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Vers un retour du baril de pétrole à 100 dollars ?

21/03/2009 00:00 - JDF

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S'il existe un domaine suscitant des débats controversés, c'est bien celui du pétrole. La quasi-unanimité qui ressort aujourd'hui quant à l'évolution des cours tout au long de l'année relève donc de l'exception.
Mais, au regard du repli attendu de la demande cette année, difficile d'envisager autre chose que des cours sous pression, oscillant dans une bande large comprise entre 40 et 50 dollars le baril.


L'Agence internationale de l'énergie (AIE) table en effet pour 2009 sur un repli de la consommation mondiale de l'ordre de 1,6 %, à 84,4 millions de barils par jour, après un recul de 0,3 % l'an dernier. Une estimation qu'elle devrait encore abaisser à la suite des nouvelles prévisions de croissance mondiale que le FMI établira au mois d'avril. Cette situation est inédite depuis plus d'un quart de siècle.
Si l'automobiliste occidental a tout lieu de se montrer satisfait aujourd'hui, il ne faut pas pour autant crier victoire trop tôt. Un rebond vers le seuil des 100 dollars le baril à un horizon de quelques années apparaît en effet comme une hypothèse crédible à de nombreux observateurs. Une opinion qui fait débat.
Possible retour des tensions sur l'offre
« La crise économique et le choc sur les prix intervenu l'année dernière vont avoir pour effet de réduire la pente de la tendance haussière des cours, mais ils ne la remettront pas en cause Â», prédit ainsi Frédéric Lasserre, responsable de la recherche matières premières à la Société Générale. « Un retour vers les 100 dollars prendra plus de temps, au moins trois ans, mais un tel niveau de prix permettra à la fois de stimuler les investissements dans les zones les plus difficiles d'accès et, parallèlement, de maintenir les efforts nécessaires en matière d'efficacité énergétique, et donc de réduction de la consommation Â», renchérit-il.
Une analyse que partage Guy Maisonnier, économiste à l'Institut français du pétrole (IFP), qui ajoute deux conditions : « La demande doit être bien gérée, il faut que les comportements des utilisateurs changent, et les investissements en matière de développement maintenus à un niveau raisonnable. Â» Auquel cas, les prix pourraient fluctuer selon lui entre 60 et 100 dollars. En revanche, dans l'hypothèse d'un retour de la croissance mondiale au rythme effréné qui prévalait avant la crise (autour de 5 % par an), « un nouvel emballement n'est pas à exclure, les mêmes causes produisant les mêmes effets Â», ajoute l'expert.
Les tensions sur l'offre, à l'origine de l'envolée des prix au cours de la première moitié de l'année dernière (que la spéculation n'a fait qu'amplifier), pourraient donc rapidement redevenir un sujet de préoccupation. Pour plusieurs raisons. Plus de la moitié des barils produits aujourd'hui proviennent de champs matures, frappés de déplétion. Or « les compagnies pétrolières ont investi massivement pour maintenir le plateau de production de ces gisements le plus longtemps possible Â», note Frédéric Lasserre, « du coup, leur taux de déclin s'avère beaucoup plus fort que prévu Â».
Les exemples sont nombreux, du champ géant de Cantarell au Mexique aux gisements russes, en passant par la mer du Nord. En conséquence, en prenant pour hypothèse une demande mondiale stable, ce sont entre 3 et 4 millions de barils par jour qu'il faut produire pour uniquement compenser le déclin naturel des champs (soit la production de l'Iran, quatrième producteur mondial d'or noir). Et si l'on ajoute à ce chiffre les barils nécessaires pour répondre à la croissance attendue de la consommation mondiale d'ici à 2030, c'est l'équivalent de six fois la capacité de production de l'Arabie Saoudite qu'il faudra extraire.
