Archives Journal des Finances

Le marché craint pour les assureurs

14/03/2009 00:00 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur

P7-Axa-CNP.gif -

 
Après les banques, c'est au tour des assureurs de s'attirer les foudres des investisseurs. En atteste la dégringolade d'Axa, qui a perdu la moitié de sa valeur depuis le début de l'année. Cette semaine, le groupe est même revenu à son niveau de 1992. Le titre CNP tient beaucoup mieux, mais la baisse est tout de même supérieure à 15 %. Les banques connaissent déjà bien le reproche qui est fait aux assureurs : leurs ratios de solvabilité, respectivement de 127 % pour Axa et de 115 % pour CNP, seraient insuffisants. Pourtant, en essayant d'évaluer la capacité de l'assureur à faire face à ses engagements, on néglige l'élément fondamental du secteur : les assureurs ont des passifs de duration longue et la majorité des actifs sont détenus jusqu'à leur échéance. Contrairement aux banques, ils n'ont pas besoin d'utiliser immédiatement les cotisations qui viennent d'entrer. Jusqu'à présent, l'Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles n'a pas manifesté son inquiétude. Christine Lagarde, en revanche, a jeté le 6 mars, sans doute sans le vouloir, de l'huile sur le feu. Après avoir débloqué 10,5 milliards d'euros pour les banques, le ministre des Finances a évoqué la possibilité que l'Etat vienne au secours des assureurs. « Le principe est le même [qu'avec les banques] dès lors que les établissements se trouveraient en situation de risque systémique, a-telle déclaré. J'espère que les compagnies d'assurances, qui ont jusqu'à présent très bien résisté à la crise et bien géré leurs opérations, continueront de le faire », a-t-elle ajouté. Contrairement à certains grands acteurs européens (Swiss Re, Aviva), les assureurs français ont tous terminé l'exercice 2008 dans le vert. Axa a certes passé 2,8 milliards d'euros de provisions (au titre de ses portefeuilles d'actions et d'obligations), mais son résultat net est resté supérieur à 900 millions d'euros. CNP Assurances a gagné 731 millions d'euros, malgré des charges de l'ordre de 681 millions d'euros (actions, immobilier, portefeuille de trading). Plus important, l'activité reste dans l'ensemble soutenue et les perspectives de l'assurance dommage notamment sont plutôt bonnes. Il n'empêche, Axa est toujours aussi délaissé par les investisseurs. Evoquer, lors de la présentation des résultats annuels, la possibilité d'émettre des actions de préférence - une procédure bien connue dans les pays anglo-saxons, mais qui n'est entrée en vigeur en France que depuis la loi de modernisation de l'économie - a semé la panique, reconnait-on aujourd'hui chez Axa. Il serait imprudent d'affirmer que les assureurs français continueront à bien traverser les perturbations. D'autres provisions, sur le portefeuille actions comme sur le portefeuille obligations, surtout celles des entreprises, pourraient être passées. Sauf faillite d'une société de grande taille, les assureurs devraient pourtant pouvoir encaisser ces coups sans pour autant sombrer.
NOTRE CONSEILNous restons à l'achat sur Axa (code : CS, Comp.A, SRD) et CNP Assurances (code : CNP, Comp. A, SRD), estimant qu'on peut profiter des cours actuels pour renforcer les positions dans ces sociétés, dont les fondamentaux restent bons.
ANNELOT HUIJGEN