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Les grands semenciers font le pari des OGM

10/04/2009 00:00 - JDF

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Il y a un an jour pour jour, l'opinion publique internationale s'alarmait de la flambée des cours des matières premières agricoles et du « choc alimentaire » provoqué. Une récolte et un an plus tard, les inquiétudes semblent apaisées alors que les problèmes de fond n'ont pas été résolus. Certes, l'année 2008 s'est avérée exceptionnelle pour l'agriculture, avec des rendements élevés pour le blé, le maïs et le soja. Les bonnes récoltes ont été favorisées par un climat favorable (un hiver doux, pas de sécheresse ni d'inondation), un accès facile au crédit pour les agriculteurs et un recours plus important aux espèces OGM (organismes génétiquement modifiés) en Chine et en Amérique latine. « Ces éléments conjoncturels n'ont toutefois pas suffi à ramener les stocks mondiaux de céréales à un niveau satisfaisant sur le long terme », indique Nicolas Fragneau, gérant de CAAM Funds Global Agriculture. Le niveau actuel des stocks, qui correspondait en février 2009 à 20 % à peine de la demande annuelle mondiale, est en tout cas insuffisant pour faire face à une nouvelle année de mauvaises récoltes. Or « les facteurs bien orientés de 2008 ne sont plus d'actualité », poursuit Nicolas Fragneau. Le continent sud-américain et la Chine du Nord souffrent de problèmes de sécheresse qui devraient affecter les récoltes. Victimes de la crise, les agriculteurs ont eu des difficultés à trouver les financements nécessaires pour faire fonctionner leurs exploitations.

Des récoltes aléatoires, des besoins croissants
Au plan mondial, il faut donc s'attendre à une baisse de la production et voir repartir à la hausse le cours de certaines matières agricoles dans les prochaines semaines. La sécheresse en Amérique du Sud affecte le soja, dont le cours a rebondi de 20 % depuis le début de l'année. Dans sa dernière lettre hebdomadaire, parue le 6 avril, Agritel confirme que les problèmes climatiques sur le continent américain persistent « hypothéquant également les récoltes de maïs ». La vague de froid qui sévit aux Etats-Unis ainsi que les pluies abondantes ravivent les craintes sur le blé.
Si les récoltes varient d'une année sur l'autre, la demande de céréales a plutôt tendance à augmenter. D'une part, parce que la population mondiale ne cesse de croître, pour doubler d'ici à 2050. Et d'autre part, parce que la croissance économique dans les pays émergents s'accompagne de changements dans les habitudes alimentaires. En Chine, par exemple, la classe moyenne consomme de plus en plus de protéines d'origine animale. Ce qui suppose une consommation accrue de céréales destinées à l'élevage.
A l'horizon 2050, il faudrait doubler la production agricole pour satisfaire les besoins alimentaires de la planète. Ce qui semble impossible compte tenu de la réduction des surfaces cultivables disponibles dans le monde. Un phénomène accentué par une urbanisation croissante dans les pays émergents et par le réchauffement climatique. En Europe, des efforts ont été faits fin 2007, avec la suppression des jachères qui concernaient 3,8 millions d'hectares sur les 185 millions d'hectares de surfaces agricoles disponibles dans l'Europe des Vingt-Cinq. Autant dire que cette décision n'a eu qu'un impact marginal.
Si l'on ne peut planter plus, il faudra planter mieux. Ce qui implique le recours à une agriculture plus performante, avec l'utilisation croissante de semences commerciales, d'engrais et de produits de protection des plantes plus efficaces. L'objectif étant d'accroître les rendements.
Estimé à 34 milliards de dollars en 2007, le marché mondial des semences commerciales progresse de façon régulière, avec un taux de croissance annuel de 5 % aux Etats-Unis, par exemple. Cette croissance évolue de pair avec l'amélioration des revenus des agriculteurs. Une aubaine pour les grands semenciers mondiaux tels que Monsanto, Pioneer (filiale de Du Pont de Nemours) ou Syngenta.
Les OGM, un « mal » nécessaire
Mais l'évolution majeure se situe ailleurs. Car, progrès de la science aidant, ces grands groupes se sont lancés au milieu des années 1990 dans l'aventure des OGM. Cette modification génétique des semences répond en effet parfaitement aux impératifs d'accroissement des rendements. Plus résistantes aux maladies et nécessitant un recours moindre aux insecticides, herbicides ou autres fongicides, ces semences ont connu une explosion rare ces dernières années. Entre 1997 et 2007, les surfaces agricoles dédiées à la culture d'OGM ont augmenté en moyenne de 51 % par an. Et ce malgré toutes les polémiques engendrées par leur utilisation. Aujourd'hui, on estime à 125 millions le nombre d'hectares plantés en semences génétiquement modifiées. C'est plus de la moitié du soja produit dans le monde, un quart des récoltes de maïs et un cinquième de la production de colza. Les surfaces cultivées devraient progresser encore de 12 % par an d'ici à 2013.
Jusqu'à présent, c'est Monsanto qui a le plus profité du boom de ce marché. Le groupe américain a été le pionnier en matière de commercialisation de traits OGM. Pioneer et Syngenta ont également développé leurs propres traits, mais tous les semenciers en proposent à leurs clients. Ils ont pour la plupart des accords de licence avec Monsanto, à qui ils reversent ensuite des royalties.
Pour un groupe comme Monsanto, l'intérêt est double. D'un côté, il vend des semences OGM (non réutilisables à la deuxième génération) à un prix deux fois supérieur à celui des semences classiques. De l'autre, il commercialise des désherbants sélectifs adaptés à ces semences. Ce qui oblige les agriculteurs à s'approvisionner auprès d'un seul fournisseur.
Dans ce contexte, pas question de se laisser distancer dans la course à l'innovation. La recherche-développement pour ces groupes reste le nerf de la guerre, Monsanto y consacrant par exemple 1 milliard de dollars par an. L'américain n'exclut d'ailleurs aucune piste pour profiter des dernières avancées scientifiques et faciliter la création de nouvelles variétés. Le ciblage moléculaire, parmi les techniques les plus modernes de la biotechnologie, est actuellement une des pistes favorites de recherche. Et les partenariats pourraient se multiplier. La signature d'un accord de 1,5 milliard de dollars en mars 2007 avec BASF pour la mise au point de semences résistant à la sécheresse constitue de ce point de vue une étape majeure. Les deux groupes espèrent obtenir rapidement le feu vert des autorités sanitaires américaines pour la commercialisation.
DOSSIER RÉALISÉ PAR OLIVIA DERREUMAUX ET CATHERINE REKIK (SUITE PAGE 12)