Les cartes de crédit, talon d’Achille des banques
Les Américains croulent sous les dettes. Invités au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 à faire acte de patriotisme en sortant et en consommant, les américains ont peut-être un peu trop pris au pied de la lettre, la recommandation du Président Bush. Comme leurs revenus réels stagnaient et que leurs économies étaient quasi-inexistantes, ils ont emprunté à tour de bras, collectionnant jusqu'à six cartes de crédit par foyer. Les organismes de crédit peu regardants sur la solvabilité de l'emprunteur, ont distribué sans compter. Plutôt que de fixer des mensualités en fonction des revenus de l'emprunteur, ils ont gagés les emprunts sur la valeur des maisons. Grâce à ce subterfuge, l'encours total des prêts revolving aux particuliers a plus que doublé aux Etats-Unis depuis 1996, pour atteindre près de 1 000 milliards de dollars. Mais dans le même temps, leurs revenus ont stagné. Le salaire moyen n'a progressé que de 4% depuis 1999. Tout allait bien tant que les prix de l'immobilier affichaient des croissances annuelles à deux chiffres. Entre 2001 et 2006, la hausse de 80% du prix de la pierre a ainsi permis aux ménages américains de souscrire pour 250 milliards de dollars de crédits revolving supplémentaires.
Mais lorsque l'immobilier s'est retourné en juin 2006, le système s'est écroulé comme un château de cartes. Comme le résume Robert Manning, professeur de finance au Rochester Institute of Technologie et auteur du livre Credit Card Nation, «On ne peut pas défier les lois de la gravité économique trop longtemps, et notamment faire croire que la capacité d'endettement des ménages augmente alors même que leurs revenus stagnent».
Avec la crise, les taux de défaut de paiement sur les cartes de crédits explosent : 25 milliards de dollars en 2007, le double en 2008 et au moins 100 milliards cette année. L'indice Fitch Credit Card publié mardi fait apparaître un taux d'impayés au bout de 60 jours qui a atteint 4,04%, après 3,75% en décembre. Cet indice a bondi de près d'un quart sur les trois derniers mois, a rappelé l'agence. «Les derniers chiffres laissent présager des taux de défaut encore plus élevés et une détérioration de la mesure de la qualité du crédit dans les mois à venir», a ajouté Michael Dean, le responsable des titres adossés à des crédits à la consommation chez Fitch.
Une menace de plus pour les banques commerciales
A elles seules, JPMorgan Chase, Bank of America et Citigroup totaliseraient 330 milliards d'encours. Bank of America a annoncé, le 6 octobre, une perte de 2,1 milliards d'euros sur cette division. De son côté, le trésorier de Citibank, Gary Crittenden, a expliqué que, si l'économie continuait à ralentir, « les pertes sur cartes de crédit pourraient dépasser leurs records historiques ». Même American Express, un prêteur pourtant réputé élitiste, a annoncé un chiffre de 8,7% en février, contre 8,3% en janvier. Citigroup, l'un des plus grands émetteurs de cartes MasterCard, a vu son taux de défaut de paiement bondir à 9,33% en février, contre 6,95% en janvier. Les émetteurs spécialisés, comme Capital One ou Discover, sont encore plus exposés.
Heureusement pour elles, les banques ont titrisé pour la majeure partie cette dette (70% selon le cabinet d'étude Innovest). Et sentant le vent tourner, elles ont durci les conditions d'accès au crédit. En outre, de plus en plus de dettes de consommateurs ont été passées dans la catégorie des créances douteuses. Mais l'agence Fitch se veut rassurante. Elle s'attend à ce que les abaissements de note de titres adossés à ces crédits soient «limités» grâce aux «efforts des émetteurs de crédits pour enrayer cette détérioration et préserver les notes actuelles».
Chômage, une épée de Damoclès pour les banques
Pour les banques, c'est une véritable course contre la montre qui se joue actuellement. Il faut que l'économie américaine reparte au plus vite, afin d'enrayer la chute de l'emploi. En effet, le chômage constitue le principal facteur d'augmentation des défauts de paiement. Et pour se protéger, les banques durcissent l'accès au crédit, ce qui a pour effet de limiter encore plus les dépenses et donc d'accentuer le chômage. Avec un chômage qui pourrait atteindre les 10% dès cette année, les défauts de paiement pourraient encore augmenter. Un autre risque plane sur les banques. Si les ménages ne peuvent plus payer, ils risquent d'être placés en faillite personnelle. Selon le professeur Manning plus de 20% des ménages américains frôlent le surendettement.
