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L'union de l'Ecureuil et des Banques Populaires profiterait à Natixis

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A l'automne 2006, l'idée était déjà dans toutes les têtes. La fusion d'Ixis et de Natexis, les banques d'investissement des groupes Caisses d'Epargne et Banques Populaires, constituait une étape importante. Un premier pas sur la voie que les deux mutualistes suivront bientôt définitivement, lorsque leurs organes centraux auront fusionné.
Impossible de refaire l'histoire, mais la question de savoir si la création de Natixis a été un premier pas raté est assez légitime. Philippe Dupont, président du directoire, avait alors déclaré que Natixis figurerait « parmi les 15 premières capitalisations françaises ». Une déclaration qui avait fait sourire à l'époque, mais depuis les actionnaires n'ont plus du tout envie de rire.
Depuis sa cotation, en novembre 2006, le titre, toujours détenu par plus de 1 million de particuliers, a perdu plus de 90 % de sa valeur. Au point que le scénario d'un retrait de la cote est évoqué.
Dans ce contexte, les résultats de Natixis qui seront publiés le 26 février sont très attendus. Hasard du calendrier, c'est également la date butoir fixée par l'Etat à ses actionnaires de référence pour communiquer les détails de leur fusion.



Pourquoi les Caisses d'Epargne et les Banques Populaires avaient-elles décidé de créer Natixis ?
A l'origine de Natixis, il y a deux hommes : Philippe Dupont, président du Groupe Banque Populaire, et Charles Milhaud, président du groupe Caisses d'Epargne. Mi-2006, ils s'accordent pour fusionner leurs deux banques de gros, Ixis et Natexis, afin de créer un acteur de taille.
La nouvelle entité hérite des activités de gestion d'actifs, de services (assurances, cautions et garanties financières, crédit-bail, crédit à la consommation, ingénierie sociale, paiements, titres, services à l'international), de capital-investissement et de banque privée, ainsi que de la division poste clients (procédures publiques, information et gestion de créances, assurance-crédit et affacturage). Elle sera cotée, comme l'était Natexis auparavant, afin de pouvoir faire appel au marché pour des projets de développement, notamment à l'international.
A Dominique Ferrero, ancien numéro deux du Crédit Lyonnais, incombe la lourde tâche, en tant que directeur général, de mener à bien l'intégration. Or, les deux banques n'ont pas encore complètement digéré les opérations précédentes : Natexis est issu du rapprochement, en 1996, du Crédit National avec la Banque Française du Commerce Extérieur, le nouvel ensemble ayant été acquis par les Banques Populaires en 1998.
Quant à Ixis, il avait été cédé par la Caisse des Dépôts et des Consignations à l'Ecureuil en 2003, seulement trois ans avant la fusion avec Natexis.
En outre, les deux mutualistes sont certes copropriétaires de Natixis, mais ils n'en restent pas moins concurrents. La gouvernance pose régulièrement problème, surtout étant donné que Philippe Dupont, président du directoire de Natixis, dirige également l'un des groupes actionnaires.
A partir de quel moment l'horizon de Natixis s'est-il assombri ?
La méfiance envers les dérivés de crédit, dont certains contiennent des subprimes, commence à partir de l'été 2007. Après les banques américaines, les établissements européens avouent être contaminés. La suspicion se porte rapidement sur Natixis, très actif dans le placement des titres de crédit adossés à des créances hypothécaires, dont les plus connus sont les CDO (Collaterised Debt Obligations). Sur ce marché, la banque« occupe une position de leader », comme elle s'en félicitait dans son rapport d'activité 2007.
Longtemps, la direction de Natixis a essayé de rassurer sur l'exposition de l'établissement aux dérivés de crédit, répétant qu'elle ne l'amènerait pas à revoir ses ambitions. Elle a eu plus de mal à maintenir un discours positif sur le réhausseur de crédit américain CIFG. Alors que Natixis avait injecté en juillet 2007 100 millions de dollars dans cette société, héritée d'Ixis, pour accompagner sa « croissance ». Quatre moisplus tard, l'agence de notation Fitch évoque une recapitalisation, ce qui amènera les Banques Populaires et les Caisses d'Epargne à racheter CIFG, lui apportant 1,5 milliard de dollars de fonds propres.
En février 2008, Natixis décide d'avancer la publication de ses résultats pour essayer d'arrêter la baisse du titre. Pourtant, le 1,2 milliard d'euros de dépréciations au titre de l'année 2007 qu'elle révèle ne fait que confirmer les craintes.



