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« Un plan de 4,5 milliards pour renforcer notre bilan »

21/02/2009 00:00 - JDF

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Avec ses salariés, il aime parler de la sécurité au travail. Et pourtant, Bruno Lafont a fait un pari osé début 2008 en rachetant les activités ciment de l'égyptien Orascom Construction pour 8,3 milliards d'euros. A l'époque, l'opération paraissait soutenable financièrement, mais la crise a changé la donne.
Avec un endettement net de 16,9 milliards d'euros à fin 2008 et une échéance de 2,6 milliards de remboursement du crédit Orascom en 2009, le cimentier a inquiété. Bruno Lafont a donc annoncé des mesures drastiques vendredi 20 février. « Nous lançons un plan de 4,5 milliards d'euros pour renforcer notre structure financière. Nous agissons sur tous les leviers et chaque élément contribue à notre effort global Â», souligne le P-DG. Limitation des dépenses, crédit bancaire, baisse du dividende : tout y passe. Le cimentier veut générer plus de cash-flow, avec des réductions de coûts, une baisse des investissements industriels de 200 millions supplémentaires et au moins 1 milliard d'euros de cessions.
Priorité à la structure financière
Lafarge n'est pas le seul grand groupe du secteur à se séparer de certains actifs, puisque Cemex ou HeidelbergCement ont fait des annonces similaires. Le contexte n'est donc pas très favorable à ces opérations. Pourtant, Bruno Lafont y croit : « 1 milliard d'euros, c'est seulement 2 % du total de nos actifs. Certains peuvent intéresser aussi des acheteurs de petite taille. Â» Il ajoute : « Tout peut être étudié, rien n'est exclu. Â»
Ironie du sort, le P-DG, qui a passé près de quatre ans chez Lafarge en Turquie au début de sa carrière, envisage des cessions dans ce pays.
Même s'il a aussi obtenu un nouveau crédit bancaire de 1 milliard d'euros, le cimentier divise le dividende par deux au titre de l'exercice 2008 et va lancer une augmentation de capital de 1,5 milliard, avec droit préférentiel de souscription, entièrement garantie. Une assemblée générale extraordinaire aura lieu le 31 mars. Les deux principaux actionnaires, le groupe Bruxelles Lambert d'Albert Frère et la holding de Nassef Sawiris (NNS), qui détiennent 20,04 % et 13,1 % du capital, se sont engagés à souscrire à hauteur de 0,5 milliard d'euros à l'opération.
« C'est un bon signe. Notre relation avec nos grands actionnaires est harmonieuse. Â» Ces deux investisseurs, qui sont en moins-value sur leur participation, ont tout intérêt à y participer pour limiter leur dilution.
Faible visibilité en 2009
Bruno Lafont met donc tout en oeuvre pour répondre aux attentes du marché, après des mois d'inquiétude des investisseurs. Et quand on lui demande d'où venait la pression durant cette période, il répond par une boutade : « Vous le savez mieux que moi, non ? Â» Et ajoute : « Les marchés financiers préfèrent actuellement les sociétés au bilan moins endetté. Nous devons adapter notre structure financière à la conjoncture. »
L'activité de Lafarge est très affectée par la crise économique mondiale. Cependant, certains marchés sont encore en croissance et nécessitent même de nouvelles capacités de production. Le groupe doit augmenter ses capacités de 38 millions de tonnes d'ici à 2010, même si 60 millions étaient prévus initialement. Le cimentier a fait preuve de résistance en 2008 (voir tableau), même si des dépréciations d'actifs de 250 millions d'euros ont pénalisé le résultat net.
Mais le retournement de tendance a été clair au quatrième trimestre. Bruno Lafont baisse un peu la tête, tourne ses yeux bleus perçants vers l'extérieur : « Les phénomènes météorologiques des derniers mois de 2008 ont accentué la tendance négative. La propagation de la baisse des volumes est rapide. Nous traversons une période de grande volatilité et d'incertitude. Â» Pour 2009, la visibilité est très faible. Lafarge prévoit une baisse des volumes de ciment comprise entre 0 et 3 %, qui pèsera sur les marges malgré des prix « bien orientés Â». Quant aux plans de relance gouvernementaux, leurs effets réels se feront attendre. « Leur impact sur les comptes sera significatif en 2010. En 2009, ils envoient surtout un signal de confiance et permettent de soutenir nos anticipations en termes d'emploi ou de gestion des capacités produites. Â» Face à cette situation, les équipes sur le terrain, notamment dans les pays développés, où la situation est plus contraignante, sont sous pression, mais « très toniques Â».
Aucun regret sur l'acquisition d'Orascom
L'annonce de l'acquisition d'Orascom avait fait s'envoler le titre, il est désormais revenu à son niveau de 1987. Un constat d'échec ? Sûrement pas, pour Bruno Lafont. Il reste que l'objectif d'un bénéfice net par action supérieur à 15 euros en 2010 a été oublié depuis longtemps. Il avoisinait 8,2 euros en 2008. Pourtant, le P-DG reste ferme : « Orascom Cement est une excellente acquisition stratégique qui répond à nos attentes. Les objectifs que nous nous étions fixés sont atteints. Â» Le prix payé, qui valorisait près de 12 fois l'excédent brut d'exploitation pour 2008, n'aurait plus cours aujourd'hui. Toutefois, les marchés d'Orascom sont parmi les plus dynamiques. Les pays émergents resteront en croissance en 2009, même si le rythme sera ralenti.
Le P-DG affiche donc sa confiance. « Nous ouvrons un nouveau chapitre de notre histoire. Lafarge sortira le meilleur de la crise. Â»Ses effortspour rééquilibrer le bilan et se tourner vers l'avenir ont été entendus par la communauté financière, puisque le titre a même commencé la séance dans le vert le jour de l'annonce du plan. Le dirigeant, qui n'aime pas parler de lui, veut donner l'image d'un homme déterminé. C'est réussi. « En période de crise, il faut garder son calme, rester à l'écoute et se faire sa propre opinion. Â»
NOTRE CONSEIL
Acheter, en visant 60 euros. Les mesures annoncées imposent des efforts aux actionnaires, mais elles sont déjà intégrées dans les cours et positives pour l'avenir du groupe (code : LG, Comp. A, SRD).
FABIENNE BOULOC