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«Dans la crise, GDF Suez montre sa raison d'être»

07/03/2009 00:00 - JDF

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Le problème avec Jean-François Cirelli, c'est que c'est un vrai passionné de littérature. Fils de restaurateur, petit-fils de restaurateur, frère de restaurateur, il déguste les beaux textes comme on goûte un bon plat. Et, toutes les trois minutes, la conversation part en digressions sur Rimbaud, sur Verlaine ou sur Vialatte, l'un de ses écrivains préférés.
Il faut dire qu'en ce jeudi après-midi le numéro deux de GDF Suez peut se permettre ce genre de récréation. Au milieu d'une séance boursière où l'indice CAC 40 baisse une nouvelle fois de près de 4 %, l'action de l'entreprise qu'il codirige avec Gérard Mestrallet gagne plus de 5 %. Surtout, les premiers comptes annuels publiés par le groupe issu de la fusion entre Suez et Gaz de France sont en tout point à la hauteur des espérances du marché, avec un chiffre d'affaires en hausse de 17 %, un résultat opérationnel en amélioration de 11 % qui atteint la bagatelle de 13,9 milliards d'euros, et un bénéfice net part du groupe de 6,5 milliards, en progression de 13 % (avec, certes, une plus-value de 1,9 milliard due à la vente forcée de Distrigaz).
Le handicap de l'Etat actionnaire
« Et encore, rappelle Jean-François Cirelli, si nous avions pu vendre notre gaz en France aux conditions réelles du marché, nous aurions bénéficié de 679 millions d'euros de résultat opérationnel en plus. Â» Mais, en dépit de trois relèvements de prix du gaz effectués l'an passé, le groupe s'est vu interdire par les pouvoirs publics de répercuter sur les consommateurs la totalité de l'envolée des tarifs du gaz, liée à celle du pétrole. Un handicap qui devrait disparaître de lui-même cette année, mais qui montre tout de même à quel point la détention d'un gros tiers du capital de GDF Suez par l'Etat n'est pas forcément un atout.
Des marges nettement protégées
Et la crise dans tout ça ? « C'est vrai, reconnaît Jean-François Cirelli, en 2008 nous l'avons ressentie uniquement à travers la baisse brutale, à partir de septembre, du prix des différentes énergies. Â» Mais s'agissant de 2009, l'ancien patron de Gaz de France ne marque pas d'inquiétude particulière. Et pour cause, souligne-t-il : « Pour toute l'activité de fourniture d'énergie aux industriels, 90 % de nos marges sont d'ores et déjà protégées pour cette année et les deux tiers le sont pour 2010. Ce qui nous apporte une certaine sérénité, quelles que soient les variations de prix. Â» D'autant que si les volumes consommés par les industriels marquent naturellement une baisse du fait du ralentissement de l'activité économique, la froidure de l'hiver a entraîné des niveaux records de consommation de la part des particuliers.
Donc, pas question dans cet environnement économique particulièrement troublé de sortir la traditionnelle boîte à outils de la rigueur et de serrer les vis. « L'an passé, nous avons investi 11,8 milliards d'euros. Ce qui a permis de faire passer notre capacité de production d'électricité de 60 à 68 gigawatts. Et nous allons continuer. Puisque sur les trois années 2008, 2009 et 2010 le montant des investissements programmés s'élève à 30 milliards d'euros. Â» Pas question de ralentir cet effort lorsque l'on a promis aux investisseurs d'être en mesure en 2013 de fournir 100 gigawatts en matière d'énergie électrique. D'autant que la situation financière de GDF Suez le permet, avec un ratio d'endettement de 46 % et une trésorerie qui s'élève aujourd'hui à 17 milliards d'euros... De quoi se passer des banquiers pendant quelque temps !
Un plan d'économies renforcé
Il ne faut pas croire pour autant que la résilience du modèle économique GDF Suez aveugle les dirigeants du groupe et les plonge dans une certaine facilité. Bien au contraire. Le plan de performance « Efficio Â», destiné à faire mûrir le plus vite possible les fruits de la fusion, a été renforcé. Il doit permettre de dégager 1,8 milliard d'euros d'économies en trois ans. Et sur la seule année 2009, les objectifs attendus, qui s'élevaient à 500 millions d'euros, ont été portés à 650 millions. « Cela se passe à tous les niveaux, précise Jean-François Cirelli. C'est-à-dire aussi bien l'unification de notre flotte de méthaniers, qui est désormais la première au monde, que la fusion entre Cofathec et Elyo, pour créer avec Cofely la première entreprise de services énergétiques, avec un chiffre d'affaires de 8 milliards d'euros. Â»
Difficile dans toute cette présentation de trouver la moindre ombre au tableau. Bien sûr, l'action a perdu près du tiers de sa valeur au cours des six derniers mois. Mais les actionnaires ont reçu un dividende exceptionnel de 0,8 euro par action et ils devraient toucher un coupon ordinaire de 1,40, en amélioration de 11 %. Surtout à la fin d'une semaine qui a vu les marchés financiers trembler une nouvelle fois sur leur base, le numéro deux de GDF Suez - groupe dont la valeur en Bourse est désormais bien supérieure à celle d'EDF - veut marteler une nouvelle fois combien cette fusion a apporté à Suez comme à Gaz de France « un mix d'activités très diversifiées qui permet de garder le cap de la croissance Â». Et d'ajouter : « Le nouvel ensemble que nous formons montre sa force plus que jamais dans les conditions chahutées du moment. Â»
Si l'on se projette au-delà de 2010, l'avenir de GDF Suez apparaît encore plus impressionnant, avec notamment la participation au deuxième EPR français, avec les grands projets au Brésil ou à Singapour lancés par le groupe. Avec surtout cette volonté d'être l'un des tout premiers énergéticiens mondiaux sur une planète où les questions d'énergie seront l'une des clés de la nouvelle croissance économique qui marquera la sortie de crise.
On comprend dans ces conditions que Jean-François Cirelli s'accorde de temps en temps une pause dans son vaste bureau de la rue du Docteur-Lancereaux. Après deux années entières passées à régler le feuilleton politique, boursier, réglementaire et syndical du rapprochement entre Gaz de France et Suez, cet ancien grand serviteur de la République, qui seconda Jean-Pierre Raffarin à Matignon et conseilla Jacques Chirac à l'Elysée sur toutes les affaires économiques, continue de mettre son sens de l'Etat au service de l'industrie française. Au service surtout de centaines de milliers d'actionnaires individuels. En regardant plus loin que les montagnes russes quotidiennes de l'indice CAC 40.

NOTRE CONSEIL
Nous restons positifs sur la valeur, avec un objectif de cours de 44 euros qui révèle un potentiel de hausse de 77 %. GDF Suez est l'un de ces rares titres qui est à la fois une valeur défensive, gâce à son activité, à son modèle économique et à l'importance de son rendement, et une valeur de croissance, compte tenu des besoins en électricité et en gaz de la plupart des pays développés.
YVES DE KERDREL