Archives Journal des Finances

«Wendel doit retrouver vite sa cohésion familiale»

28/03/2009 00:00 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur

-

 
Le Journal des Finances : L'année 2008 a-t-elle été difficile pour Wendel ?
Jean-Bernard Lafonta : Tout le monde connaît la profondeur de la crise financière. Mais, dans cet environnement dégradé, Wendel a vu le bénéfice net des activités part du groupe, c'est-à-dire la contribution cumulée du résultat de chacune de nos participations, progresser de 10 %, à 395 millions d'euros. C'est le double du résultat d'il y a seulement cinq ans et l'illustration de la profonde transformation du groupe.
Oui, mais il faut tenir compte aussi des dépréciations financières...

L'application des normes IFRS nous a conduits à déprécier de 555 millions d'euros la valeur de nos actifs. Dans le même temps, nous avons enregistré des plus-values de cession. Si bien que le résultat exceptionnel est négatif à hauteur de 292 millions d'euros. Et, in fine, le bénéfice net part du groupe de Wendel ressort à 158 millions d'euros. Ce qui nous permet de proposer le versement d'un dividende de 1 euro par titre.
Avec des résultats qui résistent bien à la crise, pourquoi partir ?

Mon mandat de président du directoire arrivant à échéance dans deux mois, j'ai pris la décision de ne pas en solliciter le renouvellement. Dans un contexte de crise, les entreprises ont besoin d'avoir à leurs côtés un actionnariat stable, avec une vision long terme, et un soutien plein, actif et responsable du management, et c'est ce dont le groupe Wendel doit pouvoir bénéficier, avec un actionnariat familial historique ressoudé. Dans ces conditions, j'ai prévenu Ernest-Antoine Seillière, il y a environ trois semaines, que je préférais partir ; c'était la seule décision responsable et je souhaite sincèrement que la cohésion familiale soit rapidement retrouvée car elle est indispensable pour que Wendel continue à mettre en oeuvre sa stratégie en toute sérénité dans les conditions de crise économique extrêmes que nous connaissons actuellement.
Les attaques personnelles dont vous avez été l'objet y sont-elles pour quelque chose ?

Comme je vous l'ai dit, l'essentiel pour moi était de pouvoir compter sur un actionnariat de référence en ligne avec la stratégie, surtout pendant la crise économique que nous traversons. Certes, ce n'est pas agréable de se faire traîner dans la boue injustement, comme les différentes décisions de justice l'ont démontré. Mais mon départ n'est pas une question d'honneur personnel. J'ai juste tiré la conclusion du fait que les actionnaires familiaux de Wendel n'étaient pas solidaires, condition d'une mise en oeuvre efficace de notre stratégie de long terme.
On vous reproche beaucoup la conduite de l'opération Saint-Gobain...

C'est vrai que, compte tenu de la crise boursière, l'opération a été engagée à un mauvais moment et je le regrette. Je suis persuadé que Saint-Gobain est un très beau groupe, avec des positions de marché puissantes. En 2008, Saint-Gobain, déduction faite de toutes les charges financières, a contribué à hauteur de 100 millions d'euros à nos bénéfices.
On vous accuse aussi d'avoir refait de
Wendel une holding d'actifs cotés.

Détenir aujourd'hui 80 % d'actifs liquides quand plus personne ne parvient à se procurer des liquidités, quand tous les fonds de private equity se trouvent coincés avec des participations non cotées, est un atout. Notre souci n'est pas d'être un actionnaire exclusif, mais un actionnaire engagé. Que BureauVeritas soit coté, que Legrand soit coté, que Stallergènes le soit aussi, de même que Saint-Gobain naturellement, peu importe, dans la mesure où notre pouvoir d'influence s'y exerce de manière efficace pour ces entreprises.
Et comment se traduit cette influence dans une année pleine d'incertitudes ?

Nous avons mobilisé l'ensemble des équipes afin qu'elles mettent en oeuvre des plans d'adaptation qui devraient se traduire par des économies cumulées de 1,5 milliard d'euros en 2009, après 1,3 milliard en 2008. Parallèlement, nous allons engager une réflexion avec nos partenaires financiers afin de donner plus de flexibilité à Materis et à Stahl, deux sociétés qui souffrent dans cette crise. Cela est responsable, et dans l'intérêt de ces entreprises et de leurs banques.
On dit Wendel aux abois sur le plan financier .

Vous plaisantez : notre bilan affiche 1,9 milliard d'euros de liquidités, dont 1 milliard de cash disponible. Par ailleurs, l'essentiel de nos financements est de type obligataire, avec un coût moyen de 4,8 %. Compte tenu des spreads constatés sur le marché de la dette d'entreprise, notre dette est devenue un placement intéressant et je ne vous cache pas qu'il s'agit d'un gisement de création de valeur que nous chercherons à matérialiser.
Alors, que vaut vraiment Wendel ?

Des travaux menés par des experts indépendants, selon une méthodologie constante, font ressortir une valeur d'actif net réévalué de 22 euros par action. C'est une valeur conservatrice par rapport au consensus établi par la plupart des analystes. En termes boursiers, l'action Wendel est revenue au niveau où elle était lorsque je suis arrivé dans ce groupe, avec un indice CAC 40 qui a évolué de la même manière. Il n'y a donc pas eu de sous-performance relative. Et, pendant toute cette période, les actionnaires ont reçu au total 1,7 milliard d'euros sous forme de rachat d'actions ou de dividendes. Par ailleurs, le groupe a réalisé en sept ans 4,4 milliards d'euros de cessions et 4 milliards d'acquisitions. Ce qui a permis de créer au total plus de 2,1 milliards d'euros de valeur.
Vous partez avec un beau chèque ?

Non, je suis opposé à toute forme de parachute doré. Je pars de mon plein gré, et fier de laisser un groupe capable de traverser une crise financière aussi violente. Je pars aussi en conservant 1,8 % du capital de Wendel. Ce sont là des titres que je n'ai pas eu en cadeau, mais que j'ai achetés en 2007 à un prix supérieur au cours actuel et en m'endettant, donc en assumant totalement le risque actionnarial.
Qu'allez-vous faire maintenant ?
Prendre des vacances et m'occuper de ma famille. Ensuite, les périodes de crise sont celles qui fournissent le plus d'opportunités financières et industrielles.
Un peu amer ?
Non, je ne regarde pas derrière moi. J'espère seulement pour Wendel, qui est un groupe magnifique et qui a plein d'atouts, qu'Ernest-Antoine Seillière arrivera à ressouder la famille autour d'un projet mobilisateur.





PROPOS RECUEILLIS PAR YVES DE KERDREL