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Les salaires des patrons du CAC 40 reculent enfin !

02/05/2009 00:00 - JDF

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En 2008, même si les valeurs absolues de la rémunération des grands patrons restent importantes, beaucoup de patrons subissent la crise en s'adaptant par pression ou solidarité à la situation de leur entreprise. La rémunération totale moyenne (fixe + variable) des dirigeants du CAC 40 a diminué de 13,79 % de 2007 à 2008. Certains dirigeants ont vu leur rémunération divisée de moitié, comme François-Henri Pinault, président-directeur général de PPR. Et ces diminutions ne font plus figure d'exception dans le paysage des grandes entreprises. Face à l'augmentation des réglementations, des pressions et à des résultats souvent catastrophiques, la rémunération fixe et égalementla rémunération variable des patrons du CAC 40 diminuent. De 2007 à 2008, la rémunération fixe moyenne des dirigeants du CAC 40 a très légèrement augmenté, tandis que la rémunération variable a baissé de 14,61%.

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Les recommandations Afep-Medef prônent l'indexation des émoluments à des critères de performance. La rémunération variable devient donc conditionnée à la réalisation d'exigences définies par le Comité des rémunérations. Ces règles de fixation protègent l'entreprise face aux risques. En période de crise, les rémunérations sont limitées, tandis qu'elles apparaissent légitimement plus importantes en période de prospérité. La rémunération variable des dirigeants du CAC 40 est fixée selon la réalisation d'objectifs de performance à la fois quantitatifs et qualitatifs. L'enjeu est de mesurer les critères de performance pertinents, dont le choix est laissé à la guise de l'entreprise. L'indexation peut ainsi générer ses propres abus, notamment sur l'évaluation par les administrateurs des critères qualitatifs de leurs dirigeants.
Les objectifs de performance n'ayant pas été atteints, Carlos Ghosn, P-DG de Renault, n'a pas reçu de partie variable, preuve que le système est applicable et qu'en temps de crise la rémunération des dirigeants est aussi pénalisée. Les patrons des grandes banques « aidées » par l'Etat - Crédit Agricole, BNP, Société Générale, Crédit Mutuel, Caisse d'Epargne et Banque Populaire - ont été fermement invités par Nicolas Sarkozy à renoncer à leur bonus. Baudoin Prot, directeur général de la BNP, à qui l'Etat a prêté 2,55 milliards d'euros, a fait figure de bon élève en étant le premier à renoncer à sa partie variable. Dans des secteurs moins sinistrés, on retrouve également ce genre d'évolution : Arnaud Lagardère a vu sa rémunération variable diminuer de 52 %. Il en est de même pour le président du directoire d'Unibail-Rodamco, dont le bonus a diminué de plus de 60 %. Il semble donc que, même si ces évolutions ont été poussées en partie par un avis défavorable de l'opinion publique à l'égard de la rémunération des dirigeants du CAC 40, elles sont aussi dues à un système qui fonctionne et à une responsabilisation des dirigeants.
La crise économique actuelle accentue le sentiment d'injustice vis-à-vis des rémunérations des grands dirigeants, qui sont perçues comme de plus en plus « injustifiables ». La modération des rémunérations en 2008 a parfois été contrainte par la pression publique et l'Etat, mais les dirigeants du CAC 40 tentent d'intégrer la dimension sociale et morale de l'évolution de leur rétribution. Les scandales ternissent l'image et la réputation des entreprises, et provoquent une crise de confiance de la population.
Dans ce contexte social et économique difficile, les inégalités salariales sont considérées comme l'une des causes des dysfonctionnements du système capitaliste. La crise a accentué ce besoin d'évolution, il faut repenser les modes de rémunération pour parvenir à une meilleure lisibilité et justification de ces salaires. L'intégrité et l'éthique constituent les thèmes phares de la communication institutionnelle des entreprises. La question de la rémunération des dirigeants apparaît comme cruciale au vu de la moralisation du capitalisme. Néanmoins, parvenir à un consensus pour définir un montant « socialement acceptable » paraît compliqué. Le pouvoir politique s'est emparé du sujet et compte bien réformer les pratiques actuelles pour mieux encadrer les rémunérations. Leur encadrement est complexe car il faut au préalable distinguer la taille des sociétés et si le patron est créateur de son entreprise.
Cette responsabilisation sera sûrement poursuivie grâce à des efforts en termes législatifs et à la constitution, mi-mai, d'un Comité des sages, créé par le Medef à la demande du gouvernement. Ce Comité des sages, similaire aux comités de rémunération internes aux sociétés du CAC 40, devra réunir des administrateurs indépendants afin d'être considéré comme impartial. Sa mission sera de contrôler la rémunération des dirigeants des entreprises « ayant recours aux licenciements massifs ». Cette tâche semble délicate face à la disparité des entreprises représentées par le syndicat patronal. Au regard des importantes rémunérations des dirigeants du CAC 40, l'amalgame est malheureusement vite fait avec l'ensemble du patronat, qui, dans le cas des PME, pâtit aussi cruellement de la crise et dont les patrons ne perçoivent ni ces montants ni les « parachutes dorés » qui font la une des journaux.
La rémunération des dirigeants est au coeur d'une polémique grandissante. L'opinion publique décrit des montants jugés immoraux, notamment en période de crise. Les patrons sont séquestrés et deviennent les boucs émissaires de la crise. Mais, en parallèle, personne ne s'indigne du classement publié par L'Equipe des sportifs français les mieux payés. Le trio de tête Henri/Parker/Ribery cumule plus de 24 millions d'euros de rémunération (hors revenus publicitaires), soit près d'un tiers du montant cumulé des 40 patrons du CAC 40. De plus, personne n'a soulevé qu'aucun des cinq sportifs les mieux payés n'est fiscalement imposé en France... Les patrons sont mal-aimés. Le malaise actuel naît du décalage entre la situation que subissent les salariés des entreprises en difficulté, menacés chaque jour de perdre leur emploi, et celle de ces dirigeants considérés comme responsables mais à l'abri de la crise. Et pourtant, c'est oublier que la crise est mondiale et que les patrons sont eux-mêmes soumis aux pressions de leur conseil d'administration, comme en témoigne la récente éviction de Christian Streiff, arrivé il y a à peine deux ans à la tête de PSA.

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DOSSIER RÉALISÉ PAR FLORENCE ARMENGAUD ET CHLOÉ MICHEL-PAULSEN