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Bernard Tapie : «J’ai voulu être trop bien élevé»

15/05/2009 12:35 - JDF

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Le Journal des Finances : Qu'est-ce qui vous a conduit à tenter, à travers le Club Med, de revenir dans le monde des affaires ?
Bernard Tapie : La dernière fois que j'ai acheté une affaire, c'était Adidas. On ne peut pas dire que je me sois trompé. Depuis, il s'est passé beaucoup de choses qui m'ont tenu éloigné du monde de l'entreprise. Et j'ai trouvé dans le sport, dans le théâtre ou la télévision des activités plus réconfortantes après ce qui m'était arrivé. C'est d'ailleurs mon métier aujourd'hui et je pars en tournée à partir de début octobre pour la pièce Oscar. Il reste qu'à côté de cela je reste un entrepreneur, et je garde un certain instinct pour repérer des entreprises qui disposent d'un fort potentiel.
Sur le dossier Club Med, vous ne détenez toujours pas une action et on vous présente comme une menace pour la société ?
Je me suis dit : Tu reviens dans les affaires. Il faut que tu sois bien élevé. J'ai donc utilisé les services d'un banquier d'affaires. J'ai demandé un rendez-vous à Henri Giscard d'Estaing. J'ai également rencontré Alain Minc. Tout cela de manière courtoise et confidentielle. Et, deux jours plus tard, je découvre tout cela dans la presse. Je pensais que tout le monde respectait le même code de conduite. J'ai voulu être trop bien élevé. Eh bien, je peux vous dire qu'on ne m'y reprendra pas.
Cela veut dire que sur les autres dossiers que vous regardez, vous n'aurez pas le même mode opératoire ?
Sûrement pas. J'ai compris que hélas ! au cours des quinze dernières années, la France n'avait pas changé. On a toujours affaire à un capitalisme de la barbichette, régi par quelques dizaines de personnes qui vivent bien aux dépens de leurs actionnaires. Désormais, je ne demanderai pas leur permission. J'entrerai d'abord dans le capital et je discuterai après. Ce sera le cas dès lors que j'aurai en face de moi des gens qui ne se conduisent pas comme le monde des affaires l'exige.
Vous pensez que c'est le moment d'acheter des entreprises ?
Je pense qu'il se passe deux choses très importantes. D'abord, la crise économique rebat toutes les cartes. Cela, les initiés autoproclamés et qui s'autoprotègent doivent le comprendre très vite. Donc beaucoup de modèles économiques vont être mis à plat. Ce qui crée de facto des opportunités. Ensuite, la France a une grande chance, c'est qu'elle s'est dotée d'un président de la République exceptionnel, qui a une capacité à changer le pays et à le ramener dans le peloton de tête. Peut-être n'y arrivera-t-il pas à cause justement des blocages de notre système. Mais Nicolas Sarkozy est un atout considérable. Et être entrepreneur aujourd'hui en France, c'est pouvoir accompagner le changement du pays.
Certains ont dit que vous étiez soutenu dans le Club Med par l'Elysée...
C'est complètement ridicule. J'ai trop de respect pour le président de la République pour lui demander une aide quelconque. Je n'ignore pas que d'autres sont moins gênés que moi. Mais ce n'est pas ma façon de voir le monde de l'entreprise.
Propos recueillis par Yves de Kerdrel