Déflation: Aubaine ou désastre ?
Crise, subprime, ralentissement économique, pouvoir d’achat, chômage… Ces termes sont martelés par tous les medias et nous commençons à peine à en comprendre leurs significations. Mais on commence également à entendre à voix basse certains parler de déflation, ce fléau, qui a partir de 1990, a dévasté le Japon et cela pendant plus de 10 ans. Qui est-il? Quelle est cette menace qui revient soudainement nous hanter ? La déflation se définit au sens large comme une inflation négative. Elle correspond à la baisse généralisée et durable des prix avec une possible contraction du PIB. Lorsque les mots d’ordre de notre société sont pouvoir d’achat et low cost, comment ne pas être heureux d’entendre que notre pays est en déflation ! Le baril de pétrole passe de 150 à 50 dollars, le prix de l’immobilier chute. Que de bonnes nouvelles. Irving Fisher décrit pour la première fois en 1933 lors de la Grande Dépression son mécanisme. En période de crise la déflation est essentiellement le résultat d’un manque de liquidité pour le remboursement de ses dettes. Dans ce cas un cercle vicieux s’enclenche, le crédit se raréfie et la liquidité manque cruellement dans la trésorerie des entreprises. A la suite de cela les acteurs les plus endettés doivent répondre à la pression des créanciers en trouvant rapidement des liquidités; les prix sont cassés et la production bradée. Quelle jolie musique pour certain et pourtant, si les prix baissent pourquoi acheter aujourd’hui ce que l’on pourra avoir moins cher demain. Donc la consommation se met à diminuer. L’investissement suit alors le même raisonnement. Les résultats sont simples baisse de la croissance, baisse de la production, faillite, chômage, baisse du pouvoir d’achat, baisse de la demande, baisse des prix… Lucas Papademos, l’actuel vice président de la Banque Centrale Européenne (BCE) annonce qu’il n’y a pas de risque de déflation dans la zone Euro. Cependant, il estime que de «nouvelles baisses de taux ne sont pas à exclure si la conjoncture venait encore à se dégrader». Justement comment lutter contre ce risque ? Une seule réponse : la prévention. Une politique baissière des taux d’intérêts ainsi que l’injection massive de liquidité. Selon toutes vraisemblances, la BCE utilise tous les moyens qu’elle dispose pour mettre fin à cette menace. Depuis début Octobre, la BCE a abaissé à trois reprises son principal taux directeur, aujourd’hui à 2,50% afin de lutter contre la dégradation rapide des prix. La menace semble être écartée de la zone euro et pourtant, l’Allemagne possède des caractéristiques communes au Japon déflationniste des années 90. Déjà en 2002 l’Allemagne est lanterne rouge de l’indice de risque de déflation du FMI, établi à partir de 4 séries d’indicateurs : - les prix agrégés - l’écart de production - les marchés financiers - le crédit et les indicateurs monétaires En réalité l’Allemagne est entrée en phase pré-déflationniste dès les années 2000 mais a été soutenue par le dynamisme de la demande étrangère. L’entrée en phase récessive de l’économie allemande entraine la résurgence d’un risque très élevé de déflation. La demande domestique recule et la demande internationale des produits allemands s’effondre. Le point rassurant est que le risque de déflation est souvent évoqué comme étant la conséquence d’une bulle du crédit domestique, or la dette privée est quasi inexistante en Allemagne. Ce qui permet de dire que si l’Allemagne fait face à une déflation elle sera moins sévère et longue que celle connue au Japon. Les risques existent mais la conscience collective quant au problème de déflation rend l’action des gouvernements ainsi que de la BCE déterminantes. Les autorités monétaires ont déjà agi très rapidement, injection de liquidité, baisse des taux, sauvetage des entreprises en faillites. L’économiste star Nouriel Roubini considère que si les politiques économiques restent à ce point volontariste, alors même les Etats-Unis pourront être sauvés de la déflation.
