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Alternext : comment réagir en Bourse à l'actuel rebond ?

16/05/2009 00:00 - JDF

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A l'heure où le retournement des grandes valeurs boursières en est à ses prémices, nos experts en petites et moyennes capitalisations sont venus cette semaine débattre à la rédaction du Journal des Finances sur les meilleures façons d'investir sur Alternext.
LE JOURNAL DES FINANCES. Faut-il voir dans le rebond actuel des valeurs Alternext un retournement de tendance favorable ?
LESLIE GRIFFE DE MALVAL(Gérant chez IT Asset Management) : Depuis le début du rebond le 10 mars, l'indice Alternext Allshare a enregistré une hausse de 15 %, augmentant de concert avec les autres marchés financiers. Néanmoins, il me semble un peu tôt pour parler d'un véritable retournement de tendance.
ROBERT DE VOGUÉ (Président d'ARkéon Finance): Je suis relativement confiant pour l'avenir dans la mesure où nous bénéficions actuellement d'un mécanisme efficient en matière de comportement des marchés, avec un afflux de capitaux provenant de plusieurs sources : les Etats injectent des nouvelles liquidités, les entreprises coupent leurs investissements pour reconstituer leur trésorerie, et les consommateurs réduisent leurs dépenses pour renforcer leur épargne.
CYRIL TEMIN (Associé chez Euroland Finance): Mon avis est un peu différent. Je pense, au contraire, qu'il n'y a plus de catalyseur pour faire affluer les liquidités vers les petites et moyennes valeurs ; l'euphorie constatée au début de la décennie est complètement terminée. La moitié des sociétés de gestion, qui jouaient à cette époque un rôle très dynamique auprès des petites capitalisations, ont aujourd'hui disparu. De leur côté, les particuliers ne sont pas enclins à réinvestir pour le moment sur des valeurs qui leur ont fait perdre beaucoup d'argent ces derniers mois. C'est pourquoi je ne crois pas à un rebond fort et durable des valeurs Alternext à court terme. Il faudra encore un peu de temps aux investisseurs actifs sur les Small Caps pour retrouver des niveaux de liquidités satisfaisants.
DAMIEN RAHIER (Directeur des marchés chez Portzamparc): C'est vrai qu'il faut rester prudents au regard du niveau des liquidités même si on commence à observer quelques signes d'espoir : pour la première fois depuis janvier 2008, l'indice de collecte sur les fonds spécialisés valeurs moyennes que nous avons mis en place affiche une légère hausse de 1,9 % par rapport au mois de mars.
ROBERT DE VOGÜÉ : A noter également que la visibilité sur les perspectives de résultats des entreprises est encore très mauvaise...
DAMIEN RAHIER : Nous ne sommes effectivement pas encore à l'abri de coups de grisou ponctuels, notamment en cas de déceptions lors des prochaines publications de résultats. Certaines prévisions de marché sont encore trop optimistes.
EMMANUEL DAMPOUX (Directeur général d'Avenir Finance): Si les anticipations ont été surestimées, il faudra s'attendre à un nouveau décrochage des cours de Bourse.
LESLIE GRIFFE DE MALVAL : D'autant que le multiple de capitalisation moyen des résultats 2009 pour les sociétés Alternext ressort à 13 fois, ce qui est un niveau de valorisation très correct.
CYRIL TEMIN : Je tablerai dès lors plutôt sur un scénario graphique en W. L'actuel rebond technique d'Alternext Allshare, comme tous les autres indices de marché, n'en est qu'à sa première phase. Il faut s'attendre à une prochaine consolidation à l'occasion de la publication des résultats trimestriels puis semestriels 2009.
LE JOURNAL DES FINANCES. Après la liquidation d'AB Fenêtres et la suspension de cotation de Yin Partners et de Celeos, la crise réserve-t-elle encore des mauvaises surprises ?
EMMANUEL DAMPOUX : Beaucoup de sociétés sont en situation de survie, notamment celles qui se sont risquées à une politique de croissance externe agressive souvent trop hasardeuse. Certaines ont d'ores et déjà pris des mesures de restructuration radicales pour tenir pendant la crise, mais il ne faudrait pas que cette situation dure trop longtemps. Car, si le besoin de liquidités se fait sentir, il leur sera très difficile d'attirer les investisseurs pour lever des fonds, faute de performances attrayantes.
