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« Les réserves financières d'Axa sont très puissantes »

02/05/2009 00:00 - JDF

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Vous êtes président du conseil de surveillance d'Axa depuis un an. Qu'est-ce qui vous amène à prendre la parole aujourd'hui pour la première fois ?
L'année dernière, Claude Bébéar, fondateur d'Axa, s'est appliqué les règles de gouvernance qu'il avait édictées pour la société. Face à ce départ, le conseil de surveillance a été confronté au choix d'un nouveau président. Et c'est à moi qu'incombe désormais cette très grande responsabilité. Je n'ignore pas qu'à travers ce choix le conseil a voulu que ce soit un entrepreneur qui préside aux destinées d'Axa, et qui, ce faisant, apporte une vision complémentaire, notamment sur le plan stratégique, par rapport à celle exprimée par le directoire. Je ne vous cacherai pas qu'il n'a pas été de trop d'avoir une année complète pour s'imprégner de la culture d'Axa, pour faire le tour de l'ensemble de la maison et pour mesurer l'importance des métiers que réalise ce groupe auprès de ses millions d'assurés, avant de prendre la parole. C'est désormais chose faite. Et au moment où les actionnaires viennent de me renouveler leur confiance, je suis heureux de pouvoir apporter mon concours à la compréhension de la stratégie d'Axa.

Justement, comment concevez-vous votre rôle de président du conseil de surveillance ?
Axa est une société qui a opté depuis longtemps et avec succès pour un mode de gestion dual, avec d'un côté un conseil de surveillance et de l'autre un directoire. Le conseil de surveillance est élu par les actionnaires et il est entièrement responsable devant eux. C'est donc à lui qu'il revient de rendre des comptes lors de l'assemblée des actionnaires. De fait, il y a un certain nombre de décisions, notamment en matière d'investissements importants, que le directoire ne peut pas prendre sans l'aval du conseil de surveillance. Nous avons donc, dans cette instance, le devoir de nous assurer que les risques sont bien maîtrisés, que la stratégie choisie est créatrice de valeur, que le directoire agit bien dans le cadre de cette stratégie de long terme, et, enfin, que les femmes et les hommes qui mènent le groupe au quotidien sont aptes à le faire.

De quelle manière travaillez- vous avec le président du directoire, Henri de Castries ?
Justement, de manière à ce que la travail que fait le conseil de surveillance ne soit pas haché, je rencontre au moins une fois par semaine Henri de Castries, qui préside le directoire. Et nous évoquons les principaux sujets du moment afin de mieux préparer les travaux des différents comités du conseil. En fin de compte, il me semble qu'après un an de pratique nous agissons vis-à-vis du directoire davantage comme un sparring partner que comme les gardiens du temple. C'est pourquoi, comme je m'y étais engagé il y a un an, je consacre 25 % de mon temps à ce rôle.

Quelle vision avez-vous de la crise financière qui a balayé la planète en moins d'un an ?
Toute crise est un excellent révélateur. Celle-ci a notamment permis de montrer que, dans le domaine financier, un certain nombre de gens, ou d'institutions, faisaient des choses qu'ils ne comprenaient pas ou bien faisaient des choses pour des motivations qui n'étaient pas très nobles. Par exemple, le fait de chercher à obtenir sur le long terme des niveaux de retour sur investissement insoutenables ne pouvait que conduire à cette implosion du système financier. Désormais, nous sommes entrés dans la phase de guérison. Et on peut légitimement penser que les remèdes de cheval adoptés par les principaux gouvernements sont à la hauteur de cette crise.

Cette crise a notamment pénalisé Axa, dans la plupart de ses activités ?
N'exagérons rien ! Axa exerce deux activités. D'une part, l'assurance-dommages, c'est-à-dire garantir la réparation des conséquences d'un risque aléatoire. C'est une activité qui nécessite des réserves financières importantes. Nous avons au sein du bilan d'Axa des réserves qui représentent deux ans de primes et trois ans de sinistres. Ces réserves sont par ailleurs très bien placées, ce qui génère des revenus financiers. Cette première activité est classique et bénéficie d'une gestion opérationnelle rigoureuse. A ce titre, nous avons enregistré en 2008 le meilleur ratio combiné de notre histoire. D'autre part, il y a toute l'activité assurance-vie, qui nécessite une gestion financière performante mais aussi très prudente : 90 % de nos actifs sont ainsi placés en produits de taux. Malgré cela, nous avons subi, l'an passé, deux chocs. Le premier dû à la perte de valeur de certains actifs. Et le second dû à des garanties accordées sur des contrats d'assurance-vie aux Etats-Unis ; garanties qui se sont révélées très coûteuses dans un contexte totalement inhabituel de marché. Deux éléments qu'il faut relativiser, car Axa a tout de même enregistré l'an passé 4 milliards d'euros de résultat opérationnel.

Comment appréciez-vous le débat sur les normes comptables ?
J'essaie d'appréhender cette question comme principal mandataire des actionnaires. Et j'ai envie de leur dire : le résultat opérationnel de votre compagnie, celui dégagé par la bonne gestion du groupe, s'est élevé l'an passé à 4 milliards d'euros. Ensuite, si on tient compte de l'application mot pour mot des nouvelles normes comptables, il nous a fallu passer des dépréciations d'actifs, y compris sur des obligations que nous allons garder jusqu'à leur remboursement final. Ce qui correspond à constater la perte de valeur provisoire d'un actif qui, sur le long terme, ne peut justement pas perdre de valeur. Admettez que la situation est un peu ubuesque. C'est ce qui m'a autorisé à dire aux actionnaires lors de l'assemblée : n'accordez pas trop d'importance à ces écritures comptables. Et gardez en tête une donnée fondamentale, le bilan d'Axa est solide et peut parer à bien des tempêtes.

Malgré tout, le montant du dividende a été divisé par trois ?
Effectivement. Notre objectif principal est de maintenir la solvabilité de la compagnie à un niveau confortable, c'est-à-dire sa capacité à faire face à toutes les situations. Cela nous a amenés à prendre trois décisions très naturelles. Primo : la réduction du dividende, de manière à accroître les réserves financières d'Axa, compte tenu des incertitudes économiques qui ne sont pas encore levées. Secundo : une meilleure redéfinition de nos produits afin qu'ils consomment ou nécessitent moins de capital. Tertio : rester attentifs aux coûts et à la gestion opérationnelle pour que le résultat soit le plus élevé possible, et qu'il puisse renforcer lui aussi les réserves du groupe.
NOTRE CONSEIL
Nous restons acheteurs sur le titre Axa (code : CS, Comp. A, SRD).
PROPOS RECUEILLIS PAR YVES DE KERDREL