Cette situation impose donc des investissements gigantesques, d'autant que le pétrole n'est plus facile d'accès. Or, en raison de la crise financière et de la chute des cours, de nombreux projets pourraient être reportés, voire annulés, selon les déclarations publiques de certains pays producteurs. Pour l'heure, seuls des projets portant sur l'extraction de brut extra-lourd et sur l'exploration (l'Opep en a recensé 35) l'ont été officiellement. Mais certains pays rencontrent des difficultés pour financer leur développement. C'est le cas du Brésil, qui a fait de grandes découvertes en eaux très profondes, mais qui peine à trouver des ressources financières.
« Si cette période d'indécision dure quelques mois, les conséquences ne seront pas graves, note Frédéric Lasserre, mais si elle devait perdurer, le risque serait grand alors. L'arrêt des investissements se paie en effet cinq à six ans plus tard. Â»
Le report d'investissement est d'ailleurs la raison avancée par Christophe de Margerie, le directeur général de Total, pour ramener sa prévision de « plateau Â» pour la production mondiale à l'horizon 2015 à 91 millions de barils par jour (contre 95 millions préalablement). Selon le dirigeant, le facteur géopolitique devrait contraindre l'offre dans le temps, les pays producteurs désirant désormais s'assurer des recettes stables.
En attendant, la réduction des quotas décidée par l'Opep redonne de l'air au marché. Les capacités excédentaires s'élèveraient aujourd'hui à près de 7 millions de barils. Ce qui, selon Guy Maisonnier, « laisse un peu de temps pour relancer les projets Â». Sans compter les progrès technologiques permettant de récupérer toujours plus d'huile dans les réservoirs.
Vers un changement structurel de la consommation
Le pessimisme sur les prix n'est d'ailleurs pas partagé par tous. Certains observateurs mettent en avant les modifications structurelles de la demande, qui vont bien au-delà de la baisse provoquée par le ralentissement économique.
Selon eux, le pic atteint par les prix au mois de juillet dernier aurait transformé en profondeur les habitudes de consommation des ménages.
Les Américains (un litre d'essence sur deux raffinés dans le monde est consommé outre-Atlantique) ont par exemple abandonné leurs 4x4 ou autres pick up pour des modèles moins gourmands en essence, et « il n'y a pas de raison, même en période de reprise, qu'ils modifient leur comportement Â», indique Guy Maisonnier.
D'autre part, la nouvelle administration américaine, rejoignant en cela d'autres pays et notamment l'Europe (et ses trois fois « 20 Â»), a fait de l'efficacité énergétique un de ses chevaux de bataille. Son objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis de 80 % à l'horizon 2050 grâce au développement des énergies alternatives.
Reste l'attitude des pays émergents. Ce sont eux qui vont, en sortie de crise, soutenir la demande, Chine en tête. Une prise de conscience écologique pourrait-elle brider leur soif dévorante d'expansion, et donc de pétrole ?
Difficile à dire en l'état, mais Guy Maisonnier note néanmoins quelques points positifs : « La Chine investit beaucoup dans les nouveaux moyens de mobilité. Le pays a également pris conscience des enjeux des changements climatiques et, de manière plus prosaïque, cherche à limiter sa dépendance énergétique. Â» Mais, pour que la maîtrise de la consommation ne reste pas un voeu pieux, il faut désormais passer de la parole aux actes.
En attendant de mesurer d'hypothétiques progrès en la matière, les prix pourraient se caler sur les coûts marginaux d'exploitation les plus élevés, soit ceux des gisements de schistes bitumineux de l'Athabasca au Canada, dont le seuil de rentabilité est évalué aujourd'hui autour de 80 dollars le baril. De son côté, l'Opep estime à 75 dollars le niveau de cours requis pour investir.
De tels prix permettraient aux compagnies pétrolières d'engranger des liquidités gigantesques. Leurs titres, qui étaient restés de marbre face à la flambée des cours de l'été dernier, pourraient alors retrouver leur véritable statut en Bourse : celui de valeurs de fond de portefeuille servant des rendements attrayants grâce à des profits réguliers et importants. Les adeptes du risque et du frisson peuvent en revanche se positionner sur les valeurs parapétrolières, réputées pour leur volatilité et qui amplifient les variations des cours du baril.
DOSSIER RÉALISÉ PAR CHRISTOPHE SOUBIRAN (SUITE PAGE 16)