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Ces nouvelles Bourses qui cassent les prix

18/04/2009 00:00 - JDF

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Vous en avez marre des frais de courtage ? Intéressez-vous aux plates-formes alternatives ! Ces sociétés répondant aux noms barbares de Chi-X ou Turquoise ont fait des prix cassés leur marque de fabrique. C'est le résultat d'une véritable révolution, en cours depuis plus d'un an sur les marchés actions. Pour les professionnels, les prix sont imbattables. Pour les particuliers, les tarifs ne sont pas encore aussi bas car les offres sont récentes. Mais un client d'un courtier comme CPR Online ou Directa peut passer ses ordres directement sur une plate-forme multilatérale (voir lexique page 8). Comment expliquer ces tarifs plus bas ? Pourquoi ces nouveaux entrants arrivent-ils chaque mois à prendre des parts de marché aux places de marché traditionnelles, au premier rang desquelles Nyse Euronext ? La réponse : en jouant la carte du low cost, comme l'ont fait avant eux les compagnies aériennes ou les distributeurs. Le premier argument de ces nouvelles Bourses est sans contestation le prix de leurs services : l'exécution des ordres. « Chi-X est jusqu'à dix fois moins cher que les Bourses d'actions traditionnelles », clame la plate-forme sur son site. Son concurrent Bats Europe, filiale de la plate-forme américaine du même nom, se targue « d'améliorer les marchés », en promettant des « prix agressifs ». Le « big bang » de la directive MIF Cette bataille sur les prix est relativement récente et coïncide avec l'entrée en vigueur au 1er novembre 2007 de la directive européenne sur les marchés des instruments financiers (MIF). Depuis, les particuliers et leurs conseillers financiers sont censés mieux se connaître, grâce au questionnaire exhaustif que les premiers remplissent pour que les seconds puissent proposer des produits plus adaptés et... moins chers. La directive visait aussi à libéraliser le marché boursier, en supprimant la règle de la concentration des ordres. Les conseillers sont depuis lors amenés à rechercher la « meilleure offre possible » (best execution), même si elle se trouve sur un marché plus lointain, au Portugal ou en Finlande. « Au bout d'un an et demi, on peut dire que cet objectif d'une baisse des prix pour les particuliers a bien été atteint. Les nouvelles plates-formes proposent des prix bien inférieurs à ceux pratiqués par les acteurs traditionnels, qui sont du coup obligés de réagir à ces concurrents et de baisser également leurs tarifs », remarque Alain Pithon, directeur général de l'Association française de la gestion financière (AFG) (lire l'entretien page 8). Une technologie de pointe Ces nouvelles plates-formes, dont trois acteurs se taillent actuellement la part du lion (Chi-X, Turquoise et Bats Europe), ont toutes été lancées - et d'autres le seront - pour profiter directement des possiblités offertes par la directive MIF. Le courtier Instinet, lui-même filiale de la banque japonaise Nomura, a lancé sa plate-forme Chi-X en mars 2007, quelques mois avant la date fixée pour la mise en application de la directive. La naissance de son concurrent Turquoise avait été annoncée par ses neuf parents (les banques d'investissement mondiales BNP Paribas, Société Générale, UBS, Deutsche Bank, Merrill Lynch, Goldman Sachs, Citigroup, Credit Suisse et Morgan Stanley) dès novembre 2006, mais il a réellement ouvert ses portes fin septembre 2008. Et Bats Europe a suivi un mois après. En utilisant une « technologie de haut niveau », comme le souligne Bats Europe dans son slogan commercial, ces nouvelles platesformes misent sur l'automatisation. Ne disposant ni d'une salle de négocation ni de locaux importants ou de grandes équipes de soutien aux investisseurs, leurs effectifs se comptent en dizaines d'employés, là où les Bourses traditionnelles emploient plusieurs milliers de personnes. Elles ont donc des coûts fixes moins importants. Ce qui ne les empêche pas de proposer en même temps une offre plus large, avec un accès à de nombreuses places européennes. Chi-X