
Charles Gave- Portraits -
Les lecteurs du
JdF, comme toujours perspicaces, ont certainement remarqué que je n'avais pour l'instant rien dit sur le nouveau président américain, M. Obama. La raison en était simple : cet homme, de toute sa vie, n'était jamais resté plus de deux ans dans le même emploi, et n'avait jamais géré une entreprise ou une institution où il y avait plus de dix personnes. Il était donc impossible d'avoir la moindre opinion sur ses capacités à prendre une décision et à s'entourer convenablement. Peut-être est-il temps maintenant de faire quelques remarques sur le nouveau président ? Tout d'abord, une réalité : les marchés financiers n'aiment pas Obama. Depuis qu'il a obtenu la nomination du parti démocrate, la Bourse de New York est en baisse de 40 %. Depuis l'élection, elle est en baisse de 30 %. Depuis son investiture, nous en sommes a - 20 %, ce qui ne s'était jamais produit dans toute l'histoire des Etats-Unis. Jamais un président n'a été si mal accueilli. Une question vient immédiatement à l'esprit : pourquoi ce désamour ? Plusieurs réponses peuvent être apportées. La première est que cette nouvelle administration, qui avait eu quatre mois pour se préparer entre l'élection et la prestation de serment, fait preuve d'un incroyable amateurisme. Le secrétaire d'Etat au Trésor, monsieur Geithner (ministre des Finances), n'a toujours aucun sous-secrétaire d'Etat, ce qui fait qu'il est complètement débordé. De nombreuses personnalités démocrates qui avaient été pressenties et qui avaient accepté ont dû faire machine arrière à toute allure parce qu'elles n'avaient pas payé leurs impôts, ce qui est quelque peu gênant... La deuxième, beaucoup plus grave, est que cette totale absence de personnel n'a pas empêché M. Obama de présenter un budget pour les dix prochaines années (!), dont le moins que l'on puisse dire est qu'il est inquiétant. Du côté des dépenses, qui explosent, le président Obama, pour couvrir les trous budgétaires, va emprunter autant durant son mandat que tous les présidents américains réunis depuis la fondation de la République... Pour couvrir quand même partiellement ces dépenses par des recettes, le nouveau président ne va pas augmenter les impôts sur 95 % des citoyens (dit-il), mais simplement sur les 5 % qui gagnent le plus. Le fait que ces 5 % sont aussi ceux qui prennent tous les risques et qui créent tous les nouveaux emplois n'est pas pris en considération, pas plus que le fait que ces 5 % paient déjà plus de la moitie de l'impôt sur le revenu. Il faut punir ceux qui réussissent, au nom d'une société plus « juste », M. Obama, comme M. Mitterrand en son temps, étant capable de définir ce qui est juste ou injuste, ce dont on ne saurait trop le féliciter... Bref, le nouveau président veut transformer les Etats-Unis en social-démocratie à l'européenne. Et c'est peut-être là que réside la bonne nouvelle. Il n'est pas dans la nature des citoyens américains de tout attendre de l'Etat. La plupart de leurs ancêtres ont immigré aux Etat-Unis pour se protéger de leurs Etats locaux, fort prédateurs en général. Il n'est donc pas sûr que ce budget sera voté en l'état, surtout si le côté « amateur » du nouveau personnel à la Maison-Blanche continue à prévaloir. Qui plus est, les pères fondateurs de la République, dans la Constitution, ont organisé tellement de contre-pouvoirs que l'on peut espérer que ces dits contre-pouvoirs se mettront en travers des projets les plus déraisonnables. Par exemple, les Républicains au Sénat peuvent bloquer
(filibustering) toute une partie de ces prétendues réformes pendant un long moment, forçant la partie adverse à des compromis. Enfin, dans un peu plus de dix-huit mois, les citoyens vont pouvoir voter à nouveau et donner leur avis. Mais je dois avouer ici une déception certaine. Les problèmes auxquels sont confrontés les Etats-Unis et le monde aujourd'hui sont immenses. S'attaquer à ces problèmes avec la plus grande détermination me semblait être infiniment plus urgent que de vouloir transformer la société américaine en une société « plus juste ».
*charlesgave@gmail.com