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Les actionnaires de Fortis obligent BNP Paribas à faire une croix sur son expansion européenne

14/02/2009 00:00 - JDF

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C'est donc non. En votant mercredi contre la résolution portant sur la reprise de 50 % et une action de Fortis Banque par l'Etat belge, les actionnaires de Fortis ont fermé la porte à BNP Paribas. La revente prévue de 75 % de Fortis Banque Belgique, de 16 % de Banque de Luxembourg (portant la part de BNP Paribas à 67 %) et de 10 % de Fortis Insurance Belgium n'aura pas lieu. Ou en tout cas pas tout de suite. Deux mois après la suspension par la justice belge de l'opération, à la demande d'actionnaires minoritaires, le dossier Fortis reste toujours sur les bureaux du gouvernement belge. Et ce alors que l'Etat belge, dans l'impasse depuis qu'il a sauvé Fortis du naufrage en octobre 2008 en acquérant la totalité du capital, pensait se délester d'une affaire compliquée en se liant à BNP Paribas. La banque française était enchantée par l'accord trouvé. La reprise de Fortis lui aurait permis de devenir la première banque de dépôt en Europe. En gestion d'actifs, BNP Paribas serait entré dans le top 5 européen, avec 553 milliards d'actifs sous gestion, en devenant, de plus, la première banque privée de la zone euro (209 milliards d'euros sous gestion). Tout n'est cependant peut-être pas perdu. Le nouveau conseil d'administration de Fortis, élu cette semaine, devra bien trouver une solution. A sa tête se trouve désormais Georges Ugueux, ancien vice-président de la Bourse de New York, présenté par la société de défense des actionnaires Deminor. Celui-ci défend l'idée d'une renégocation avec BNP Paribas. A des conditions plus favorables pour les actionnaires qui souhaiteraient être associés aux discussions. Les actionnaires de Fortis étaient mercredi sans doute davantage outrés par la façon dont le sort de cette banque - considérée autrefois comme un placement de bon père de famille - a été brusqué ces derniers mois que par l'attitude de BNP Paribas. Trop de malheurs, déjà, depuis la reprise d'ABN-Amro en 2007. Le titre Fortis ne vaut aujourd'hui plus que 1,10 euro, contre plus de 20 euros il y a un an. Encore faut-il que la banque française soit prête à renégocier, une deuxième fois, les conditions de l'opération. La semaine dernière, BNP Paribas avait déjà mis beaucoup d'eau dans son vin en renoncant à 90 % de l'activité d'assurance, tout en conservant le contrat de distribution exclusive. En outre, l'établissement de la rue d'Antin avait accepté d'augmenter sa part dans le véhicule reprenant le portefeuille d'actifs structurés risqués de la banque belgo-néerlandaise. BNP Paribas avait également prévenu que l'opération n'aurait plus d'impact positif sur ses fonds propres, alors qu'elle prévoyait début octobre encore une hausse de son Tier 1 de 0,35 point. Les mauvais résultats de Fortis, qui a perdu 19 milliards d'euros en 2008, ont modifié la donne. BNP Paribas ne coupera pas tout de suite les ponts avec Fortis, car le protocole signé le 10 octobre 2008 reste juridiquement en place jusqu'au 28 février 2009. La banque continuera donc à assurer la liquidité de Fortis au moins jusqu'à cette date. L'issue de l'assemblée avait déjà été intégrée par les investisseurs, depuis que l'assureur chinois Ping An, qui détient 5 % du capital de Fortis (et a représenté un quart des suffrages exprimés mercredi), avait annoncé qu'il s'opposerait à l'opération. L'action n'a fini qu'en légère baisse mercredi, de 2,11 %, à 27,80 euros. Aux dirigeants de BNP Paribas incombe maintenant la tâche de surmonter ce nouveau revers et de retrouver un élan. Pour faire oublier aussi la perte potentielle de 350 millions d'euros au titre de la fraude Madoff et les mauvais résultats de la banque de financement et d'investissement. Les équipes de la banque avaient perdu 1,6 milliard d'euros au cours des mois d'octobre et de novembre, effaçant ainsi le résultat positif de 879 millions d'euros des neuf premiers mois de l'année.
NOTRE CONSEILNous restons à l'écart de la valeur en attendant les résultats annuels, le 19 février (code : BNP, Comp. A, SRD).
ANNELOT HUIJGEN