propose par exemple d'opérer dans 13 pays, alors que Turquoise donne accès à 15 marchés différents. Faire du volume Reste que proposer des prix bas ne suffit pas à faire tourner la machine. Le souci des nouvelles plates-formes boursières est d'attirer suffisamment de clients passant des volumes d'ordres significatifs, pour que leur activité reste rentable. Malgré la crise financière conduisant à une baisse significative des volumes traités sur toutes les Bourses mondiales Bats Europe, comme Chi-X, sont déjà arrivées à se faire une « place au soleil ». Turquoise avait dès le début un avantage comparatif important, grâce à ses actionnaires qui sont tous des réseaux bancaires de taille mondiale. Pour convaincre de plus en plus de participants, les nouveaux marchés adaptent leur tarification en fonction du type d'ordre passé. Retirer de la liquidité coûte de l'argent, alors que la plate-forme peut vous rémunérer si vous en apportez. Ce système d'une simplicité rare change des pratiques des Bourses historiques. Ces dernières ont pris pour habitude de n'accorder des rabais qu'à leurs meilleurs clients. Leurs tarifs relèvent souvent du casse-tête, et certains intervenants peuvent s'estimer désavantagés. Autre atout, ces nouvelles places n'hésitent pas à proposer les cours de Bourse en temps réel et de manière totalement gratuite. Cette pratique va également à l'encontre des habitudes des Bourses traditionnelles qui font payer ce service à un prix élevé. Un vrai travail de comparaison et de tri Les courtiers ont fait leurs calculs. Proposer l'accès à Chi-X ou à Turquoise demande un travail de comparaison, mais cela peut s'avérer une bonne affaire. Certains intérmédiaires ne répercutent d'ailleurs pas totalement les prix plus bas à leurs clients particuliers. N'hésitez pas alors à leur demander des explications sur la composition de leurs tarifs. Pour les institutionnels, la situation est différente. Si les plates-formes sont capables d'exécuter les ordres souvent plus rapidement et à des prix inférieurs, cela ne suffit pas toujours à les séduire. « Le prix est un argument, mais ce n'est pas le seul. Ce qui est important pour eux, c'est surtout d'avoir une bonne liquidité », explique Jean de Castries, directeur général d'Equinox Strategy. « De ce point de vue, les marchés historiques ont un avantage », souligne le spécialiste. En revanche, certains intervenants, dont l'AFG, s'interrogent sérieusement face à la profusion de plates-formes. Ne risque-t-on pas d'arriver à un éclatement de la liquidité ? Et quel est le vrai prix d'une action quand il peut varier d'un endroit à un autre ? Des questions que l'on est en droit de se poser aujourd'hui et dont les réponses ne viendront qu'avec le temps. Les plates-formes ne restent cependant pas inactives. Conscientes de la limite de la politique des prix, elles s'apprêteraient à se lancer dans les services. « Chi-X ou encore Bats envisagent de proposer la diffusion d'informations », indique Jean de Castries. De nouveaux services voient aussi le jour sous l'impulsion des courtiers ou des éditeurs de logiciels. Ainsi, GL Trade a par exemple élaboré un système pour qu'un ordre soit automatiquement exécuté sur la meilleure place. Une des questions essentielles demeure le nombre d'acteurs qui resteront après l'effervescence initiale. « C'est très difficile à prévoir. L'environnement actuel est tellement particulier. Je ne peux pas dire combien d'acteurs resteront d'ici quelques années », explique encore Jean de Castries. Si la prudence est bien évidemment de mise, nous nous risquons à prévoir la disparition de quelques intervenants. Sur cette liste devrait se trouver la plate-forme Nasdaq OMX, lancée en octobre 2008 et qui ne parvient pas à percer. Sa part de marché n'est aujourd'hui que de 0,1 % sur les actions du CAC 40. Un chiffre très loin des attentes de ses promoteurs. Et le temps joue contre la plate-forme : moins il y a de volume, moins les intervenants se montrent intéressés. La politique des prix ne réussira pas à tout le monde.
DOSSIER RÉALISÉ PAR ANNELOT HUIJGEN ET OLIVIER AUBERGER (SUITE PAGE 8)