Qu'a fait Natixis pour s'adapter à la crise ?
Pendant les trois premiers mois de l'année 2008, le groupe était parvenu à ne pas retomber dans le rouge. Il décide néanmoins d'agir et annonce, à la mi-mai, un plan de réduction des charges qui doit conduire à une baisse des coûts fixes de 10 % et permettre d'économiser 400 millions d'euros.
La banque prévoit alors d'avoir moins recours à des prestataires externes et de diminuer certaines activités de la banque de financement et d'investissement, où se concentre l'essentiel des dépréciations. Les premiers effets sont attendus dès le second semestre 2008.
La situation sur le marché se dégradant, Natixis n'arrive pas à se refinancer et demande, à deux reprises, des avances à ses actionnaires de référence, totalisant 2,5 milliards d'euros. C'est pour rembourser ce montant et pour constituer un coussin de capital supplémentaire que Natixis annonce le 16 juillet 2008 une augmentation de capital de 3,7 milliards d'euros, bien que plusieurs banques aient eu du mal à lever des capitaux.
Fin août, la banque communique de nouveau un gros montant de dépréciations : 1,5 milliard d'euros au total pour le deuxième trimestre. Elle présente en même temps un remède à ses maux, sous la forme de « nouvelles orientations stratégiques qui visent à concentrer le groupe sur les activités les plus rentables et les moins risquées », explique alors la direction. Les efforts se concentrent, une fois de plus, sur l'activité de la banque de financement et d'investissement, dont le groupe cherche à réduire le profil de risque. Remodelée, la division doit pouvoir générer un produit net bancaire en progression de 5 % par an en moyenne d'ici à 2010.
Par ailleurs, Natixis ne cesse de souligner que son périmètre ne se résume pas à ses activités de marché. La gestion d'actifs mise à part, les autres divisions ont continué à croître, même si, à fin septembre, leurs résultats reflétaient « les premiers signes du ralentissment économique ».
Pour ce qui est de la banque de financement et d'investissement, Natixis a annoncé le 19 décembre 2008 qu'elle allait changer, cette fois « radicalement ». Les activités les plus complexes sont arrêtées et 19 milliards d'actifs sont isolés dans un portefeuille géré en extinction. Autre point fondamental de ce « plan de transformation », la banque réduit sa présence à l'international, jadis un des axes de développement les plus importants.
Que faut-il attendre des résultats annuels ?
Natixis a déjà perdu 1 milliard d'euros au cours des neuf premiers mois de 2008. Vu les résultats du quatrième trimestre que d'autres banques ont déjà communiqués, il n'est guère probable que Natixis s'en soit mieux sorti. Nous pensons que l'établissement bancaire finira l'année sur une perte de 2,5 milliards d'euros au moins.
Grâce à son augmentation de capital, la banque disposait d'un ratio de fonds propres Tier 1 de 8,6 % à fin septembre. Depuis, ses actionnaires de référence lui ont transféré leur quote-part de la première tranche du plan de soutien gouvernemental, à savoir un peu plus de 2 milliards d'euros. Signe que la banque ne réussit pas encore à diminuer « la consommation des actifs pondérés », l'un de ses objectifs pour 2009.
Les points forts de Natixis, par exemple l'épargne salariale, dans lequel il est leader en France, ou encore la base de revenus solides que représente l'assurance-crédit (Coface), ne devraient pas pouvoir compenser les pertes des activités de marché.
La fusion de ses actionnaires principaux pénalisera-t-elle Natixis ?



La nouvelle place de Natixis dans le schéma de fusion des deux holdings de tête est encore incertaine. Le périmètre de l'activité sera sans doute modifié, car la réflexion sur des cessions d'activités a déjà commencé. Sans résultat pour le moment. La banque a retiré son activité assurances de la vente, jugeant que les offres présentées étaient trop basses. Elle n'a pas trouvé d'accord non plus avec le Crédit Agricole, son partenaire dans la société de conservation de titres Caceis.
Reste qu'en cédant ses activités rentables Natixis ne réglerait pas le problème de ses activités de marché. Pire, le groupe et ses actionnaires ne seraient pas à l'abri de moins-values comptables, faisant grimper encore la facture pour les Caisses d'Epargne et les Banques Populaires, dont les mauvais résultats annuels devraient déjà refléter le poids que répresente leur filiale. Ce serait peut-être une raison suffisante pour que les deux groupes décident de retirer Natixis de la cote.
La mise en oeuvre de cette idée nous paraît difficile. Les actionnaires individuels ont souscrit à une augmentation de capital à 2,25 euros par action, ce qui représentait alors une décote de 61 % sur le cours de clôture avant l'opération. Aujourd'hui, l'action Natixis cote à peine 1 euro et on imagine mal un retrait de la cote à prix inférieur à celui de l'augmentation de capital.
Natixis bénéficiera cependant incontestablement d'une simplification de sa structure dirigeante, ne serait-ce que parce que le circuit de décision sera plus court. D'un autre côté, le risque est que le centre de gravité des deux mutualistes, qui se situait chez Natixis, se déplace désormais vers les organes centraux. La banque de gros risque alors de devenir une simple filiale.
NOTRE CONSEIL
Nous jugeons plus prudent de rester à l'écart du titre, en attendant de vrais signes d'amélioration pour les activités du groupe et le plan de fusion définitif de ses deux actonnaires de référence (code : KN, Comp. A, SRD).

ANNELOT HUIJGEN