« Les actionnaires doivent être mis à contribution »

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Coup d'arrêt de l'activité
Le ton se veut rassurant, et les ventes sont toujours en hausse à données comparables (+ 2,9 % sur un an). Mais difficile de cacher que Rhodia affronte aujourd'hui une situation délicate. L'excédent brut d'exploitation s'inscrit en retrait de 9,8 % sur un an, à 664 millions d'euros. Le bénéfice net annuel a chuté de 129 à 105 millions. Sans surprise, ce sont les chiffres du quatrième trimestre qui restent les plus emblématiques du décrochage de la demande des clients finaux. Une dégringolade spectaculaire et brutale, « constatée presque du jour au lendemain aux alentours du 15 novembre », et symbolisée parla chute de 17 % des volumes sur le trimestre.Sur les trois derniers mois de l'exercice, Rhodia accuse alors une perte nette de 28 millions d'euros.
Une des principales raisons : l'impact de la chute de la demande sur une des plates-formes de croissance du groupe, sa division polyamide. « La donne a complètement changé dans cette activité. Il y a un an, nous étions confiants sur sa capacité de résistance, mais avec la chute brutale de la demande finale, nous constatons une surcapacité dans ce secteur qui nécessite des restructurations. »
Préparer la fin de crise
Restructuration : on pensait la période achevée chez Rhodia. Car si Jean-Pierre Clamadieu s'était déjà exprimé sur sa vision morose de l'avenir, il avait tout d'abord tenu à se limiter le plus longtemps possible à des mesures conjoncturelles pour ne pas hypothéquer les capacités de production une fois la demande repartie. Mais la profondeur de la crise a incité le dirigeant à coupler le conjoncturel avec des mesures de plus long terme. Le chimiste annonce un renforcement des réductions de coûts, avec un objectif de 150 millions d'euros d'économies d'ici à 2011. Et le groupe, qui garde une situation financière délicate malgré une réduction de la dette de 12 % sur l'année, donnera la priorité à la génération de free cash flow. Pour ne pas entamer une situation de liquidités redevenue plus confortable, Rhodia multiplie les mesures drastiques. Suppression de 500 contrats d'interim, gel des embauches et des salaires, renforcement du recours au chômage partiel, réduction des investissements, gestion de court terme de la production pour suivre au plus près la demande : 2009 rimera avec discipline financière. Un message et une gestion drastique de crise qu'il faut arriver à faire passer. « On constate un fort sentiment d'inquiétude chez nos collaborateurs, et c'est légitime, admet Jean-Pierre Clamadieu. Un tel retournement de conjoncture implique une réaction rapide, qu'il faut expliquer avec pédagogie en interne. Changer la nature d'un message nous oblige à avoir un contact direct avec les équipes sur le terrain. Expliquer clairement notre ligne de conduite, tout en réaffirmant que la stratégie fondamentale de Rhodia ne change pas : voilà ce à quoi je m'attèle aussi en ce moment. Il faut montrer que si nous nous adaptons en ces temps difficiles, c'est aussi pour préparer la sortie de crise. »
Pour repartir au plus vite au moment de l'embellie économique, Jean-Pierre Clamadieu souhaite aussi intensifier la flexibilité de l'organisation du travail. Le dirigeant avait d'ailleurs récemment appelé les pouvoirs publics à mettre en place des mesures facilitant le recours au chômage partiel. De ce point de vue, les dernières annonces faites par le président de la République vont, selon lui, « dans le bon sens ». Les négociations que le groupe va ouvrir avec les syndicats devraient faciliter le recours à ces mesures, qui permettront à Rhodia d'être présent au moment de la reprise « même si, pour l'instant, nous ne constatons aucun signe tangible de redémarrage de la demande ».
La poursuite d'une stratégie de long terme, fondée sur une croissance externe sélective restera un autre axe stratégique pour 2009. Le chimiste a d'ailleurs annoncé récemment le rachat de l'américain McIntyre, spécialiste des tensioactifs de spécialités, pour 70 millions d'euros.
Suspension du dividende
Le message se veut donc clair. Les mesures visant à préserver à tout prix la situation financière du groupe sont énoncées avec force. Dans cette gestion de crise faisant appel à de multiples efforts, aucun poste d'économie n'est d'ailleurs mis de côté. « Nous devons passer cette année sans avoir à entamer nos liquidités. Pour cela, toutes les parties prenantes du groupe, y compris les actionnaires, doivent être mis à contribution. Le conseil d'administration a donc décidé que le dividende serait suspendu cette année. » Si le dirigeant espère que la société pourra reprendre très vite le paiement d'un dividende, « cette suspension reste aujourd'hui la plus raisonnable au regard d'un contexte économique très incertain ». Les investisseurs ont plutôt bien réagi, le titre s'adjugeant jusqu'à 12 % en séance le jour de l'annonce des résultats. Une bien maigre consolation pour Rhodia, qui a connu une véritable année noire sur le plan boursier. Le chimiste a vu fondre sa capitalisation boursière de plus de 85 % en un an. Craintes de l'impact de la volatilité du prix des matières premières sur les résultats du groupe, effet de change défavorable en début d'année, conjugués à un effet de déception après le discours plutôt optimiste affiché jusqu'à la fin du mois de septembre : la sanction des investisseurs a été impitoyable. Dans un contexte de défiance généralisée sur les marchés, la réaction après les révisions de prévisions ne pouvait qu'être amplifiée. « Nous avons peut-être péché par excès d'optimisme, admet Jean-Pierre Clamadieu. Mais peu d'éléments sur le terrain et chez nos clients pouvaient nous laisser entrevoir un tel coup d'arrêt. Si nous sommes conscients que 2009 sera difficile, 2008, marquée par des situations très contrastées entre la première et la seconde partie de l'année, restera dans les annales. »
NOTRE CONSEIL
Les difficultés actuelles sont largement intégrées dans les cours. Mais il nous paraît trop tôt pour revenir sur la valeur, la visibilité de l'activité du chimiste étant trop faible. Rester à l'écart (code : RHA, Comp. B, SRD).
Les difficultés actuelles sont largement intégrées dans les cours. Mais il nous paraît trop tôt pour revenir sur la valeur, la visibilité de l'activité du chimiste étant trop faible. Rester à l'écart (code : RHA, Comp. B, SRD).
OLIVIA DERREUMAUX
