers peuvent-ils se permettre de laisser Thomson faire faillite ?
Les engagements sont considérables. En cas de faillite, ils ne récupéreront pas leur mise. En revanche, si le plan de conversion de la dette en actions est approuvé, les banques deviendraient majoritaires au capital. Elles pourraient alors dicter leur stratégie et piloter notamment un programme de cessions plus agressif. Certains actifs de qualité demeurent au sein du groupe, comme les dizaines de milliers de brevets et licences technologiques, par exemple, qui restent l'une des seules activités rentables chez Thomson. Tout n'est pas perdu donc pour les banques.
Quel sort sera réservé aux actionnaires minoritaires ?
Les actionnaires minoritaires sont malheureusement les grands perdants de l'affaire. Les variations à la hausse ou à la baisse lassent les petits porteurs. Le titre a déjà perdu 95 % de sa valeur en trois ans. En cas de faillite, ils perdront purement et simplement leur part. Si Thomson est sauvé, ils verront leur participation très fortement diluée. A choisir, donc, entre le pire et le moins pire...

NOTRE CONSEIL
Rester à l'écart (code : TMS, Comp. B, SRD). Il n'est évidemment pas question de se repositionner sur le titre, même pour spéculer, tant l'issue est incertaine.
PAR ROMAIN GUEUGNEAU