Les banques américaines rechignent toujoursà accorder des crédits
En dépit des bons résultats publiés ces derniers jours par les plus grandes banques américaines et les milliards de dollars que le gouvernement leur a déversés afin de sortir de la crise, les crédits qu'elles consentent à accorder sont toujours moins nombreux. D'après des données du Trésor, au seul mois de février, l'activité de crédit s'est contractée de 2,2%, 9 banques ayant augmenté leurs octrois alors que 12 d'entre elles auraient, au contraire, fermé les robinets. Ces chiffres, déjà inquiétants, le sont encore plus selon la méthode de calcul du Wall Street Journal (WSJ). Contrairement aux autorités, qui s'appuient sur la médiane de l'évolution du crédit, le journal économique s'en tient à la moyenne des crédits octroyés par les 21 banques ayant bénéficié du plan d'aide au secteur financier, le TARP (Troubled assets relief program), également connu sous le nom de plan Paulson.
Un changement de calcul aux conséquences lourdes, le WSJ estimant du coup qu'au mois de février, les banques américaines ont alloué 4,7% de crédits à l'économie en moins par rapport à janvier. Ce chiffre atteint les 23% si on fait référence à la période allant d'octobre 2008 (moment où le plan TARP a été adopté) à février. Une guerre des chiffres qui divise les spécialistes. Selon un membre du Trésor, «aucune mesure statistique ne peut rendre compte correctement de l'activité de prêts de la nation». Selon lui, les chiffres des crédits accordés seraient « beaucoup plus bas » si le gouvernement n'avait pas procédé à des injections de fonds publics. De son côté, Tom Fullerton, économiste de l'Université d'El Paso, pense que le calcul avec la médiane permet de s'abstraire de la volatilité de ces mesures mensuelles. Une théorie que l'économiste David Boyum réfute, estimant que seule la moyenne permet d'avoir une vision dans son ensemble de l'activité de crédit.
Les banques défendent leur action
Mais que l'on prenne l'une ou l'autre méthode de calcul, un constat s'impose : les banques prêtent toujours difficilement. Or un des objectifs majeurs du plan Paulson était de dénouer les rouages du crédit en incitant les banques à prêter plus d'argent aux contribuables, et aux entreprises notamment. De leur côté, les dirigeants des institutions financières se défendent en arguant que l'accès au crédit a été facilité, que les banques refinancent les prêts déjà existants ou qu'elles adaptent à la conjoncture ceux qui présentent des défaillances. Comme l'indique à juste titre le WSJ, «il est très important de savoir quel est le niveau de prêt dans une économie afin de savoir si celle-ci est en mesure de rebondir». Le président américain Obama a lui-même admis qu'il y a «encore une contraction du crédit et les banques ne prêtent pas encore aux niveaux précédents», ajoutant que «le secteur non-bancaire qui comptait avant cette crise pour 40% du marché du crédit n'a pas récupéré comme il se devrait et nous devons encore prendre une série de mesures exceptionnelles».
Les deux prochaines semaines risquent en tout cas d'être déterminantes pour les banques américaines et l'administration du président américain. Obama a en effet souligné que le fameux «test de résistance», qui passe au crible 19 principaux établissements financiers américains afin d'évaluer leur solidité et leurs besoins éventuels en capitaux, était en passe d'être terminé. Les résultats vont être scrutés à la virgule près par les investisseurs, qui attendent de savoir si les établissements financiers américains ont des capitaux suffisants ou s'ils sont destinés à retomber dans l'incertitude qui a failli causer l'effondrement de tout le système financier mondial. Les conclusions de l'étude seront rendues publiques le 4 mai prochain.
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