« Faurecia a les atouts pour sortir plus fort de la crise »

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Cette levée de fonds, dont le succès est, de toute façon, garanti par PSA Peugeot Citoën, premier actionnaire avec 71 % du capital, vise à doter l'équipementier de moyens financiers supplémentaires face à la crise majeure qui frappe l'industrie automobile.
Une crise sans précédent
« Décembre, janvier et février ont été des mois extrêmement durs, avec des chutes d'activité de l'ordre de 40 %. Du jamais-vu dans l'industrie ! avertit le P-DG de Faurecia. On a probablement touché le fond car l'activité n'a reculé que de 24,1 % en mars, mais surtout les programmes prévisionnels des constructeurs que nous recevons montrent que la situation a cessé de se dégrader. »
Pour autant, Yann Delabrière ne croit pas à un redémarrage rapide. Son scénario est celui d'une reprise lente et progressive au mieux à partir de 2010. Pour l'heure, le plan de marche du groupe a été établi sur la base d'une production automobile attendue en baisse de 20 % en Europe de l'Ouest et de 30 % en Amérique du Nord, et cela sur l'ensemble de 2009.
Dans l'immédiat, il s'agit de surmonter la crise, que Yann Delabrière qualifie « d'opportunité pour faire de Faurecia une entreprise plus compétitive ». Une mission qui lui a été assignée dès le début, lorsque ce financier, qui a passé dix-sept ans chez PSA, fut convié en 2007 par Thierry Peugeot à prendre les rênes de la filiale d'équipement du constructeur. « La direction d'une grande entreprise mondiale, ça ne se refuse pas ! », se justifie-t-il alors qu'il n'a pas vraiment eu le choix, Christian Streiff ayant imposé Isabel Marey-Semper à son poste de directeur financier chez PSA. Certains ont aussi vu dans l'arrivée de ce cost-killer le signe annonciateur d'une revente de Faurecia par l'actionnaire PSA, une fois l'important travail de redressement effectué.
Des restructurations drastiques
A peine nommé, il établit un diagnostic sans appel. Faurecia est un groupe mal géré. Jusqu'ici, les restructurations n'ont pas permis un redressement durable des performances opérationnelles dans la mesure où l'équipementier est pénalisé par la présence de contrats déficitaires, en particulier sur les métiers de l'intérieur véhicule (tableaux et planches de bord...).
Le nettoyage du portefeuille de contrats fut donc la priorité : un travail de fourmi, long et fastidieux, mais payant. « A la fin 2008, Faurecia n'a plus de programme structurellement déficitaire, souligne son P-DG. L'objectif d'une rentabilité d'au moins 4 % en moyenne sur les contrats est désormais la règle. » L'accent est aussi mis sur la qualité. En deux ans, les défauts mesurés en PPM (pièces produites par milliers) sont passés de 87 à 14.
Sous l'impulsion de Yann Delabrière, Faurecia retrouve alors le chemin des bénéfices au cours du premier semestre 2008, avec une performance qui mérite d'être saluée : le retour à la rentabilité en Amérique du Nord. On croit alors l'équipementier tiré d'affaire, jusqu'à ce que la crise financière affecte les ventes d'automobiles, à partir de l'été 2008.
« Le problème est que l'on bâtit l'ensemble de l'industrie sur des perspectives de volumes qui ne sont plus au rendez-vous. Il y a donc des surcapacités partout qu'il faut réduire », reconnaît-il.
D'où un effort de restructurations accru et un plan de réduction des coûts baptisé Challenge 2009 mis en place dès l'automne. Ce plan vise 600 millions d'euros d'économies, dont 230 millions sur les coûts directs de production, 120 millions sur les approvisionnements et environ 300 millions sur les frais fixes. « A l'issue du premier trimestre, nous sommes en ligne, se félicite Yann Delabrière. Nous avons économisé 115 millions sur la production, abaissé de 90 millions les frais fixes et nous sommes bien partis pour baisser de 4 % les coûts de nos achats. »
Des relations équitables avec les constructeurs automobiles
Le patron de Faurecia souhaite aussi des échanges plus équitables entre équipementiers et constructeurs. « Les sous-traitants ne peuvent plus se permettre les même concessions que par le passé. Avec la crise, les constructeurs en ont enfin pris conscience. » Jusqu'ici, ces derniers ont imposé des baisses de prix année après année alors que les deux tiers de la valeur ajoutée d'une automobile sont produits par les équipementiers, lesquels assument une part croissante de la conception et de la réalisation.
« Avec la crise, les constructeurs accélèrent le déploiement des plates-formes de production, note Yann Delabrière. Dans ce domaine, Faurecia est l'un des rares équipementiers capable d'industrialiser des plates-formes pour ses clients partout dans le monde. »
Et quand on lui demande si le périmètre d'activité doit être repensé, le P-DG rétorque que l'entreprise est déjà concentrée par rapport à d'autres groupes. « Il n'y a pas de branches malades, simplement des métiers plus difficiles que d'autres, comme l'intérieur véhicule, où la concurrence est très rude. » Et d'ajouter que sur chacun de ses quatre grands métiers - sièges automobiles, intérieur véhicule, système d'échappement et bloc avant -, le groupe figure parmi les trois premiers mondiaux. Des positions et un effet de taille qui sont autant d'atouts face à la crise actuelle.
Enfin, si des concurrents comme Valeo communiquent à tous crins sur les innovations, Faurecia se fait plus discret mais agit tout autant. L'an dernier, l'équipementier a déposé 303 brevets et financé 193 projets d'innovation. Alors que la réduction des émissions de CO2 est devenue un impératif dans l'automobile, « l'ensemble des solutions que nous apportons à nos clients permet de gagner environ 20 % sur le poids total d'une voiture », avertit le P-DG.
Au dire de son président, Faurecia a tous les atouts en main pour sortir plus fort de la crise. « Je pensais que l'entreprise avait du potentiel dès le premier jour où je suis arrivé. Je le pense encore plus maintenant. » Ça vaut mieux quand on doit piloter un groupe en pleine tempête !
NOTRE CONSEIL
Rester à l'écart. Malgré les mesures prises, Faurecia restera en perte. La crise éloigne la perspective d'un retour à un redressement complet (code : EO, Comp. A, SRD).
Rester à l'écart. Malgré les mesures prises, Faurecia restera en perte. La crise éloigne la perspective d'un retour à un redressement complet (code : EO, Comp. A, SRD).
JÉRÔME MARMET
