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«La Caisse sort renforcée de la crise. Elle a montré son utilité et sa réactivité»

07/02/2009 00:00 - JDF

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augustin de romanet - Antoine Doyen

 
Quel bilan tirez-vous de la généralisation de la distribution du Livret A un mois après l'entrée en vigueur de cette réforme ?
Tous les acteurs, à commencer par la Caisse des dépôts, ont été au rendez-vous de cette réforme, inscrite dans la loi de modernisation de l'économie du 4 août 2008. Il y avait un défi technique à relever et nous nous félicitons d'avoir réussi, à temps, à modifier notre système informatique pour accueillir les fonds collectés par les nouveaux distributeurs, en plus des distributeurs historiques que sont les Caisses d'Epargne et La Banque Postale. Nous ne centralisons plus désormais la totalité des fonds d'épargne. Mais, selon les modalités des décrets, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) disposera pendant les trois prochaines années d'un minimum de 160 milliards d'euros, augmenté de la moitié des intérêts à capitaliser en 2010 et 2011. Les banques conservent le surplus collecté par rapport à ce montant. C'est une règle qui incite fortement les banques à attirer des dépôts tout en garantissant le financement du logement social.
Qu'en est-il actuellement de la collecte sur les livrets règlementés ?
S'il est encore trop tôt pour donner les montants de collecte, les premiers chiffres d'ouvertures de Livrets A communiqués par les nouveaux réseaux distributeurs amènent à penser qu'elle sera très importante cette année. Et ce alors que l'année 2008 avait déjà été historique en termes de collecte. Les encours ont atteint 134,6 milliards d'euros en fin d'année, en progression de 13,8 milliards d'euros, grâce à une rémunération très incitative sur l'ensemble de l'année, puisqu'elle s'est élevée à 3,67 % en moyenne. De surcroît, les encours du Livret bleu du Crédit Mutuel ont augmenté de 4,6 milliards d'euros, totalisant 24,3 milliards à fin décembre 2008. Concernant les encours du Livret d'épargne populaire (LEP) et du Livret de développement durable (LDD, l'ex-Codevi) centralisés à la CDC, ils s'élevaient à 45,4 milliards d'euros à fin 2008, contre 57,8 milliards d'euros un an auparavant, et ce malgré la remise à disposition des banques de 16,5 milliards d'euros de dépôts LEP et LDD au dernier trimestre 2008 dans le cadre des mesures de lutte contre la crise.
Ces concours apportés pour favoriser les prêts aux PME ne sont que l'un des exemples des mesures prises par la CDC depuis l'automne dernier...
La crise financière a mis en lumière l'importance de l'une des missions historiques de la CDC, à savoir la protection de l'épargne des Français. Le Livret A a été protégé de la crise. Notre prudence se reflète dans la composition des actifs des fonds d'épargne. Sur les 204 milliards d'euros centralisés, 105 milliards sont consacrés aux prêts à long terme, essentiellement dans le logement social et la rénovation urbaine ainsi que dans les infrastructures. Le reste est investi majoritairement en obligations, soit d'Etats, soit de sociétés très bien notées. Malgré la crise, le résultat de la section des fonds d'épargne de la Caisse des dépôts sera positif sur l'année 2008. Je tiens à souligner que nous n'avons pas connu de pertes liées aux produits subprime ou aux produits de titrisation. Nous ne souffrons pas non plus directement de la disparition de la banque américaine Lehman Brothers et ne sommes pas exposés au scandale Madoff. Quant au portefeuille actions des fonds d'épargne, dont le poids a augmenté ces dernières années, conformément à notre volonté d'accompagner durablement les entreprises françaises, il était de 12,3 milliards d'euros à fin décembre dernier.
La CDC a adopté en 2006 les normes IFRS, qui obligent notamment à déprécier un portefeuille actions pour refléter sa valeur de marché actuelle...
