«En l'espace de sept ans, les fonds propres de la société ont été multipliés par 20»

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En dehors des événements qui ont secoué les marchés financiers, le résultat fondamental pour Maurel & Prom n'apparaît pas dans les comptes. Il s'agit de l'augmentation de 67 % du montant des réserves prouvées et probables de la société sur l'année (210 millions de barils), montant qui représente le véritable instrument de mesure de notre performance.
Nous disposons ainsi de neuf années de production sur la base des réserves prouvées, et de dix-neuf années en incluant les réserves probables.
Parallèlement, la croissance de la production s'est avérée honorable, bien qu'elle ait eu lieu en Colombie, grâce à des gisements cédés aujourd'hui. Par ailleurs, le début de l'année 2009 a été marqué par une combinaison exceptionnelle d'éléments favorables. Le champ d'Onal, situé au Gabon, a été mis en service. Et il s'agit d'une prouesse technique car il est totalement isolé dans la forêt équatoriale, et sa mise en exploitation s'est révélée aussi complexe que celle d'un gisement en offshore profond.
Ensuite, la cession de nos actifs colombiens en activité (réunis dans la société Hocol) a été réalisée à un prix générant un résultat économique de plus de 100 % par rapport au prix d'achat. Et ce malgré la crise. Le montant de la transaction s'élève à 748 millions de dollars, auxquels s'ajoutent 196 millions de dividendes déjà perçus et un montant supplémentaire potentiel de 100 millions. Le tout en ayant conservé des actifs au Venezuela, en Colombie, au Pérou et, potentiellement, au Brésil.
Enfin, notre récente découverte au Gabon, dans un gisement satellite à celui d'Onal (Omoc), renforce notre optimisme.
Pouvez-vous nous rappeler la stratégie de Maurel & Prom ?
Maurel & Prom a un modèle économique relativement unique à Paris. Nous avons choisi délibérément d'opérer le plus en amont de la chaîne pétrolière, c'est-à -dire dans l'exploration. Une stratégie qui nous semble, au regard de notre taille, moins risquée et plus profitable. Elle consiste à concentrer toutes nos ressources sur la découverte de nouveaux barils et à financer nos recherches par la cession de champs développés.
Le résultat de cette stratégie est qu'en l'espace de sept ans les fonds propres de la société ont été multipliés par 20, pour atteindre au 31 décembre 2008 plus de 1 milliard d'euros.
Le coût historique de nos découvertes est inférieur à 2 dollars par baril. Et nous espérons perpétuer ce modèle au cours des années à venir. Nous disposons des moyens humains - notre équipe s'est renforcée de jeunes ingénieurs -, financiers - grâce à la cession d'Hocol -, et du domaine minier (plus de 60.000 km2 à explorer). Un domaine que nous avons sélectionné et sur lequel nous avons mis en évidence sept cibles qui, en cas de résultat positif, changeraient sensiblement le profil du groupe.
Quels sont-elles ? Et quel est votre programme d'exploration pour l'année en cours ?
Nous avons deux prospects au Gabon : l'un est constitué des satellites d'Onal, l'autre se situe dans une zone encore totalement vierge ; deux autres en Colombie (que nous allons forer au cours de la seconde partie de l'année) ; deux en Tanzanie, dont l'un, Mafia, qui contient du gaz, pourrait radicalement transformer le groupe ; et, enfin, le prospect du Pérou qui sera foré mi- 2010. Les résultats des forages d'appréciation du champ d'Omko seront connus d'ici à la fin du mois d'avril.
Combien allez-vous consacrer aux investissements cette année ?
Le budget d'exploration a été fixé pour l'heure à 139 millions de dollars, contre 322 millions l'année dernière, crise oblige. Mais ce montant pourrait être révisé à la hausse à la fin du printemps en fonction de l'appréciation des nouvelles découvertes.
Nous allons également consacrer 135 millions de dollars dans le développement des gisements gabonais d'Onal et d'Omko. Notre objectif est d'atteindre une production de 25.000 barils par jour (soit 18.000 pour la part nous revenant) à la fin de l'année.
Vous avez indiqué que le conseil allait réduire le montant du dividende à un niveau compris entre 0,25 et 0,4 euro par action (contre 1,20 l'an dernier). Pourquoi ?
Avec la crise financière, les banques ont cessé de prêter. Notre capacité d'emprunt, qui s'élevait encore à environ 800 millions de dollars l'été dernier, est ainsi tombée à 260 millions en fin d'année. La dégringolade des marchés financiers rend, d'autre part, incertaine toute levée de fonds. Le « cash » est devenu une véritable variable stratégique.
Or nous disposons de beaux projets de développement et la crise offre de surcroît des opportunités d'investissement. De nombreuses petites sociétés devraient se retrouver étranglées financièrement. Dans ces conditions, distribuer un dividende de 1,20 euro n'aurait pas de sens, d'autant que cela entraînerait mécaniquement une correction de notre cours de Bourse. Nous redevenons une société de plus-values, après avoir joui un temps du statut de valeur de rendement. Rappelons néanmoins qu'un tiers du produit de la cession de M'Boundi a été reversé aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d'actions (335 millions), 450 millions d'euros ont été consacrés au développement d'Onal, et le solde aux campagnes d'exploration et au remboursement de nos emprunts.
PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE SOUBIRAN