ROBERT DE VOGÜÉ : Cette situation pourrait tourner au drame : on estime qu'il y a entre 15 et 20 % des petites et moyennes sociétés cotées en Bourse dont le pronostic vital est aujourd'hui engagé si elles ne parviennent pas dans les semaines à venir à lever des capitaux !

CYRIL TEMIN : Cela étant dit, nous assistons aujourd'hui à une correction naturelle de l'ensemble des excès liés à l'euphorie passée.
C'est un mécanisme de balancier traditionnel où les entreprises qui n'ont pas levé suffisamment d'argent ou n'ont pas eu le temps de mener à bien leurs plans de développement se retrouvent dans une crise de trésorerie qui peut entraîner leur dépôt de bilan ou leur liquidation judiciaire.
Je pense néanmoins que ces cas extrêmes devraient rester isolés et ne sont pas spécifiques au marché Alternext.
LE JOURNAL DES FINANCES. Comment voyez-vous évoluer l'activité sur Alternext ? Quand peut-on espérer un retour des introductions ?
EMMANUEL DAMPOUX : L'activité devrait progressivement reprendre par paliers. En commençant d'abord par des opérations d'ordre technique, comme des transferts du Marché Libre vers Alternext, puis des opérations secondaires de refinancement.
Ce n'est pas avant le second semestre 2009, voire le premier trimestre 2010, que les premières introductions devraient faire leur retour, d'abord par placement privé puis seulement par appel public à l'épargne. Il faut laisser le temps nécessaire au marché d'apprécier pleinement les conséquences de la crise sur les performances des sociétés.
ROBERT DE VOGÜÉ : Remarquez bien que nous nous retrouvons en fait dans la même situation que lors de la dernière crise en 2003/2004 ! L'activité boursière n'avait alors redémarré qu'à travers des opérations techniques, les introductions en Bourse étant revenues bien ultérieurement, une fois la confiance retrouvée et le rebond des marchés confirmé.
DAMIEN RAHIER : Je ne m'attends pas non plus à beaucoup d'introductions à court terme, sauf peut-être quelques entrées en Bourse par placement privé.
En revanche, les faibles niveaux de valorisation actuels restent favorables à quelques procédures alternatives telles que des LBO.
LESLIE GRIFFE DE MALVAL : Des nouveaux montages de financements devraient également se développer sur le marché français, comme le venture loan, prêt à taux d'intérêt garanti assorti de BSA, pour environ 10 à 20 % du montant de la dette consentie, qui se pratique avec succès dans certains pays anglo-saxons.
Il ne faut pas oublier, non plus, le rôle moteur que devraient jouer les FCPI et les FIP ISF. Ces fonds défiscalisés ont des obligations à tenir en termes de quota d'investissement !
CYRIL TEMIN : La participation active de ces fonds devrait effectivement dynamiser l'activité capitalistique sur les petites et moyennes valeurs. Ils devraient notamment aider certaines sociétés déjà cotées à lever de l'argent frais.
ROBERT DE VOGÜÉ : Vous avez raison. Seulement voilà : les fonds ne se montrent pas très pressés pour intervenir. Et à juste titre. Ils ont tout intérêt à jouer le contre la montre et à attendre la dépréciation maximale de la valeur boursière des sociétés en difficulté pour voler à leur secours à moindre coût.
LE JOURNAL DES FINANCES. Aux cours actuels, quels sont vos conseils pour participer à des opérations de capital ?
CYRIL TEMIN : J'aurais tendance à recommander plus particulièrement les montages financiers qui impliquent la participation du management.
La souscription ferme d'un président à une opération sur le capital de sa société est un signal fort de sa sous-valorisation manifeste et de la relative pérennité de son activité. Il ne faut donc pas hésiter à participer à des levées de fonds souscrites par les dirigeants !
ROBERT DE VOGÜÉ : La crise boursière est l'occasion d'être très attentifs aux opérations qui se présentent aujourd'hui sur les marchés. Les offres sont toutes susceptibles d'être intéressantes pour les investisseurs car elles sont proposées à des niveaux de prix qui offrent d'importantes décotes.
