La Chine en guerre contre le dollar
Le G 20, qui réunira le 2 avril prochain à Londres, les dirigeants des pays industrialisés et des économies émergentes, s'annonce animé. Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque Centrale de Chine a publié un essai lundi 23 mars, dans lequel il accuse indirectement les Etats-Unis d'être responsables de la propagation de la crise à l'échelle mondiale. Il pointe du doigt les méfaits du dollar et réclame l'adoption d'une nouvelle monnaie de réserve internationale, pour remplacer le billet vert. Pour lui, le système économique mondial actuel est trop influencé par la politique des Etats-Unis. «L'éclatement de la crise et son débordement dans le monde entier reflètent les vulnérabilités inhérentes et les risques systémiques dans le système monétaire international». Il réclame l'instauration d'un système placé sous les auspices du Fonds monétaire international (FMI). Pour M. Zhou, cette monnaie de réserve existe déjà. Ce sont les «droits de tirage spéciaux» (DTS). «On devrait étudier tout particulièrement comment donner un rôle plus important aux DTS» qui ont «le potentiel» pour devenir «monnaie de réserve supra-nationale», écrit-il.
Une idée qui fait son chemin
L'idée n'est pas nouvelle. C'est le milliardaire américain Georges Soros qui le premier avait évoqué le sujet en 2002. La Russie l'a reprise à son compte. Elle a même proposé que le sujet soit à l'ordre du jour du prochain sommet. Le Japon, qui est le deuxième détenteur de billets verts, avec près de 1000 milliards de dollars de réserves, pourrait également ne pas rester insensible à l'idée avancée par la Chine. Le FMI a également pris la proposition de la Chine très au sérieux. «C'est une proposition sérieuse. Je ne pense pas que ceux qui l'ont proposée la voient comme une question urgente, mais plutôt comme une question à long terme, qui mérite d'être étudiée et examinée sérieusement», a déclaré son directeur général adjoint, John Lipsky.
Ces «droits de tirage spéciaux», dont la valeur est liée à un panier de monnaie, ont été créés en 1969 comme avoir de réserve mondial par le FMI, pour compléter les réserves de ses pays membres alors que l'offre d'or et de dollars ne suffisait plus. Pour la Chine, ils apparaissent comme un moyen efficace de diversifier leurs colossales réserves de changes. En effet, avec une croissance à deux chiffres depuis plusieurs années (9,5 % par an en moyenne entre 1997 et 2004, et encore 6.5% prévus en 2009), les réserves chinoises ont grimpé en flèche et aujourd'hui on estime à plus de 2 000 milliards le montant de ces avoirs en dollars.
L'établissement «d'une nouvelle monnaie de réserve largement acceptée (...) pourrait prendre du temps», admet Zhou Xiaochuan. Mais «à court terme la communauté internationale et particulièrement le FMI devraient au moins (...) faire face aux risques résultant du système actuel, conduire des contrôles réguliers et des évaluations».
Un coup d'épée dans l'eau
Pour de nombreux observateurs, il y a peu de chances pour que cette demande aboutisse. Les réserves de dollars accumulés par la Chine lui permettent en effet, de conserver un taux de change stable (actuellement autour de 6,8) entre sa monnaie locale (le Renminbi) et le dollar. Un taux largement sous évalué qui permet à la Chine de rester très compétitive, favorisant les exportations vers les Etats-Unis. Les deux pays ont donc tout intérêt à ce que la situation reste en l'Etat. La Chine y gagne en finançant ses exportations. En échange, les américains conservent leur pouvoir d'achat, en achetant des produits bon marché. Si des pays comme la Chine, le Japon ou la Russie devaient délaisser leurs avoirs en dollars pour un panier de devises, cela se traduirait par une chute du dollar qui rendrait moins compétitive la Chine. Selon le Centre d'études prospectives et d'informations internationales, une dépréciation de 25 % du dollar se traduirait par une perte de 5,7 points de PIB pour la Chine. Mais en entretenant un Yuan sous évalué la Chine courre un autre risque : celui d'importer de l'inflation.
La réclamation du gouverneur de la Banque de Chine n'est peut-être pas à prendre au pied de la lettre, mais plutôt comme un avertissement adressée aux Etats-Unis. Les chinois ont très mal pris le rachat massif par la Réserve fédérale la semaine dernière, de bons du Trésor américains. Elle a encore annoncé ce mercredi matin qu'elle allait acheter encore des obligations du Trésor américain à l'occasion d'enchères de sa branche à New York. En faisant tourner la planche à billets, la Fed fait baisser les taux et la valeur des avoirs chinois en dollars s'en trouve ainsi diluée. Malgré une croissance encore soutenue, la Chine doit elle aussi faire face au ralentissement. Au mois de février, les exportations chinoises ont dégringolé de 25,7% sur un an.
Mais l'administration Obama ne semble pas se laisser impressionner par la mise en garde de la Chine. «Je ne crois pas à la nécessité d'une monnaie mondiale» indiquait mardi matin, le locataire de la Maison Blanche lors d'une conférence de presse. «En ce qui concerne la confiance dans l'économie américaine ou dans le dollar, je ferais remarquer que le dollar est extraordinairement fort en ce moment. Et la raison pour laquelle le dollar est fort en ce moment, c'est parce que les investisseurs considèrent que les Etats-Unis ont l'économie la plus forte du monde, avec le système politique le plus stable du monde», a ajouté Barack Obama. Même discours chez Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor américain, qui affirmait mercredi : le dollar reste la monnaie de réserve de référence, et je pense qu'il devrait continuer de l'être longtemps".
Les placements hasardeux de Pekin
Fin 2008, les réserves chinoises s'élevaient à 1950 milliards de dollars, soit 27,3 % de plus que l'année précédente, une progression sans commune mesure avec celle de 43,3% enregistrée en 2007, selon les chiffres de la Banque populaire de Chine (PBOC), la banque centrale chinoise.
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