Les normes IFRS nous obligeront en effet à enregistrer une moins-value dans notre compte de résultat. Moins-value purement virtuelle, puisqu'elle est liée à des titres que nous n'avons pas vendus. Cela montre l'impact brutal de ces règles dans un contexte de forte chute des marchés. C'est un paradoxe : nous sommes par nature un investisseur à long terme, mais nous devons appliquer des normes comptables qui sanctionnent la détention d'actions lorsque leur cours vient à baisser. Prenons l'exemple de Dexia, même si sa situation est différente de celle d'autres sociétés dont nous détenons des participations (Ndlr : la CDC a participé au plan de sauvetage de la banque franco-belge en investissant 2 milliards d'euros, portant sa part à 19 %). Comment déterminer aujourd'hui la valeur intrinsèque de cette banque ? Je suis très confiant sur son modèle économique et sur son redressement, mais nous serons néanmoins obligés d'enregistrer dans nos comptes une valeur inférieure à celle retenue lors de l'augmentation de capital fin septembre dernier. Au total, la dépréciation comptable mécanique de notre portefeuille actions - qui, je le rappelle, n'a pas de rapport avec les performances de notre institution - pourrait aboutir à ce que la seule section générale de la Caisse des dépôts enregistre une perte comptable en 2008.
Ce serait, pour l'institution que vous dirigez, la première perte de son histoire. Est-ce que la CDC versera pour autant un dividende à l'Etat ? Et faut-il craindre pour l'avenir de l'institution ?
Bien au contraire : même si les IFRS peuvent écailler la peinture, la Caisse des dépôts sort renforcée de la crise. Ces derniers mois, la CDC a montré son utilité et sa réactivité, en injectant 43 milliards d'euros à partir du bilan des fonds d'épargne. Nous mettons en oeuvre notre plan stratégique sur des priorités qui correspondent aux besoins du pays : PME, logements, universités, développement durable. Nous n'avons aucun produit toxique. Nous devrions dégager grâce à nos filiales et à notre bonne gestion financière des résultats récurrents comparables à ceux des années précédentes. Au titre de la section générale, nous disposons de 20 milliards d'euros de fonds propres, soit près du double du montant que nous avions fin 2000. Les flux financiers vers l'Etat demeureront, car nous payons, comme chaque entreprise, l'impôt sur les sociétés en fonction de notre résultat social, qui sera positif. Le montant du dividende, qui sera en baisse comme le budget 2009 l'avait prévu, n'a, quant à lui, pas encore été fixé.
L'une des actions les plus emblématiques de la CDC a été la création, en octobre dernier, du Fonds stratégique d'investissement (FSI), alimenté à parts égales de 10 milliards d'euros par l'Etat et la CDC. Comment se passe la mise en place de ce fonds ?
Le FSI est en ordre de marche depuis le 19 décembre, lorsque le conseil d'administration a siégé pour la première fois. Depuis, cette instance s'est réunie à deux reprises, tout comme le comité d'investissement et le comité d'orientation stratégique. Nous avons commencé à instruire de nombreux dossiers et les premiers investissements devraient être annoncés dès la mi-février. Le FSI a d'ores et déjà consenti 100 millions d'euros (Ndlr : sur un total de 300 millions d'euros) au fonds de modernisation des équipementiers automobiles, et investi dans Daher.
Aurez-vous une doctrine précise en matière d'investissement ?
Oui. C'est une condition de la réussite du fonds pour garantir la transparence de ses décisions. Nous finissons d'élaborer sa doctrine, en s'inspirant de celle de la Caisse des dépôts. Le fonds aura, je le rappelle, trois missions. En intégrant France Investissement, il remplira premièrement un rôle de capital-développement qui soutient les petites sociétés. Le FSI aura aussi vocation à soutenir des entreprises de taille moyenne. Nous aurons, là, une approche active et nous nous exprimerons sur les projets de développement, mais nous pourrons également accélérer la restructuration d'un secteur en invitant des sociétés à fusionner ou à racheter d'autres entreprises.
En dernier lieu, nous souhaitons soutenir les sociétés de grande taille qui, jugeant que la détention de leur capital est éparpillée et volatile, peuvent renoncer à lancer d'importants projets de recherche ou des projets qui permettent de conquérir de nouveaux marchés. Grâce aux fonds du FSI, nous pourrons faire en sorte que la base capitalistique de ces sociétés soit plus stable, pour qu'elles puissent mieux se développer.
La doctrine d'investissement prévoira un diagnostic précis systématique de la problématique des fonds propres d'une société avant que le FSI n'entre à son capital.
Assurer le succès du FSI est l'une de nos trois priorités pour cette année 2009. Nous continuerons également à déployer le plan stratégique Elan 2020. Et, bien entendu, nous assurerons notre mission fondamentale, celle de protéger l'épargne des Français.
PROPOS RECUEILLIS PAR ANNELOT HUIJGEN