CYRIL TEMIN : Autre montage très attrayant pour les particuliers, les réorganisations de groupes par spin off devraient se multiplier dans les prochains mois. Les maisons mères garantissent une certaine sécurité aux actionnaires minoritaires des filiales qu'elles décident d'introduire en Bourse, dans la mesure où elles maintiennent leur présence majoritaire dans leur capital. Cette procédure se veut aussi intéressante financièrement puisqu'un des objectifs est de faire ressortir la valorisation totale du groupe à travers un seul actif représenté par la filiale nouvellement cotée, qui vaut souvent la valeur du groupe lui-même lors de l'introduction.
LE JOURNAL DES FINANCES. Que pensez-vous du projet de l'AMF d'autoriser le transfert sur Alternext des valeurs du Compartiment C ?
CYRIL TEMIN : C'est une très bonne initiative. Alternext va ainsi pouvoir s'affirmer en tant que plate- forme officielle de financement auprès des petites et moyennes entreprises.
L'arrivée dans son giron de sociétés de taille plus importante, avec des niveaux de capitalisation souvent bien supérieurs à 100 millions d'euros, devrait renforcer sa crédibilité et sa notoriété auprès des investisseurs.
EMMANUEL DAMPOUX : Attention néanmoins à ce que cette mesure ne provoque pas un retrait ou une fuite des capitaux étrangers ! Car les investisseurs internationaux sont très attachés aux marchés officiels pour leurs nombreux gages de sécurité.
A l'inverse, ils se méfient encore beaucoup des libertés de fonctionnement d'Alternext.
Tout le succès de cette mesure dépendra donc de la capacité d'Euronext à redoubler d'effort en matière de communication et de pédagogie pour les rassurer et les inciter à accompagner les candidats dans leur transfert.
ROBERT DE VOGÜÉ : Si cette mesure rencontre le succès escompté, on peut, à l'inverse, craindre une diminution du nombre de transferts vers les marchés officiels. Il est fort probable que l'essor d'Alternext dissuade les sociétés qui y sont cotées de s'émanciper sur les autres compartiments d'Eurolist, là où la réglementation est, par ailleurs, de plus en plus contraignante.
CYRIL TEMIN : J'ajoute que ces transferts devraient vraisemblablement permettre au compartiment Alternext d'atteindre le seuil de 150 sociétés cotées d'ici à 2010, alors qu'il ne regroupe aujourd'hui que 127 valeurs.
LE JOURNAL DES FINANCES. Est-il judicieux d'acheter certaines valeurs en vue de leur transfert ?
LESLIE GRIFFE DE MALVAL : Je ne le pense pas. Les candidats à Alternext devraient, certes, gagner en temps et en argent en se libérant des contraintes des marchés officiels, notamment en matière de communication, mais ce n'est pas pour autant que cela devrait profiter à la valorisation de leurs titres.
DAMIEN RAHIER : Il n'y a, en effet, aucun élément fondamental pour que leur transfert sur Alternext booste leur cours de Bourse. Une telle opération aura seulement le mérite de mettre en lumière ces sociétés et leurs performances financières. Une sorte de mise au point pour relancer leur politique de communication vis-à-vis du marché.
LE JOURNAL DES FINANCES. Quels sont vos conseils pour investir sur Alternext ?
LESLIE GRIFFE DE MALVAL : Je conseille de regarder aujourd'hui les sociétés positionnées sur des activités anticrise, permettant à leurs clients, entreprises ou particuliers, de réaliser des économies ou des investissements à moindre coût.
EMMANUEL DAMPOUX : Face à la crise du crédit, mieux vaut aussi éviter les secteurs très capitalistiques et se recentrer sur des sociétés moins gourmandes en cash. Je suis très positif sur les valeurs présentes sur des métiers à forte visibilité comme les services aux collectivités locales et Internet, avec si possible des potentiels de croissance de plus de 30 %.
DAMIEN RAHIER : Tant qu'il n'y a pas de signe tangible indiquant la fin de la crise, ma préférence va très clairement aux sociétés qui ont une trésorerie nette positive. J'aurais également tendance à arbitrer en faveur des entreprises qui continuent à jouer le jeu en termes de communication en cette période difficile. Leur effort dans ce domaine contribue à construire leur crédibilité.
TABLE RONDE ANIMÉE PAR CHRISTELLE DONGER, EMMANUEL EGLOFF ET ROLAND LASKINE