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Après plusieurs mois de tergiversations, la Réserve fédérale a finalement décidé d'étendre sa gamme d'outils non conventionnels aux achats de bons du Trésor. La décision a été prise à l'unanimité par les membres du Federal Open Market Committee. Pratiquant des taux directeurs compris entre 0 et 0,25 % depuis le mois de janvier, la Fed n'a d'autre choix que de brandir de nouvelles armes pour sortir les Etats-Unis du marasme économique. En achetant pour 300 milliards de dollars de bons du Trésor à deux et dix ans durant les six prochains mois, la Fed va revitaliser l'économie en abaissant mécaniquement leur taux et en stimulant ainsi le marché du crédit. De fait, les taux d'intérêt de nombreuses obligations d'entreprise et de prêts à la consommation sont indexés sur les emprunts d'Etat américains.
Cette mesure contribue à la dépréciation du dollar Juste après l'annonce de la Fed, les rendements des bons du Trésor à dix ans ont enregistré leur plus forte chute depuis 1962. Les marchés ont très bien accueilli la nouvelle, puisque le Dow Jones et le Nasdaq ont respectivement fini en hausse de 1,23 % et de 1,99 %. Génératrice d'inflation, cette nouvelle mesure a pesé sur le dollar. L'euro a ainsi signé sa plus forte progression en valeur depuis sa création, en 1999. Ce qui est vu d'un oeil tout à fait favorable par les exportateurs américains, déçus par les récents accès de vigueur du dollar. L'inflation induite par cette mesure permet également de réduire la valeur de la dette des ménages américains et de celle de l'Etat. Autre mesure choc décidée par la Banque centrale : les rachats de titres adossés à des crédits hypothécaires auprès de Fannie Mae et de Freddie Mac seront portés à 1.250 milliards de dollars, au lieu des 500 milliards initialement prévus.
« On ne peut exclure que dans les tout prochains mois le marché immobilier américain touche son point bas », considère Philippe Waechter, chez Natixis. Déjà, même s'il est prématuré de parler de reprise de l'immobilier, les mises en chantier de logements et les permis de construire enregistrés outre-Atlantique sont repartis au mois de février. Enfin, le nouveau programme Talf, destiné à faire redémarrer la titrisation des crédits à la consommation et aux petites entreprises, portera sur la bagatelle de 1.000 milliards de dollars. La Fed a également précisé qu'elle maintiendrait sa politique de taux proche de zéro pendant une période prolongée. Toutes ces mesures pourraient encore doubler, d'ici à septembre, la taille du bilan de la Fed, à 4.500 milliards de dollars, soit un tiers du PIB américain, contre moins de 1.000 milliards il y a un an.
Le bilan de la Fed devrait encore doubler Même si cette panoplie d'outils semble tout à fait appropriée pour soutenir la relance américaine, les économistes s'inquiètent du problème de la maîtrise de l'inflation une fois que l'activité repartira.
« C'est d'ailleurs sans doute l'une des raisons pour lesquelles la BCE hésite à acheter des emprunts d'Etat », indique Natacha Valla, économiste chez Goldman Sachs. Quant à la Fed, elle aura intérêt à inverser la vapeur de façon rapide pour éviter de fortes pressions inflationnistes. Mais, pour l'heure, c'est au contraire pour lutter contre les anticipations de déflation que la Fed agit.