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Monsieur le Président, Loin de moi l'idée de faire le procès d'une des plus belles entreprises françaises, aussi bien par sa performance économique, sa capacité d'innovation, le traitement de ses actionnaires, sa gestion sociale, ses préoccupations sociétales et par son image médiatique. Il y aurait sans doute moins de tensions sociales en France si les entreprises étaient plus nombreuses à avoir la même conscience de leurs responsabilités globales. Loin de moi, également, l'idée de vous reprocher des contre-performances dues essentiellement à la crise qui touche tout le monde, votre principal concurrent, Nestlé, compris. D'autant qu'il convient de reconnaître la combativité dont vous faites preuve pour répondre à la diminution du pouvoir d'achat des consommateurs en baissant vos prix et en multipliant des offres directement concurrentielles avec les marques de distributeurs. Cela dit, Monsieur le Président, au-delà des incertitudes conjoncturelles, vos actionnaires les plus fidèles se posent des questions à plus long terme sur les choix de l'entreprise, et donc sur l'avenir de leur investissement. Elles sont de cinq ordres d'importance d'ailleurs inégale : 1) La première question est d'ordre stratégique. En donnant pour mission à Danone d'
« apporter la santé par l'alimentation au plus grand nombre », vous avez délibérément opté pour des produits haut de gamme et à forte marge, alors que les réservoirs de croissance pour l'alimentaire se trouvent plutôt dans les pays émergents au pouvoir d'achat encore faible. Comment ajuster vos ambitions géopolitiques avec cette course aux produits de santé de plus en plus compliqués et donc de plus en plus chers ? 2) L'eau embouteillée, qui représente près de 17 % de vos ventes, est une illustration de ces contradictions stratégiques. En croissance dans les pays émergents, vos ventes d'eau reculent nettement dans les marchés matures. Un recul bien sûr lié à la crise, mais pas seulement : par souci écologique, les consommateurs sont de plus en plus nombreux à bouder les bouteilles plastique et à revenir au robinet. Comment contrer ce phénomène sociétal ou serez-vous amenés à céder cette branche, comme vous l'avez fait, par exemple, pour les biscuits ? 3) Comment contrer, également, cette image de perdant que donne à Danone le traitement de ses conflits avec ses partenaires indien et surtout chinois ? Alors que vous aviez présenté votre coentreprise avec Wahaha comme un modèle du genre, vous voilà entraîné dans une interminable bataille judiciaire. Non seulement vous risquez de percevoir finalement des indemnités bien inférieures à vos espoirs, mais, à tort ou à raison, vous donnez le sentiment d'avoir mal géré le conflit et surtout d'avoir méconnu les habitudes juridiques, disons particulières, du marché chinois. Au détriment de l'entreprise et, in fine, de ses actionnaires. 4) Des actionnaires qui ne sont pas gâtés, avec un titre qui a chuté d'environ 17 % depuis le début de l'année alors que le CAC 40 baissait « seulement » de 4 %. Tandis qu'en 2008 votre titre avait perdu son statut de valeur refuge, il n'a pas bénéficié en ce début d'année de l'embellie qui a soutenu les valeurs de croissance. Il est vrai que la rumeur récurrente d'une augmentation de capital pèse sur le cours, alors que votre politique « nationale » style « cathédrale de Chartres » limite l'intérêt spéculatif d'un groupe sans actionnaire de référence et avec un flottant de plus de 78 %. Pour parler simplement, si vous jugez utile de recourir à l'épargne pour réduire votre endettement comme Pernod ou Lafarge, pensez à vos actionnaires et ne tardez pas trop. 5) Enfin, permettez-moi une question plus personnelle : alors que tous ceux qui vous connaissent apprécient vos qualités de manager, votre don du marketing, pourquoi vos interventions publiques semblent-elles plutôt mettre l'accent sur des activités dignes mais qui ne sont pas au coeur de votre métier de patron, style action humanitaire, sponsoring sportif ou action écologique ? En vous remerciant de l'attention que vous voudrez bien porter à cette correspondance, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'expression de ma plus haute considération.