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Trois idées pour le patron de Free

18/04/2009 00:00 - JDF

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Monsieur le Président,
C'est la première fois, depuis que Le Journal des Finances accueille ces lettres ouvertes à des responsables de sociétés cotées, que j'ai le plaisir de m'adresser à un patron qui a créé son entreprise à partir d'une innovation, qui contrôle encore 66% du capital et qui en définit toujours les grandes orientations stratégiques.

D'ores et déjà, vous resterez l'homme qui a révolutionné l'accès des Français à Internet grâce à la désormais célèbre Freebox et au « trois-en-un » (Internet, télévision, téléphone fixe) à 29,90 euros par mois. Vous êtes aussi le patron dont les actionnaires n'ont eu jusqu'ici qu'à se féliciter : certes, vous avez toujours été chiche dans vos distributions de dividendes mais vous leur avez apporté les plus-values d'une valeur de croissance ( chose rare dans ce secteur), avec un titre qui est passé de 16 euros en janvier 2004 à plus de 70 aujourd'hui. Votre « petite entreprise » n'a pas connu la crise et son cours a même grimpé de près de 20 % depuis le début de l'année. Bravo donc et merci d'avoir montré comment un esprit entrepreneurial peut être créateur de valeur ! Insatiable, vous nourrissez deux nouvelles ambitions, dans la fibre optique et dans le téléphone mobile. Et c'est là bien sûr que commencent les interrogations de vos actionnaires qui, par nature, se demandent toujours si demain sera aussi prometteur qu'hier. « Il a Free, il a tout compris ! », proclame votre slogan publicitaire. Vos actionnaires sont moins chanceux et se posent au moins trois types de questions :

1) La première concerne votre tactique à l'égard du marché et de vos concurrents. Se positionner en Robin des bois défenseur du consommateur et de l'internaute était habile pour une entreprise qui devait se faire une place au soleil et n'avait pas les moyens de mener une politique de communication classique face à un géant comme Orange. Mais maintenant qu'Iliad est bien installé sur le marché, pourquoi poursuivre sur ce ton ? Pourquoi traiter votre concurrent de « délinquant multirécidiviste » ? Cette posture plaît peut-être à tel jeune internaute qui croit faire la révolution lorsqu'il surfe sur Free plutôt que sur l'« oligopole » Orange, mais cela inquiète l'actionnaire qui sait que l'installation d'un réseau de fibres optiques passera par un arrangement avec le principal opérateur. Cette gestion plus médiatique que stratégique finira par avoir une incidence sur le coût des investissements.

2) Des coûts qui s'annoncent déjà sévères : 2 milliards au moins. « Ce sont les cerveaux qui produisent l'innovation, pas le carnet de chèques », vient de déclarer votre directeur général, Maxime Lombardini. Le propos est altier, mais, maintenant que dans l'ADSL les concurrents ont rattrapé leur retard initial sur Free, toute nouvelle innovation coûtera de plus en plus cher. En avez-vous les moyens ? Le cash-flow généré par l'ADSL, suffira-t-il à financer les deux réseaux des fibres optiques et du mobile ? D'autant que la stratégie commerciale agressive que vous entendez appliquer dans le téléphone mobile commencera par détruire de la valeur. En un mot, les forfaits low cost vous permettront-ils d'échapper à la malédiction qui semble frapper, chez nos voisins, le 4e entrant dans la téléphonie mobile ? Les secousses à la baisse qui frappent votre cours chaque fois que vous paraissez assuré d'obtenir cette quatrième licence révèlent bien les inquiétudes financières de vos actionnaires.

3) D'autant qu'ils ne comprennent pas toujours le soin que vous mettez à conserver deux tiers du capital d'Iliad. N'y a-t-il pas une contradiction entre vos grandes ambitions de développement et cette frilosité capitalistique ? La taille de l'entreprise ne risque-t-elle pas de peser sur sa croissance ? En clair, comment voyez-vous Iliad dans cinq ans ? Toujours seul ou marié avec un groupe du secteur ? D'ailleurs écartez-vous à jamais une association avec Bouygues Télécom ?

En vous remerciant de l'attention que vous voudrez bien porter à cette correspondance, je vous prie de croire, Monsieur Niel, à l'expression de ma plus haute considération.
par Georges Valance, chroniqueur au Journal des Finances