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Le long terme, il ne faut surtout pas perdre de vue le long terme. S'il y a un seul message que Patrick Sayer, président du directoire d'Eurazeo, aimerait faire passer, ce serait celui-là .
« Nous avons un horizon d'investissement moyen de cinq ans. C'est au bout de cette période qu'on pourra juger nos investissements. Les valorisations actuelles des sociétés de portefeuille, et d'Eurazeo même, ne reflètent absolument pas leur valeur réelle », avance-t-il. Une affirmation qui s'illustre parfaitement par la comparaison du cours de Bourse et de l'actif net réévalué (ANR) de la société, qu'elle a décidé de republier cette année. L'ANR ressort à 53,40 euros par action à fin décembre 2008 et à 44,60 euros au 24 mars dernier, alors que le cours tourne actuellement aux alentours de 20 euros. Quant aux fonds propres, ils s'élèvent à 3,9 milliards d'euros, ce qui revient à 74 euros par action. Comme tout le secteur financier, les sociétés de capital-investissement, qui rachètent des entreprises pour les recéder après restructuration, souffrent depuis que les marchés sont bloqués et que la dette est devenue un élément supect. La crise financière se traduit directement dans les comptes d'Eurazeo par près de 350 millions d'euros de dépréciations et d'amortissements d'écarts d'acquisitions. Le résultat en est une perte annuelle de 61 millions, alors que les profits avaient atteint 901 millions en 2007.
« Notre modèle fait ses preuves », estime néanmoins Patrick Sayer, ajoutant qu'Eurazeo peut se permettre de proposer le même dividende que l'année dernière. Avec un dividende de 1,20 euro (payable en numéraire ou en actions), le titre offre aujourd'hui un rendement de 6 %. Si la société n'est pas très fière de son résultat net, elle se félicite d'avoir dépassé en 2008, pour la première fois de son histoire, la barre d'un chiffre d'affaires de 4 milliards d'euros (+ 35 % en données publiées).
« Le chiffre d'affaires a été multiplié par six depuis 2005, soit une progression annuelle moyenne de 80 %», souligne le président du directoire.
Passage difficile pour le capital-investissement « La société a changé assez fondamentalement depuis que je suis arrivé », rappelle Patrick Sayer. Sept ans bientôt que ce quinquagénaire souriant a échangé le costume de banquier d'affaires chez Lazard pour celui de gérant d'une société de capital-investissement. Un groupe, alors connu sous le nom de Gaz et Eaux, dont il avait, dans sa fonction précédente, lui-même contribué à élaborer la stratégie d'investissement. Quand Eurazeo était une holding de participation, destinée à accompagner les grands clients de Lazard, une réorientation stratégique s'est opérée vers le capital-investissement. Le tout motivé par l'état du marché au début des années 2000 : les cours de Bourse avaient atteint des niveaux bas, beaucoup de sociétés avaient des actifs à vendre mais ne trouvaient pas d'acquéreurs parmi les industriels. Une situation qui pourait bien se reproduire, lorsque la crise se sera un peu calmée.
« Il ne faut pas vouloir avoir raison trop tôt, mais sentir d'abord que nous avons réellement atteint un point bas, ce qui n'est pas encore le cas », explique Patrick Sayer, indiquant qu'Eurazeo envisage pour le moment plutôt d'investir de façon minoritaire dans des sociétés à court de financements.
Peu d'opérations en 2008 « Nous avons le temps, à la fois pour réaliser des investissements et des cessionsÂ
», ajoute le dirigeant. L'année 2008 n'a pas été marquée par des opérations de taille importante, comme cela avait été le cas en 2007. Eurazeo avait notamment sorti les sociétés Fraikin et Eutelsat de son portefeuille, ce qui lui avait rapporté 604,4 millions d'euros de plus-values après impôts. Le groupe a, en revanche, cherché à optimiser sa structure financière, en cédant partiellement, pour près de 210 millions d'euros après impôts, ses participations dans les
« activités non stratégiques »que sont Veolia, Air Liquide et Danone. A l'exception du distributeur de matériel électrique Rexel (en léger recul de 0,1 %), le chiffre d'affaires de toutes les sociétés du portefeuille a été positif en 2008 : le taux de croissance varie de 0,5 %, pour la société de location de véhicules Europcar, à 11 %, pour la foncière ANF.
« Toutes les sociétés se sont employées à préserver leurs marges, même dans le contexte de crise, en renforçant le contrôle des coûts ou en améliorant le mix produits », explique Patrick Sayer, heureux que le groupe ait toujours poursuivi une politique de répartition des actifs. Si les activités continuent dans l'ensemble à résister - Rexel, Europcar et le gestionnaire de parkings Apcoa étant les plus sensibles à la dégradation du contexte économique -, Eurazeo est tout de même obligé d'enregistrer des dépréciations supplémentaires au titre d'Apcoa (76,8 millions d'euros). Il comptabilise aussi des écarts d'acquisitions pour cette entreprise, ainsi que sur la société de location-entretien Elis (70,4 millions). De même, Eurazeo a décidé de déprécier totalement, cette fois, son investissement, au côté de Colony, dans Station Casinos. Par prudence, il provisionne aussi son investissement indirect dans Carrefour, réalisé par le fonds Colyzeo II (53,3 millions).Autre investissement pour le moment plutôt malheureux, celui dans le groupe hôtelier Accor, car la baisse du titre a conduit Eurazeo à apporter des fonds pour éviter des appels de marge.
« Toutes les sociétés ont des ratios d'endettement maîtrisés et respectaient leurs covenants
bancaires au 31 décembre 2008. Sur la base des budgets mis en place, nous ne prévoyons pas de difficultés dans un avenir proche », précise Patrick Sayer. Point important, souligne-t-il,
« il y a une étanchéité parfaite entre Eurazeo et ses sociétés filiales », la société mère n'ayant pas de dette structurelle. Le groupe a une capacité d'investissement importante, de 1,6 milliard d'euros, dont une ligne de crédit de 1 milliard
« complètement utilisable », et ce sans conditions, précise le dirigeant. Et d'ajouter qu'Eurazeo se concentrera plus encore sur la gestion de son portefeuille
. « Nous ferons tout pour passer d'abord le cap Horn », conclut le dirigeant, par ailleurs fan de bateau.
NOTRE CONSEILNous recommandons toujours d'acheter le titre Eurazeo (code : RF, Comp. A, SRD), qui a beaucoup reculé ces derniers temps, mais uniquement dans un objectif de long terme. La perte nette est due à des dépréciations et des provisions qui peuvent être compensées dans les mois à venir.